Dossier d’œuvre architecture IA60005314 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Le village de Reuil-sur-Brêche
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Reuil-sur-Brêche
  • Dénominations
    village
  • Parties constituantes non étudiées
    mairie, école, presbytère, place, monument aux morts

Implanté au bord de la Brêche, dans la partie sud de l’ancien canton de Froissy, Reuil-sur-Brêche est une paroisse dès le XIe siècle. Comme il est fréquent dans les villages du plateau picard, l’habitat se développe très vite autour de l’église et d’une importante ferme seigneuriale relevant ici du chapitre cathédral de Beauvais. Dès le Moyen Âge, l’abbaye cistercienne de Froidmont détient également de nombreuses terres dans les environs du village (grange de Mauregard, ferme de La Borde). La Neuville-Saint-Pierre est en outre un hameau de Reuil jusqu’en 1834.

Si les habitants de Reuil sont principalement tournés vers les activités textiles dans le premier tiers du XIXe siècle (fileuses, peigneurs de laine, tailleurs, chiffonniers), une chute démographique entraîne la fin de ces métiers au profit de l’agriculture. Il reste toutefois peu d’exemples de fermes encore en place, qu’elles soient de type « picard » ou à cour (voir le dossier sur l'habitat de Reuil). La reprise démographique à partir des années 2000 a favorisé la construction de nombreux pavillons dans le village.

Reuil compte 129 logements en 2019 dont 95,2 % de résidences principales.

Origines

 

La première mention connue de Reuil apparait dans un document de 1030 du Cartulaire de l’abbaye Saint-Lucien de Beauvais sous la forme « Rivolum » (Lambert, 1982). Cette source évoque l’église de Reuil, attestant la présence d’une paroisse à cette époque.

L’église et la seigneurie de Reuil sont données au chapitre cathédral de Beauvais par l’évêque Warin dans la première moitié du XIe siècle (Graves, 1832). L’ancien domaine agricole en face de l’église a ainsi pu être une ferme ecclésiastique. Elle figure sur un plan terrier du chapitre de Beauvais conservé aux Archives départementales de l’Oise (plan 761). L’abbaye Saint-Lucien de Beauvais possédait également des biens dans le village. Enfin, l’abbaye de Froidmont détenait dès le XIIe siècle la grange de Mauregard (Graves, 1832) et, au XVIIIe siècle, celle de La Borde (AD Oise ; plan 770 daté de 1733).

 

Évolution de la morphologie et du parcellaire

 

Deux noyaux d’habitations anciens ont été identifiés à Reuil-sur-Brêche : le premier autour du pôle seigneurial (ancienne ferme du chapitre cathédral de Beauvais) et paroissial (église remontant au moins au XIe siècle) ; le second le long de l’ancienne voie romaine dite Chaussée Brunehaut.

Il semble que l’implantation primitive du village se situe au bord de la Brêche. La présence d’une ferme importante, certainement un ancien domaine agricole du chapitre cathédral de Beauvais, témoigne de l’emprise des seigneuries ecclésiastiques sur ces terres. L’église est, comme souvent dans les villages picards, à proximité d'un lieu de pouvoir seigneurial.

Outre ce noyau primitif, un second quartier s’est développé le long de l’ancienne Chaussée Brunehaut. Séparé du quartier de l’église (cadastre de 1809) jusqu’au début du XIXe siècle, des habitations lotissent peu à peu les parcelles situées entre le ponceau et le sentier (passant entre les n°21 et 23).

Comme l’indiquent les recensements de population, Reuil connaît une chute démographique à partir de 1830. Plusieurs maisons sont abandonnées puis détruites. Certaines rues se vident comme la rue Mariette. Il faut attendre les années 2000 pour que le village connaisse une reprise démographique. Celle-ci profite à la rue Mariette, au chemin de Bulles (lotissements) et à la rue de l’Église où de nombreux pavillons s’implantent.

Le parcellaire est très dense, organisé en « trinquettes », c’est-à-dire en fines lanières entre la rue et le sentier du tour de ville (voir partie nord de la rue de l’Église, nommée rue Montier au XIXe siècle). Avec la disparition de nombreuses maisons à la suite de l’exode rural, les parcelles ont fusionné et sont loties de pavillons.

 

Lieux partagés et structurants

 

            Les limites du village : croix de chemin et tour de ville

           

                        Les croix de chemin

 

Les croix de chemin sont souvent implantées aux intersections ou aux entrées des villages permettant ainsi d’en définir les limites. Si quatre ont été recensées en 2005 par l’association pour la connaissance et la conservation des calvaires et des croix du Beauvaisis (ACCCCB), deux ont pu être identifiées en 2022. La première, dite « calvaire Dumont », se trouve contre la façade d’une maison au n°37 rue de la Chaussée. Son socle en pierre encastré dans le mur du bâtiment est décoré d’une sculpture en bas-relief représentant la mise au tombeau du Christ. Désiré Dumont en aurait été le propriétaire dans la seconde moitié du XIXe siècle mais la croix pourrait être plus ancienne.

