Dossier d’œuvre architecture IA62005175 | Réalisé par
Girard Karine (Rédacteur)
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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  • enquête thématique régionale, La première Reconstruction
  • patrimoine de la Reconstruction
Ancien Hôtel Sheffield, propriété de M. Debras, puis coopérative agricole (vestiges)
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes du Sud-Artois - Bapaume
  • Commune Bapaume
  • Adresse place de la Gare , ancienne rue de la Gare
  • Cadastre 2017 000 AH 01 87
  • Dénominations
    hôtel de voyageurs
  • Appellations
    Hôtel Sheffield
  • Destinations
    coopérative agricole
  • Parties constituantes non étudiées
    cour

Éléments de contexte

Le nom de l'hôtel est un hommage à la marraine de Bapaume, la ville de Sheffield, bien que cette dernière n'ait pas participé au financement de la construction.

Il est édifié après guerre, en face de la gare, sur une place qui accueille de nombreux estaminets par les architectes Decaux et Crével à la demande de M. Alexandre Debras, industriel amiénois où il est propriétaire d'une briquèterie. Il possède également une ferme à Beaucourt-Hamel et une maison de maitre, un magasin de graines associé à un atelier de triage et à un entrepôt à Bapaume, près de la gare. Il ne fait reconstruire ni son entreprise ni la maison, qu'il remplace par un hôtel des voyageurs (AD Pas-de-Calais, 10R19/883). M. Debras "est son propre entrepreneur en ce sens [qu'il] ne fait pas partie de la coopérative et que pour la reconstruction de son immeuble il s'adresse directement à différents corps d'état" (certificat établi par la ville de Bapaume le 18 février 1923).

La chronologie du projet de reconstruction

Un plan conservé dans le fonds Decaux (AD Pas-de-Calais, 45J103) place en 1921 de début de la reconstruction. La date précise d'achèvement n'est pas connue. Cependant, une invitation adressée aux sapeurs-pompiers de la ville pour la fête de Sainte-Barbe 1926 indique que "le banquet aura lieu à 17h30 très précises à l'hôtel Sheffield" (AD Pas-de-Calais, 10R20/54) : le bâtiment est donc achevé à cette date.

Les matériaux préconisés par l'architecte

Le compte-rendu des versements des différents acomptes ainsi que les annotations portées sur les plans permettent d'avoir quelques indications sur les matériaux employés : dalles béton sur planchers en fer et poutres en béton pour les sols entre les étages ; béton armé pour le support du bow-window et la terrasse ; murs en briques rouges recouvertes d'enduit à partir du second niveau pour les façades avant et latérales ; appuis de fenêtres en briques au rez-de-chaussée puis en bois pour les niveaux supérieurs ; couverture en "vieilles tuiles petit modèle" ; décors portés en sgraffito sur la façade principale ; cheminées en marbre ; papiers de tenture pour les trumeaux et faux-lambris sous les fenêtres pour les salles du rez-de-chaussée mais peinture pour le reste des murs ; parquets dans les chambres et carrelages dans les salles de bain, la cuisine et la laverie.

Le projet de l’architecte : les plans

Les plans montrent un bâtiment en L d'un étage carré et deux étages de comble inscrit dans un rectangle. Il est couvert d'une toiture à longs pans brisés avec pignons débordants. Elle est percée de lucarnes rampantes sur le brisis et de lucarnes-pignon sur le terrasson. La partie arrière du rectangle est occupée par une cour. Le sol étant en pente, le sous-sol est entièrement excavé sur l'arrière du bâtiment.

Le sous-sol, dont les murs sont percés de larges baies, accueille les espaces techniques comme la cuisine, la lingerie, un garage, la cave à charbon et les réserves. Le rez-de-chaussée est occupé par les espaces publics de l'hôtel : salle de restaurant et salle de café côté rue de la gare, grande salle de réception et hall à l'arrière. On y accède de plein pied depuis la rue de la gare et par un degré depuis la cour. Les étages abritent les chambres desservies par un couloir central (huit au premier et au second et cinq dans les combles) et des sanitaires partagés. L'escalier tournant sur jour qui dessert tous les étages est situé dans le hall, entre la salle de café et le bureau.

