Dossier d’œuvre architecture IA60005461 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Le village de Mory-Montcrux
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Mory-Montcrux
  • Dénominations
    village, écart
  • Parties constituantes non étudiées
    puits, mairie, école, magasin de commerce, remise de matériel d'incendie, croix de chemin, monument aux morts

La commune de Mory-Montcrux comprend les écarts de Mory (chef-lieu où se trouvent l'église et la mairie) et de Montcrux, noyau d'habitat situé à l'est du territoire communal et limitrophe de La Hérelle. Montcrux a d'ailleurs été rattaché à cette dernière entre 1823 et 1833. En 2022, l'INSEE a recensé 41 logements pour une population de 80 habitants.

Origine

Dans le Dictionnaire topographique de l'Oise publié par Émile Lambert (1982), Mory apparaît sous la forme "Mori" dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Just-en-Chaussée en 1179. D'après Maurice Lebègue (1994), ce toponyme serait la traduction de "Mauriacum", formé avec le nom d'homme Maurius et le suffixe "-acum" qualifiant un lieu. Il est alors possible de traduire par "le domaine de Maurius". Selon le même auteur, Montcrux serait composé de l'ancien français "mau" (mauvais) et du français "creux" (ravin, vallon), désignant un "mauvais vallon". En effet, d'un point de vue géographique, les habitations sont construites le long du creux d'un vallon qui ferme le côté nord-est du hameau.

Les habitants de Mory et de Montcrux ont été d'autant plus touchés par les destructions de la guerre de Cent Ans que la forteresse de La Hérelle était une place forte au centre des combats. Au milieu du XIVe siècle, elle était détenue par Jean de Picquigny, allié aux Anglais et conseiller du roi de Navarre Charles le Mauvais. La chapelle qui se situait à l'emplacement de l'église de Mory est brûlée au XVe siècle par les Bourguignons, alliés des Anglais. Deux sites de souterrains-refuges ont été identifiés par les historiens locaux (Wexsteen, 2015). Le premier se trouvait sous le cimetière (dans la vallée Saint-Marc, dans la partie nord du territoire communal) et a été découvert lors d'une inhumation au XIXe siècle. Le second a été révélé en 1985 sous l'église dans la partie droite de la nef à la suite d'un effondrement du sol. Dans la seconde moitié du XVe siècle, on ne compte plus que douze feux (foyers) à Mory et à Montcrux.

Dans les recensements de population de la première moitié du XIXe siècle, une rue de la Mothe est citée à Mory. Elle faisait peut-être référence à l'existence d'une ancienne motte castrale dans le village.

À la période moderne, la famille de Jambourg détient la seigneurie de Mory, acquise par Jean en 1580. Elle comprend un domaine seigneurial (certainement à l'emplacement de l'actuel manoir en pierre de taille situé dans la Grande Rue, [IA60005480]), des terres et des droits de justice. Plusieurs membres de cette famille sont inhumés dans l'église.

L'écart de Montcrux est rattaché à Mory au moment de la création de la commune au début du XIXe siècle.

D'après Louis Graves (1843), il existait une chapelle dédiée à la Vierge dite Notre-Dame des Grâces, fondée au XVe siècle. Établie à la sortie du village au bord de la route menant à Chepoix, elle a été détruite au cours du XIXe siècle. Elle est représentée sur la carte de Cassini (1747).

L'écart de Mory était équipé d'un jeu de tamis mentionné par Louis Graves en 1843. Il se trouvait peut-être près de la mairie actuelle.

Le pont ferroviaire à l'entrée de Montcrux est ouvert en 1846 lors de la mise en service de la ligne Paris-Lille.

 

Évolution de la morphologie de Mory et de Montcrux

Sur la carte de Cassini (1747), Mory et Montcrux sont figurés comme deux agglomérations bien distinctes. Un plan terrier de l'abbaye Notre-Dame de Breteuil dressé en 1781 permet d'apprécier de manière schématique leur forme. Le cadastre de 1822, dit "napoléonien", en propose une représentation cartographique détaillée. Ainsi, les morphologies urbaines de ces deux noyaux d'habitat n'ont que très peu évolué. Mory forme alors une poche ovoïdale dont le centre est occupé par deux gros domaines. Elle est principalement délimitée par les actuelles rues de l'Église et du Tour de Ville. D'après le recensement de population de 1831, Mory compte 32 maisons à cette date.