La seconde croix relevée se trouve au sud du village, près du chemin de Lafraye, à une intersection entre plusieurs sentiers. Elle est appelée « Calvaire Obry » et porte l’inscription suivante : « L’an 1839. Quid ultra debui ? D’un Dieu sur l’autel du calvaire / Chrétiens méditons la douleur / De plus pour nous que dût-il faire / Désormais donnons-lui nos cœurs / O Crux Ave / Offert par Philippe Jean-François Dhardivillers et Marie Pélagie Tallon son épouse (Ponthieux) ». Un losange fixé au pied du tronc indique le nom du ferronnier : « Dhardivillers Mesnard à Noyers (Oise) ».

Les deux autres croix non localisées en 2022 mais relevées par l'ACCCCB se trouvaient pour l’une rue du Four, pour l’autre après le pont sur le chemin du marais de la Brêche à l’ouest du village.

 

                        Les sentiers du tour de ville

 

Ensemble de sentiers délimitant la zone cultivée de la zone habitée, le tour de ville est un aménagement répandu dans les villages du plateau picard. Il offrait un accès direct aux champs par un portillon aménagé dans la clôture à l’arrière des parcelles.

À Reuil, ces chemins se trouvaient autour de la rue de la Chaussée et derrière la partie nord de la rue de l’Église. Dans le premier cas, les cadastres de 1809 et 1933 situent l’un de ses sentiers derrière les habitations de la partie sud de la rue de la Chaussée. Aujourd’hui, ce chemin appelé « sentier des Fourières » n’est plus praticable. Le chemin dit « du Chauffour » entre les n°21 et 23 permettait d’y accéder. Il semble qu’il n’y avait pas de sentier à l’arrière des parcelles du côté nord.

L’autre section du tour de ville toujours accessible est l’actuel chemin de Bulles le long duquel des lotissements se sont implantés (côté rue Mariette). Déjà visible sur le cadastre de 1809, il est qualifié de « sentier du tour de ville » sur le cadastre de 1933.  

 

            Collecter et partager l’eau : puits et mares

 

La nature sèche et poreuse des sols du plateau picard a imposé aux habitants des villages de s’assurer un maximum de points d’eau. Si Reuil a la chance de se trouver au bord de la rivière de la Brêche, les besoins en eau des habitants étaient autrefois complétés par de nombreux puits et quelques mares. Dans la Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise (1902), trois mares et soixante-cinq puits sont recensés dans le village. Si aucun puits communal n’a pu être localisé aujourd’hui, les emplacements des mares ont pu être repérés grâce à l’analyse du cadastre de 1933. Deux se trouvaient dans la rue de la Chaussée (en se dirigeant à l’extérieur du village, la première était juste avant le ponceau à droite ; la seconde juste avant le n°44). La troisième était implantée rue Mariette entre le n°17 et le bâtiment qui semble être l’ancienne remise des pompes à incendie. 

Enfin, une dernière mare, de construction plus tardive (années 1930 ?), a été signalée par une habitante. Elle se trouvait à l'extrémité est de la rue de l'Église, au n°44bis. Des photographies d'un chantier lors duquel les murs de soutènement ont été exhumés révèlent l'existence de cette mare. Le cadastre de 1933, révisé en 1939, indique également cet emplacement.

 

Équipements communaux

La mairie-école

Les documents de la série O conservés aux Archives Départementales de l’Oise permettent de retracer l’histoire de la construction de la mairie-école de Reuil-sur-Brêche. Dans les années 1820, l’école et le logement de l’instituteur sont installés dans un premier temps dans une partie du presbytère nouvellement acquis par la commune. Ensuite, la commune achète une propriété à François Pillon afin d’y installer la maison d’école de Reuil. Elle se trouve à l’emplacement de la mairie actuelle (voir plan en ill.).

Il faut attendre les années 1850 pour qu’un projet de mairie-école mixte voie le jour, à l’endroit où se trouve la mairie aujourd’hui. Il est supervisé par Bellanger, architecte de l’arrondissement de Clermont, et exécuté par le maçon Caustier. Un plan (en ill.) permet d'appréhender l’organisation des espaces : dans la partie gauche du bâtiment se trouve la salle de classe avec une entrée pour les garçons côté cour et une pour les files côté jardin ; la mairie se trouve à l’étage. La partie droite du bâtiment est occupée par le logement de l’instituteur.

Dès les années 1880 toutefois, des problèmes d’humidité et de mauvais état du bâtiment sont signalés. Des travaux d’assainissement sont alors entrepris en 1890. Ils sont conduits par l’entrepreneur Candillon. En 1920, le plafond du bâtiment s’effondre et les murs de la classe menacent de s’écrouler à leur tour. Le conseil municipal décide de mener des travaux en urgence. Les documents d’archives ne permettent pas de confirmer leur achèvement. Quoi qu’il en soit, cette mairie-école est toujours en place et n’accueille plus que la mairie aujourd’hui.