Le projet de l’architecte : les élévations

L'hôtel présente une façade principale sur trois niveaux : le premier, entièrement vitré, est orné d'une marquise ; le second est percé de quatre fenêtres en plein cintre dont le linteau est souligné par un bandeau ; et le dernier niveau, plus complexe, montre un grand pignon triangulaire avec un bow-window à trois pans qui vient interrompre la toiture à double pente et ses lucarnes. De chaque côté, la toiture repose sur une importante corniche qui fait également office de gouttière. La volumétrie est reprise dans le large bandeau qui achève le cul-de-lampe qui soutient le bow-window. La façade latérale est percée en son milieu de trois paires de baies rectangulaires qui correspondent aux étages des chambres, tandis que le rez-de-chaussée est scandé de cinq grandes baies rectangulaires qui éclairent la salle de restaurant, situées au droit des fenêtres du sous-sol. Pour toutes ces baies, qui se poursuivent sur tout le pourtour de la salle, les appuis saillants sont en trois parties de hauteurs différentes et les linteaux enduits jusque sous la corniche qui marque le bord de la terrasse. Celle-ci est bordée par un muret de brique posées pour faire un motif décoratif. Enfin, la façade arrière reprend au premier niveau la forme rectangulaire des baies de la façade latérale. La forme en plein cintre des baies du second niveau reprend celle la façade principale, tout comme la forte corniche et les lucarnes rampantes et en pavillon de l’étage de comble.

Conformément aux plans, les murs de briques sont décorés à la jonction avec la partie enduite et sous les fenêtres de motifs en frise de briques blanches et la façade principale porte sous le bow-window, sous les appuis de fenêtre et au centre du pignon des motifs de fruits et de fleurs traités dans le style art-déco. C'est également à ce style que se rattache motif de volutes en fer forgé au centre de la marquise. La façade arrière est entièrement en briques, seuls les linteaux des baies du rez-de-chaussée et le boudin soulignant le plein cintre des baies du second niveau étant enduits en blanc.

Les modifications ultérieures

Dans le numéro 67 de la revue Archéo, on trouve l'indication suivante : "Très confortable, l'hôtel avait un bel aspect, mais il dut fermer quelques années plus tard". Ainsi, si le recensement de population de 1926 signale Adrien Demarle, hôtelier, qui emploie et loge une cuisinière, la fonction d'hôtel n'apparaît plus dans le recensement de 1931. La revue précise également qu'en 1949, l'hôtel est transformé en silo par les Coopérateurs du Nord de la France.

Lors de sa transformation en silo, on adjoint à l'hôtel un long bâtiment d'un seul niveau, qui vient occuper, sur la droite, la parcelle encore disponible. Ce long vaisseau est couvert par une toiture en demi-lune. La couverture de l'hôtel est modifiée : suppression de toutes les lucarnes et remplacement de l'ardoise par des carreaux d'éternit. Les deux bâtiments sont précédés d'un haut quai de déchargement en béton, qui condamne l'accès à l'ancien hôtel dont toutes les ouvertures sont murées.

Devenu ensuite propriété de la coopérative agricole de Bapaume, l'ensemble est aujourd'hui en ruine.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 20e siècle
  • Dates
    • 1921, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Decaux Paul
      Decaux Paul

      Paul Decaux est né à Serqueux (Seine-Maritime) le 28 mai 1881. Après des études à Dieppe puis à l'École des Beaux-Arts de Paris où il obtient son diplôme d'architecte, il fait ses premières armes à Valenciennes, chez M. Lemaire. Il devient architecte en chef du département du Pas-de-Calais en décembre 1909 et un an et demi plus tard, architecte ordinaire des monuments historiques.

      Au lendemain de la guerre 1914-1918, il prend une part active à la reconstruction des communes du département : bâtiments communaux et monuments historiques (restauration de nombreuses églises dévastées et de la cathédrale d’Arras, palais Saint-Vaast et places d'Arras), mais également reconstruction d’un nombre considérable de maisons particulières. Il est ainsi l’architecte attitré de 14 coopératives de reconstruction (Préfecture du Pas-de-Calais, La reconstitution des régions libérées du Pas de Calais, situation au 1er janvier 1927).Son cabinet arrageois est installé rue d'Amiens à Arras. Il compte de nombreux collaborateurs et s’est souvent associé à Edouard Crevel, architecte installé 11 rue Deperré à Paris. On leur doit la construction d'établissements comme le sanatorium d'Helfaut ou l'École d'agriculture de Tilloy-lès-Mofflaines.