En 1851, Montcrux comptabilise 20 maisons, réparties dans la zone mitoyenne à La Hérelle, dans la rue d'En-Haut qui compte 13 maisons (aujourd'hui rue d'En-Bas) et dans la rue d'En-Bas (aujourd'hui rue Verte). Les autres se situent le long du chemin menant à deux moulins et sur la route en direction de Mory.

D'après l'étude des recensements de population, Mory-Montcrux atteint son nombre le plus élevé de maisons en 1846 avec 60 logements (36 à Mory et 24 à Montcrux). Leur nombre chute dans la seconde moitié du XIXe siècle, en raison de l'exode rural. Il faut attendre la reprise démographique des Trente Glorieuses à partir des années 1960 pour que leur nombre augmente à nouveau.

Il n'y a pas de cadastre conservé entre 1822 et 1972. Sur ce dernier, les maisons qui se trouvaient à l'extrémité sud-ouest de la rue de l'Église à Mory ont disparu, tout comme celles de la rue du Tour de Ville. En revanche, de nouvelles constructions sont apparues à la sortie sud du village. Par ailleurs, le maillage bâti n'a pas évolué dans la partie centrale de la rue de l'Église et dans la Grande Rue qui la prolonge à l'est. L'implantation du bâti à Montcrux reste identique.

Entre 1972 et aujourd'hui (2026), le bâti est moins dense dans la partie nord de la Grande Rue à Mory en raison de plusieurs "dents creuses", désignant les parcelles restées nues après la destruction des habitations. Plusieurs pavillons ont été édifiés à la sortie sud du village à partir des années 2000 en raison d'une hausse démographique. À Montcrux, le nombre de maisons n'a que très peu varié.

 

Lieux partagés et structurants

 

               Les limites du village

                             

                              Les sentiers du tour de ville

Ce réseau de chemins encercle la majorité des villages de l'Oise picarde et matérialise la limite entre la zone habitée et la zone cultivée. Ces sentiers sont établis à l'arrière des courtils, ces espaces verdoyants constitués par les potagers, les vergers et les pâtures à l'arrière des habitations. À Mory, la rue du Tour de Ville qui délimite le côté est de la place centrale évoque la présence de ces sentiers ; toutefois, leur usage s'est défini à cet endroit dans un second temps car cet axe était bordé d'habitations dans la première moitié du XIXe siècle. En revanche, le sentier à l'arrière de la Grande Rue, dans sa partie nord-ouest, est bien attesté sur le cadastre de 1822. Sa partie orientale est accessible depuis l'intersection de la Grande Rue avec la route de Chepoix mais son tracé est interrompu à environ 200 m par un champ qui l'a absorbé.

À Montcrux, le sentier du tour de ville à l'arrière de la rue Verte (ancienne rue d'En-Bas), a également été conquis par les cultures.

 

                              Les croix de chemin

L'analyse des documents de l'Association pour la Connaissance et la Conservation des Calvaires et Croix du Beauvaisis éclaire l'histoire des croix de chemin de Mory-Montcrux. Ces édicules sont le plus souvent établis aux sorties des villages ou aux intersections. Deux croix de chemin sont aujourd'hui conservées sur le territoire communal de Mory-Montcrux.

La croix dite "de la Croisette" est située au centre du territoire communal, au croisement des routes de Chepoix, Montcrux, Mory et du cimetière. Elle a été érigée par la famille Caustier, dont le nom qui se trouvait sur le socle n'est plus visible en raison de l'enfoncement de ce dernier. Un document établi en 1849 par le curé de Mory indique la présence de cette croix à cette date. D'après la revue La Semaine religieuse (n°180), à l'origine en bois, la croix a été remplacée en fer vers 1882. Elle est cédée à la commune par la famille Caustier en 2004 après avoir été restaurée par Lucie Mouret de Ouistreham.

La croix implantée à l'intersection du chemin d'accès au cimetière et de la route de la vallée Saint-Marc est identifiée comme croix de station dans le document du curé de Mory de 1849. Elle faisait partie d'un parcours de procession notamment lié aux cérémonies funéraires. Elle est également figurée sur un plan du cimetière établi le 12 novembre 1874. Les initiales "A. D." suivies de la date "1956" renvoient à sa restauration cette année-là par Alfred Delaporte.