Le presbytère

Si la paroisse de Reuil devait être dotée d’un presbytère avant la Révolution, une nouvelle maison presbytérale est achetée par la commune en 1824. Le bien est vendu par Marie-Marguerite Mareschal (veuve Peaucellier). Ce presbytère est incendié en 1827 puis reconstruit en 1829. Il connait ensuite plusieurs réparations et agrandissements dans la seconde moitié du XIXe siècle (maçonnerie des murs, construction d’une nouvelle chambre, d’un bâtiment de décharge et de murs de clôture). Il se trouvait au n°43 de la rue de l'Église. Le logis a depuis disparu et il ne reste plus que les deux bâtiments de service sur la rue.

Après la séparation de l’Église et de l’État, la commune en devient propriétaire et le loue.

La place publique

D’après le cadastre de 1809, elle se trouvait au croisement des rues de l’Église et de la rue Mariette.

Elle semble toutefois avoir été déplacée par la suite car elle apparait à son emplacement actuel sur le cadastre de 1933. Elle se trouve à l’angle du chemin de la rue Prien qui descend vers le sud en traversant la Brêche et de la rue de l’Église. Elle est bordée de deux rangées de tilleuls.

  • Typologies
    vallée humide

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 10. Reuil-sur-Brêche. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis, 2007.

  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 596. Reuil-sur-Brêche. Recensements de population (1820 à 1936).

  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 12624. Reuil-sur-Brêche. Presbytère (1824-1927).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 12618. Reuil-sur-Brêche. Mairie et écoles (1813-1920).

Bibliographie

  • DELATTRE, Daniel. Le canton de Saint-Just-en-Chaussée : 84 communes, 84 lieux incontournables. Grandvilliers : éditions Delattre, 2020.

    pp. 459-463.
  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Froissy, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1832.

    pp. 42-43.
  • LAMBERT, Émile. Dictionnaire topographique du département de l'Oise. Amiens (Musée de Picardie) : Société de linguistique picarde, 1982 (tome 23).

    pp. 470-471.
  • Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise. Paris : Imprimerie du du service géographique, 1902.

    p. 241

Documents figurés

  • Reuil-sur-Brêche. Plan de la seigneurie de Reuil-sur-Brêche, feuille 1, [XVIIIe siècle], (AD Oise ; plan 761).

  • Reuil-sur-Brêche. Plan de la seigneurie de Reuil-sur-Brêche, feuille 2, [XVIIIe siècle], (AD Oise ; plan 762).

  • Reuil-sur-Brêche. Plan de la seigneurie de Reuil-sur-Brêche, feuille 3, [XVIIIe siècle], (AD Oise ; plan 764).

  • Reuil-sur-Brêche. Plan de la seigneurie de Reuil-sur-Brêche, feuille 4, [XVIIIe siècle], (AD Oise ; plan 763).

  • Reuil-sur-Brêche. Plan de la seigneurie de Reuil-sur-Brêche, feuille 5, [XVIIIe siècle], (AD Oise ; plan 765).

  • Reuil-sur-Brêche. Plan de la seigneurie de Reuil-sur-Brêche, feuille 6, [XVIIIe siècle], (AD Oise ; plan 766).

  • Reuil-sur-Brêche. Plan de la seigneurie de Reuil-sur-Brêche, feuille 7, [XVIIIe siècle], (AD Oise ; plan 767).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre dit napoléonien, tableau d'assemblage, 1809 (AD Oise ; EDT 349 / 1 G 1).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre dit napoléonien, section B, feuille 2, 1809 (AD Oise ; EDT 349 / 1 G 1).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre dit napoléonien, section C, feuille unique, 1809 (AD Oise ; EDT 349 / 1 G 1).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre dit napoléonien, section D, feuille unique, 1809 (AD Oise ; EDT 349 / 1 G 1).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre dit napoléonien, section E, feuille unique, 1809 (AD Oise ; EDT 349 / 1 G 1).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre dit napoléonien, section F, feuille unique, 1809 (AD Oise ; EDT 349 / 1 G 1).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre dit napoléonien, section G, feuille unique, 1809 (AD Oise ; EDT 349 / 1 G 1).

  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre rénové, section A, feuille 2, 1933 (AD Oise ; 916 W 353).

    AD Oise : 916W353
  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre rénové, section D, feuille 2, 1933 (AD Oise ; 916 W 353).

    AD Oise : 916W353
  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre rénové, section F, feuille 3, 1933 (AD Oise ; 916 W 353).

    AD Oise : 916W353
  • Reuil-sur-Brêche. Cadastre rénové, section G, feuille 2, 1933 (AD Oise ; 916 W 353).

    AD Oise : 916W353

Annexes

  • Les activités anciennes des habitants et habitantes de Reuil-sur-Brêche
Date(s) d'enquête : 2022; Date(s) de rédaction : 2022
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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