Dossier d’œuvre architecture IA02002801 | Réalisé par ;
Dufournier Benoît
Dufournier Benoît

Chercheur au service régional de l'Inventaire de 1985 à 1992, en charge du recensement du patrimoine industriel.

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  • patrimoine industriel, la communauté d'agglomération de Saint-Quentin
Ancienne usine de Remicourt (tissage de guipure), puis Décaudin et Béguin, puis de la Cotonnière de Saint-Quentin, puis usine de confection
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Communauté d'agglomération et ville de Saint-Quentin

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Saint-Quentinois - Saint-Quentin
  • Commune Saint-Quentin
  • Lieu-dit Remicourt
  • Adresse 33 rue Richard-Lenoir , rue de Mulhouse , rue Camille-Desmoulins , 9 à 11 rue de Colmar
  • Cadastre 2004 AY 846  ; 2004 AW 114, 123
  • Dénominations
    tissage, usine de confection
  • Précision dénomination
    tissage de guipure
  • Appellations
    Usine de Remicourt
  • Destinations
    magasin de commerce, salle des ventes
  • Parties constituantes non étudiées
    atelier de fabrication, magasin industriel, bureau, cheminée d'usine, salle des machines, logement d'ouvriers, cité, boutique

En 1887, la société De Rossignol et Hamelin, fondée cinq ans plus tôt, fait construire sur ce site un tissage, l'Usine de Remicourt, suivant les plans du cabinet d'architecture Malézieux Frères. Ce tissage est alors spécialisé dans la fabrication de guipures et de tissus de coton plus communs. En 1892, l'usine est acquise par la société Décaudin et Béguin, maison de commerce fondée à Saint-Quentin en 1877 sous la raison sociale Décaudin, Béguin et Compagnie, devenue en 1886 la société Décaudin et Béguin. Elle exploite alors, depuis 1890, un tissage de coton rue Jean-de-Caulaincourt (étudié). Le site de l'Usine de Remicourt se développe rapidement. Durant les dernières années du 19e siècle, des extensions des ateliers sont réalisées, un magasin industriel est érigé de l'autre côté de la rue de Mulhouse. Pendant la Première Guerre mondiale, l'usine est vidée de ses équipements et de ses matières premières par l'armée allemande, tandis que les bâtiments sont fortement dégradés suite aux réquisitions du zinc et autres éléments de couverture. En 1919, les fondateurs de la société, Auguste Décaudin et Jules Béguin, se retirent au profit de leurs fils respectifs, René et Daniel, formant désormais la société Décaudin et Béguin fils. Après avoir créé la Cotonnière de Saint-Quentin en décembre 1919, en fusionnant la maison de commerce de Paris avec des sociétés textiles de Roanne (Décaudin Béguin et Faisant) et de Rouen (P. et R. Fremaux), la société Décaudin et Béguin fils fait l'apport des indemnités de guerre de ses usines de Saint-Quentin et de la région, aux côtés d'autres entreprises textiles saint-quentinoises (telles que Trocmé et fils, Paul Schmidt ou Hugues fils et Cie).

Désormais, l'Usine de Remicourt, dans le cadre d'un phénomène de concentration verticale, est alors intégrée dans un ensemble de plusieurs usines et ateliers de Saint-Quentin et de l'Aisne. Probablement durant l'entre-deux-guerres, les magasins sont agrandis, étendant leur emprise au site voisin de l'usine de broderies Tanto, à l'angle de la rue et de la Cité de Mulhouse, où sont érigés de nouveaux ateliers.

A partir de 1945, la Cotonnière développe une branche confection (marques Carabi et Marie-Bonheur). L'usine de Remicourt abrite dès lors des ateliers de confection de vêtements et de rideaux, la production de guipure étant réimplantée dans l'ancienne usine Trocmé de la rue Jacquard.

En 1946, l'architecte Denis Honegger élabore un projet de reconstruction de l'ensemble des ateliers et des magasins. Mais seule la première tranche des travaux prévus à l'angle des rues de Mulhouse et Camille-Desmoulins et un immeuble de logements d'ouvriers rue de Colmar voient le jour en 1947. En 1962 la Cotonnière de Saint-quentin est dissoute. Son activé est reprise par la société Cotariel, jusqu'au milieu des années 1970. Après avoir abrité une pépinière d'entreprises dans les années 1980, les ateliers de l'usine de Remicourt sont aujourd'hui désaffectés. Les bâtiments du 19e siècle sont en cours de démolition. Les anciens magasins industriels et les ateliers adjacents ont été reconvertis en hôtel des ventes, tandis que les ateliers construits par Honegger devraient être reconvertis en logements.

Au début du 20ème siècle, l'usine de Remicourt dispose d'une puissance motrice de 60 ch. En 1914, l'usine est dotée d'un moteur diesel de 200 ch. et d'une turbine à vapeur Laval de 20 ch. couplée à une dynamo et une génératrice. Après la Première Guerre mondiale, l'usine est rééquipée d'un moteur à gaz pauvre Winterthur couplé à un générateur Schneider (étudiés), seuls équipements techniques subsistant en 2004. Les ateliers de guipure et de tulle sont équipés de 8 à 12 métiers dans les années 1890-1895, 17 à 24 dans les années 1907-1914.

