Dossier d’œuvre architecture IA60005481 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Le village de Rocquencourt
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Rocquencourt
  • Dénominations
    village
  • Parties constituantes non étudiées
    château d'eau, mairie, école, croix de chemin

Le village de Rocquencourt est situé dans la partie septentrionale du territoire de l'Oise picarde et se trouve à environ un kilomètre au nord de Sérévillers et à presque deux kilomètres au sud de Coullemelle dans le département de la Somme. Il est implanté contre le versant nord du vallon Evron qui descend à l'ouest vers la Noye. D'après les données de l'INSEE, la commune compte 188 habitants en 2022.

Origine

La première mention de Rocquencourt apparaît sous la forme "Roccon curtis" dans un document daté de 678 recopié par Dom Grenier, moine bénédictin et érudit du XVIIIe siècle. Le toponyme évolue en "Rochencurtis", identifié dans un document de 1105 (Lambert, 1982). D'après Maurice Lebègue (1994), il serait composé du bas latin cortis, précédé du nom d'homme d'origine germanique "Hroco" et signifierait "le domaine de Rocco". Le village se serait établi durant la période de christianisation de la région, entre les VIe et IXe siècles (Fossier, 1968). 

D'après Louis Graves (1843), sous l'Ancien Régime la terre de Rocquencourt appartenait à l'ancienne maison de Conty et relevait du fief des grandes tournelles de Montdidier, possédé par la maison de Soyécourt. Une autre partie de Rocquencourt constituait un hôpital dépendant de la commanderie de Framicourt près de Montdidier (Somme). D'après la tradition locale, un manoir seigneurial se trouvait en face de l'église, dans la rue Neuve derrière le château d'eau. Des vestiges de maçonneries en pierre de taille sont toujours visibles. Sur le cadastre napoléonien de 1829, un vaste domaine qui semble lui correspondre est figuré. Un long alignement de bâtiments, dont le logis, était établi parallèlement à la rue Neuve. Un pigeonnier trônait au centre de la large cour.

Au cours des périodes de guerres qu'a subies le village pendant l'Ancien Régime, des souterrains-refuges ont été aménagés, notamment sous la rue de la Montagne comme le signalent Louis Graves et des témoignages d'habitants. D'après les documents de l'Association pour la Connaissance et la Conservation des Calvaires et Croix du Beauvaisis, un accès à des souterrains menant à Folleville se situait dans la rue Neuve près de l'ancien manoir seigneurial, derrière le château d'eau.

Le village connaît plusieurs bombardements en 1919 d'après des cartes postales éditées à cette période. Le bâtiment qui jouxte l'ancien café/salle de bal dans la rue Marcel-Dassault (à côté du n°71) semble être un ancien baraquement résidentiel provisoire en bois construit pour les habitants en attente de la reconstruction de leur logement.

 

Évolution de la morphologie et du parcellaire

D'après le cadastre de 1829, la forme du village n'a pas évolué jusqu'à nos jours. Rocquencourt est toujours structuré le long de deux voies parallèles orientées est-ouest qui se rejoignent à leurs extrémités et forment une poche. Elles regroupent les actuelles rues Neuve et de la Montagne au nord, et les rues Maximilien-Rousselle, Marcel-Dassault et Casimir-Maumené au sud. Au centre du village où se trouve l'église, la rue de l'École et la ruelle de l'Église connectent ces deux axes.

Sur le cadastre de 1829, le tissu bâti est particulièrement dense dans la partie sud du village : le long de la rue d'En-Bas (aujourd'hui rue Maximilien-Rousselle) et autour du croisement des rues de la Mare (aujourd'hui rue Marcel-Dassault), du Mesnil et de Sérévillers (aujourd'hui rue Casimir-Maumené). L'habitat est plus lâche dans la partie nord le long de la rue de la Ville, qui rassemble aujourd'hui la rue Neuve et la rue de la Montagne. D'après le recensement de population de 1831, le nombre de maisons est de 129 pour 522 habitants. Rocquencourt atteint son optimum démographique au milieu du XIXe siècle : la population est alors de 526 habitants répartis dans 150 maisons. La ruelle de l'Église qui n'est bordée d'aucune habitation sur le cadastre de 1829 semble donc avoir été lotie dans le seconde quart du XIXe siècle.

L'exode rural amorcé dans la seconde moitié du XIXe siècle entraîne une baisse du nombre de logements. Certains sont détruits, rompant ainsi les traditionnels alignements de granges ou de logis sur la rue, nombreux sur le cadastre de 1829. Ce phénomène de "dents creuses" est particulièrement visible sur le cadastre rénové de 1980, par exemple dans la partie nord de la rue Maximilien-Rousselle ou dans la partie nord de la rue Casimir-Maumené. À la faveur d'une légère reprise démographique à partir des années 1980, quelques pavillons sont construits, par exemple dans la rue Neuve, la rue de la Montagne ou la rue Casimir-Maumené.