 

               Gérer et partager l'eau : puits et mares

Sur le cadastre de 1822, trois mares sont figurées à Mory (deux sur la place au centre du village, une à la sortie sud) et une à Montcrux dans l'actuelle rue d'En-Bas, à l'angle de la ruelle menant à la rue Verte. Celle-ci a aujourd'hui disparu mais un mur de soutènement en brique toujours conservé matérialise sa présence passée. À Mory, elles ont également été comblées, mais les maçonneries en brique de celle de la partie nord de la Grande Rue sont toujours visibles (ill.). Ces aménagements communaux permettaient aux habitants d'abreuver les troupeaux, de disposer d'eau en cas d'incendie (la remise des pompes à incendie de Mory est stratégiquement installée près de la mare dans la partie nord de la Grande Rue) mais également de nettoyer et rouir le chanvre cultivé dans les environs.

Dans la Notice descriptive et statistique du département de l'Oise (1902), 21 puits sont mentionnés dans la commune de Mory-Montcrux. Aujourd'hui, un puits est visible devant le n°16 de la Grande Rue à Mory mais il a été condamné. Il adopte la forme la plus fréquente dans les villages de l'Oise picarde, constituée d'épaisses dalles de pierre calcaire. À Montcrux, les habitants bénéficient du ru qui traverse l'écart et se poursuit dans le village de La Hérelle.

 

               La mairie-école

L'étude des documents de la série O des Archives départementales éclaire l'histoire de la construction de la mairie-école de Mory-Montcrux, qui était implantée à Mory. Aujourd'hui fermée, elle se situait, d'après les témoignages des habitants, à l'entrée nord du village (n°1 de la Grande Rue). Au début du XIXe siècle, l'école se tient dans une maison louée à M. Délicque. En 1835, avec l'accord des habitants, la commune souhaite acquérir cette propriété afin d'y maintenir l'école et d'acheter la parcelle voisine dans le but de construire un logement pour l'instituteur. Cependant, le conseil municipal n'obtient pas le terrain et le projet est abandonné l'année suivante.

Il est alors décidé de construire une école avec logement pour l'instituteur sur l'une des places de la commune (voir plan daté de 1837 en ill.). Même si aucun document ne l'atteste, il semble que l'emplacement change encore une fois pour être déplacé au n°1 de la Grande Rue, plus proche des habitations des élèves du hameau de Montcrux. Construite en pans de bois, l'école doit être divisée en trois pièces : une pour la classe, deux pour le logement de l'instituteur. Honoré Désiré Bellanger, architecte de l'arrondissement de Clermont, est chargé de réaliser plans et devis. En 1841, les travaux sont confiés à Denis Frémont, entrepreneur à Sains-Morainvillers.

Des malfaçons sont identifiées et le bâtiment construit est trop petit. La commune a en effet rajouté une cloison dans la salle de classe afin de créer une chambre pour l'instituteur, réduisant ainsi l'espace pour les élèves. Le bâtiment doit être agrandi et il est décidé d'établir une salle de mairie dans l'ancienne classe trop étroite. Ces nouveaux travaux sont attribués en 1845 à Antoine Gérard, marchand de bois et cultivateur à Mory. Ils sont achevés en 1848.

L'école de Mory ferme en 1934, probablement en raison du trop faible nombre d'élèves. Les parents rédigent une pétition car l'école de La Hérelle n'a plus assez de place et les enfants doivent s'inscrire à l'école privée du Mesnil-Saint-Firmin.

La mairie actuelle est un bâtiment récent établi dans la Grande Rue au cœur du village.

  • Typologies
    plateau ; vallée sèche

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 12. Mory-Montcrux. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis (ACCCCB), 2007.

    AD Oise
  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 503. Mory-Montcrux. Recensements de population (1820 à 1936).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 9904. Mory-Montcrux. Mairie-école (1835-1934).

    AD Oise

Bibliographie

  • LAMBERT, Émile. Dictionnaire topographique du département de l'Oise. Amiens (Musée de Picardie) : Société de linguistique picarde, 1982 (tome 23).

  • LEBÈGUE, Maurice. Les noms des communes du département de l'Oise. Amiens : Musée de Picardie, 1994.

  • Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise. Paris : Imprimerie du service géographique, 1902.

  • WEXSTEEN, Guy. Mory-Montcrux, chronique villageoise. [s. ed.] : La Hérelle, 2015.

Périodiques

  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Breteuil, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1843.

Documents figurés

  • Mory-Montcrux. Cadastre rénové, 1972 (AD Oise ; 1964 W 119).

    AD Oise
  • Mory-Montcrux. Cadastre dit napoléonien (copie), 1822 (AD Oise ; Pp 4886).

    AD Oise
  • Plan des terres relevant de l'abbaye royale de Breteuil, 1781 (AD Oise ; plan 682).

    AD Oise

Annexes

  • Les activités anciennes des habitants et habitantes de Mory-Montcrux
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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