En 1960 la Cotonnière de Saint-Quentin est la plus grosse entreprise textile de l'Aisne au point de vue des effectifs, regroupant 2300 salariés répartis dans 7 usines, dont un millier employé dans le secteur de la confection, et plus de 300 sur le site de l'Usine de Remicourt. En 1967, Cotariel emploie 390 salariés à Remicourt (sur un total de 1400).

Les ateliers, magasins industriels et bureaux construits entre 1887 et 1900 sont composés d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée et d'un étage carré. Ces bâtiments, construits en brique, sont dotés de colonnes de fonte en rez-de-chaussée pour porter les planchers de l'étage, par l'intermédiaire de poutrelles métalliques à treillis. Le rez-de-chaussée des ateliers est plus haut que l'étage, pour accueillir les métiers à tisser surmontés de leurs mécaniques Jacquard. Les baies, couvertes d'arc segmentaire, sont encadrées de larges trumeaux qui se subdivisent à l'étage en deux piédroits reliés entre eux par un arc en plein-cintre. Les bureaux et magasins se composent de deux niveaux d'égales hauteurs. Les façades de l'étage sont rythmées par des piliers engagés surmontés d'une corniche, avec trois modillons par travée. Ces bâtiments forment un angle traité en pan coupé et constituant primitivement l'entrée principale de l'usine. Cantonnée de deux piliers, l'entrée est surmontée au rez-de-chaussée d'une table d'attente portant la raison sociale de l'établissement (La Cotonnière de Saint-Quentin). L'étage, percé d'un triplet de baies, est surmonté d'un entablement portant l'inscription "Usine de Remicourt", le tout coiffé de l'ancienne horloge de l'usine (dont le cadran a disparu). Ce pan coupé, couvert d'un toit en pavillon en ardoise, est la seule construction du site comportant des pierres de taille (piédroits, table, entablement, etc.). Il donne accès à un escalier tournant à deux volées : une volée double à montées tournantes et une seconde volée centrale. L'ensemble est couvert de toits à longs pans en tuile mécanique et une croupe (charpente en bois). Les ateliers construits à partir de 1947, contigus aux précédents, sont entièrement en béton armé : structure poteaux-poutres et remplissage en panneaux de béton armé préfabriqués. Il sont constitués de deux niveaux de sous-sol, d'un rez-de-chaussée, de deux étages carrés, et sont couverts d'une charpente en béton armé (toiture en ardoise). Entre chaque poteau porteur s'intercalent trois baies par niveaux, juxtaposées, reposant sur des allèges formées de panneaux préfabriqués. Ces ateliers sont constitués de deux ailes formant un angle aigu, dont les angles extérieur et intérieur sont traités en courbes convexo-convexes. Ces ateliers sont desservis par un escalier tournant à trois volées et par un monte-charge. Des ateliers en rez-de-chaussée ont été construits à l'emplacement d'une partie de la cour d'usine du 19e siècle. Ils sont formés d'une structure en acier profilé, et sont partiellement couverts d'un shed. Ce dresse dans ce qui reste de la cour une cheminée d'usine circulaire en brique, posée sur un piédestal de plan carré. De l'autre côté de la rue de Mulhouse, les magasins industriels de la fin du 19e siècle, prolongés d'ateliers dans les années 1940, construits en brique, sont composés d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée, d'un étage carré et d'un étage de comble. Les façades antérieures sont percées de larges baies rectangulaires, encadrées de pilastres. L'ensemble est couvert d'un toit à longs pans brisés en ardoise, percé sur une aile de grandes lucarnes en façade, sur l'autre aile d'une grande-lucarne formant un bandeau continu de baies. L'immeuble de logements, à trois étages carrés, est constitué d'une structure poteaux-poutres en béton armé à remplissage de briques apparentes. Il est couvert d'un toit à longs pans en ardoise. La cage des escaliers desservant l'immeuble est éclairée par un claustra en béton, surmontant l'entrée de l'immeuble et formant l'axe de symétrie de la façade antérieure. Paliers des escaliers, niveaux de plancher, encadrements de baie, traitement des entrées piétonne et cochère, corniche, tous ces éléments en béton armé, en forte saillie, viennent animer la façade antérieure.

  • Murs
    • béton
    • brique
    • pierre
    • béton armé
    • pierre de taille
  • Toits
    tuile mécanique, ardoise
  • Étages
    2 étages de sous-sol, 2 étages carrés, étage de comble
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit à longs pans brisés
    • toit en pavillon
    • shed
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier de distribution : escalier tournant
  • Autres organes de circulation
    monte-charge
  • Énergies
    • énergie électrique
    • produite sur place
    • moteur thermique à combustion interne
    • générateur
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté, détruit après inventaire
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Éléments remarquables
    atelier de fabrication, machine énergétique

Le site est remarquable à plusieurs titres. D'une part il conserve l'ensemble des ateliers construits à partir de 1887, agrandis à la fin du 19e siècle, puis entre 1946 et 1948. D'autre part cette dernière phase de construction est l'une des deux réalisations saint-quentinoises de l'architecte Denis Honegger. Enfin, le site conserve un moteur jumelé à gaz couplé à un groupe générateur-alternateur. Cet ensemble qui date des années 1920, est relativement bien conservé. Dernier équipement de ce type subsistant à Saint-Quentin, il est représentatif des techniques de production d'énergie adoptées par certains industriels durant l'entre-deux-guerres. La société Décaudin et Béguin dispose par ailleurs d'autres centres de tissage à Estrées (02), Vermand (02) et Roisel (60).