 

Lieux partagés et structurants

 

               Les limites du village : tour de ville et croix de chemin

 

                              Les sentiers du tour de ville

Aménagements traditionnels des villages de l'Oise picarde, les sentiers du tour de ville forment les limites entre l'espace habité et l'espace cultivé. Cette ceinture de chemin se situe à l'arrière des habitations, et est le plus souvent accessible depuis les jardins privés grâce à un portillon installé dans la clôture. À Rocquencourt, les sentiers du tour de ville figurés sur le cadastre de 1829 sont toujours en place aujourd'hui. Ils se situent dans la partie sud des rues Maximilien-Rousselle et Marcel-Dassault ainsi que dans la partie nord de la rue de la Montagne.

 

                              Les croix de chemin

Élevées en mémoire d'un parent défunt, ou à un emplacement lié à un événement, ces œuvres structurent l'espace du village. Elles sont souvent implantées aux entrées et à certaines intersections et se trouvaient le plus souvent sur les parcours des processions liturgiques. Rocquencourt compte quatre croix de chemin dont trois sont situées à des intersections. Les documents de l'Association pour la Connaissance et la Conservation des Calvaires et Croix du Beauvaisis éclairent leur histoire.

La croix dite de la Place est établie au carrefour de la rue du Mesnil et de la rue Casimir-Maumené. Les nombreuses volutes en fer forgé qui l'ornent démontrent la virtuosité de son fabricant. D'après les cartes postales anciennes du début du XXe siècle, elle était à l'origine entourée d'une clôture métallique.

La croix dite Toullet-Wargnier est implantée à l'intersection de la rue Maximilien-Rousselle et du chemin de Breteuil. Elle a été offerte par le couple Jean-Baptiste Toullet et Germaine Wargnier, morts au milieu du XIXe siècle. Constituée de tiges carrées en fonte, elle provient de l'atelier parisien J. J. Ducel. Elle a été restaurée en 2003.

En mémoire d'Arthur Lessent, mort d'un accident de la route en 1900, une croix en fonte a été élevée sur les lieux du drame dans la rue Casimir-Maumené à la sortie du village. Elle porte l'inscription : "À la mémoire de Arthur Lessent de Coullemelle, blessé mortellement par ses chevaux emportés, le 8 décembre 1900".             

Enfin, la dernière croix est située à la sortie orientale du village, au carrefour de Villers-Tournelle. Elle est la plus ancienne encore conservée. Son piédestal porte l'inscription : "1739, Rt par Duboille 1802". Restaurée en 1802, son origine remonte donc au second quart du XVIIIe siècle. Réalisée en fer forgée, elle figure un marteau et une tenaille, instruments de la Passion.

 

               Gérer et partager l'eau : puits et mares

En raison de l'absence de rivière dans le village et de la nature sèche et poreuse des sols calcaires, les habitants se sont organisés afin de disposer de réserves d'eau suffisantes. Ainsi, puits, mares et citernes de récupération ont été créées dès l'époque médiévale. Les mares représentées sur le cadastre de 1829 ont disparu aujourd'hui. L'une se trouvait dans l'actuelle rue Marcel-Dassault, à l'intersection avec la ruelle du fond de la Cure ; l'autre contre la clôture nord du cimetière, au niveau du carrefour. Dans la Notice descriptive et statistique du département de l'Oise publiée en 1902, 4 mares sont citées. Celles qui sont toujours en place aujourd'hui figurent sur le cadastre de 1980 : la première est établie dans la rue Marcel-Dassault, à côté de la mairie, l'autre à l'intersection du chemin de Breteuil et de la rue Maximilien-Rousselle.

Dans cette même Notice descriptive et statistique du département de l'Oise, 18 puits sont mentionnés. Ils étaient répartis équitablement dans tous le village afin d'assurer une distribution d'eau potable suffisante à tous les habitants. Bien qu'ils ne fonctionnent plus aujourd'hui, quelques-uns sont encore conservés. Ils empruntent la forme la plus répandue dans les villages de l'Oise picarde : de larges dalles en pierre ferment les côtés tandis que deux autres sont posées à la manière d'un toit en bâtière. Trois sont encore en place : le premier se situe à côté de la croix dite de la Place à l'intersection des rues du Mesnil et Marcel-Dassault, le second se trouve un peu plus loin dans la rue Casimir-Maumené (en face du n°88) ; le dernier près de la remise des pompes à incendie dans la rue Neuve.

L'eau courante est arrivée dans le village en 1933 grâce à la construction du château d'eau dans la rue Neuve qui porte cette date.

 

               Les équipements de la commune

Les documents de la série O des Archives départementales de l'Oise éclairent l'histoire de la mairie-école et du presbytère de Rocquencourt.

 

                              Le presbytère

L'ancien presbytère se situe au n°19 de la ruelle de l'Église, contre le mur de clôture sud du cimetière. À la période révolutionnaire, il a été saisi comme bien national, acquis par monsieur Bera puis racheté par la commune en 1818. Il a connu plusieurs campagnes de travaux au cours du XIXe siècle, dirigées dans un premier temps par l'architecte Désiré Dercheu puis par Honoré Désiré Bellanger à partir des années 1840 : réfection des maçonneries en pans de bois et des solins en 1831, restauration du bâtiment de dépendances comprenant fournil, étable, bûcher en 1836, réaménagements à l'intérieur du logis en 1842, puis réparation du mur de clôture en moellons et briques du Mesnil-Saint-Firmin en 1847.

Après la séparation de l'Église et de l'État en 1905, le presbytère devient un bien communal et il est loué au curé de la paroisse monsieur Pains jusqu'en 1909. D'après le dernier document disponible dans le dossier conservé aux Archives départementales, un nouveau bail est octroyé pour 9 ans à partir de 1924.

 

                              La mairie-école

L'ancienne mairie-école se situe au n°25 de la rue de l'École. Son projet de construction remonte à 1840 lorsque le conseil municipal souhaite acquérir une propriété pour l'y installer. Il est alors prévu de vendre plusieurs ormes de la place publique pour financer sa construction. L'architecte Désiré Dercheu se charge de concevoir le devis et les plans qu'il fournit en novembre 1841 (voir un plan en ill.). La propriété identifiée pour accueillir la mairie-école comprend un logis entre cour et jardin en pans de bois qui sera destiné au logement de l'instituteur ainsi que des dépendances en retour comprenant un poulailler qui doit être aménagé en latrines et une étable/écurie qui sera transformée en salle de mairie. Quant à l'école, qui doit accueillir au maximum 70 élèves, il est prévu de la construire sur la rue, en pans de bois avec solins et murs-pignons en brique. Une porte charretière en charpente couverte d'une toiture en ardoise doit la jouxter à droite.

En raison de ralentissement dans la procédure de validation du dossier en préfecture, le projet n'est autorisé qu'en 1847. En 1849, les travaux sont attribués à Gervoise Caron, marchand de bois à Breteuil.

En 1880, le logement de l'instituteur établi en fond de cour est démoli en raison de son mauvais état. Un nouveau bâtiment en brique est construit à la place. Il est conçu pour accueillir l'habitation de l'instituteur comprenant trois pièces au rez-de-chaussée et une au premier étage, ainsi qu'une salle pour la mairie. Les plans sont réalisés par monsieur Samson, architecte à Clermont et les travaux exécutés par Eugène Vaquez, entrepreneur en bâtiments à Bacouël. Ils sont achevés en 1883.

L'école est aujourd'hui fermée et la mairie se situe dans un bâtiment récent construit dans la rue Marcel-Dassault. 

  • Typologies
    vallée sèche

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 12. Rocquencourt. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis, 2007.

    AD Oise
  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 605. Rocquencourt. Recensements de population (1820 à 1936).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 12852. Rocquencourt. Mairie-école (1840-1934).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 12855. Rocquencourt. Presbytère (1818-1927).

    AD Oise

Bibliographie

  • FOSSIER, Robert. La terre et les hommes en Picardie jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Paris : Béatrice-Nauwelaerts, 1968.

  • LAMBERT, Émile. Dictionnaire topographique du département de l'Oise. Amiens (Musée de Picardie) : Société de linguistique picarde, 1982 (tome 23).

  • LEBÈGUE, Maurice. Les noms des communes du département de l'Oise. Amiens : Musée de Picardie, 1994.

  • Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise. Paris : Imprimerie du service géographique, 1902.

Périodiques

  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Breteuil, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1843.

Documents figurés

  • Rocquencourt. Cadastre napoléonien, 1829 (AD Oise ; EDT 326 / 1G1).

    AD Oise
  • Rocquencourt. Cadastre rénové, section AB, 1980 (AD Oise ; 1964 W 144).

    AD Oise
  • Rocquencourt (Oise). Rue du Cahier, carte postale, éd. Caustier-Degouy, [premier quart du XXe siècle] (AD Oise ; 18 Fi 1203).

    AD Oise
  • Rocquencourt (Oise). Les chanvrières, carte postale, éd. Caustier-Degouy, [premier quart du XXe siècle] (AD Oise ; 18 Fi 1204).

    AD Oise
  • Rocquencourt (Oise). Le bas du pays en 1919, carte postale, éd. C. Magniez, [premier quart du XXe siècle] (AD Oise ; 18 Fi 1800).

    AD Oise

Annexes

  • Les activités anciennes des habitants et habitantes de Rocquencourt
Date(s) d'enquête : 2026; Date(s) de rédaction : 2026
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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