      Paul Decaux quitte le poste d'architecte départemental en 1950 et Arras en 1959. Il meurt à Dieppe le 6 septembre 1968. Il a été président du Conseil de l'Ordre des architectes, membre de la Commission départementale des monuments historiques du Pas-de-Calais, et de l'Académie d'Arras.

      (source : présentation du fonds Paul Decaux - 45J - Archives départementales du Pas-de-Calais)

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      architecte attribution par source
    • Auteur : architecte attribution par source

L'édifice est construit sur la place, sur une parcelle traversante. Il est aligné sur rue, mais son élévation est plus importante que celle des autres bâtiments de la place, hormis celle du bâtiment présentant lui aussi un grand pignon sur rue situé un peu plus loin vers la rue d'Arras (aujourd'hui un salon de coiffure).

La façade est recouverte par un enduit en ciment, mais les murs de briques sont encore apparents à l'arrière du bâtiment.

La couverture de l'ancien hôtel, en fibrociment, est à longs pans brisés percée au centre du faîte d'une petite tour carrée essentée sans ouvertures. La couverture du vaisseau de l'extension, en forme de demi-lune, est une voute à extrados en couverture en béton.

Le fronton central porte, sur ce qui reste du bow-window, l'inscription "Coopa", qui se retrouve également sur l'angle en pan coupé à l'extrémité du bâtiment de droite. Les fers d'ancrage en forme de fleurs de lys, disposées de manière régulière le long des rampants lors de la construction de l'hôtel, sont encore visibles. Enfin il reste, au sommet du pignon, sous le bow-window et au dessus des baies du premier étage, des tapis de sgraffito à décor de roses et de coupe de fruits qui rappellent la fonction d'origine du bâtiment.

Aujourd'hui, seuls restent visibles de l'hôtel initial le pignon central avec son bow-window modifié et les baies murées du second niveau. On peut encore apercevoir au rez-de-chaussée à l'arrière du bâtiment une extension rectangulaire vitrée, qui était sans doute la salle du restaurant. Le bâtiment construit lors de la transformation en coopérative et le quai de déchargement en béton sont toujours présents.

  • Murs
    • brique enduit
  • Toits
    ciment amiante en couverture, béton en couverture
  • Couvrements
  • Couvertures
    • toit à plusieurs pans brisés
    • extrados de voûte toit bombé
  • État de conservation
    établissement industriel désaffecté, menacé
  • Techniques
    • sgraffito
  • Représentations
    • rose
    • fruit, coupe
  • Précision représentations

    La façade porte sur le fronton central un motif de roses réalisé en sgraffito. Ce même motif est décliné en frise sous l'appui des lucarnes latérales. Quelques motifs sont identiques, mais leur association est à chaque fois différente, ce qui donne une certaine originalité aux décors sans pour autant en rompre l'harmonie.

    Sous la trompe du bow-window, dans un cadre rectangulaire, on peut voir une coupe à fruits sur pied contenant du raisin, des poires, un melon... également réalisés en sgraffito.

    Tous ces motifs sont traités dans le style Art déco : géométrisation des formes, spirales (y compris dans la coupe de fruits...). Ils sont réalisés dans un mélange de mosaïques pour les motifs eux-mêmes et d'enduit pour les fonds sur lesquels les motifs sont disposés.

  • Statut de la propriété
    propriété privée

Une vue ancienne de la place de la gare montre que l'hôtel est construit à la fin du rang de maisons et que la parcelle située à sa droite, vers la rue de la gare, n'est pas bâtie. Il est aligné sur rue avec les autres constructions, avec une élévation un peu plus importante que les bâtiments directement mitoyens, mais qui se retrouve sur d'autres immeubles de la place. Ce sont surtout la forme complexe du toit, l'importance du pignon, la présence du bow-window, de la marquise, la façade enduite et décorée de mosaïques qui le démarquent immédiatement du reste des constructions de la place.

Son style associe références à l'architecture balnéaire (complexité du toit et de ses ouvertures) et régionalistes (décors de briques blanches, utilisation de "vieilles tuiles"), mâtiné d'un soupçon d'Art Nouveau (marquise) et d'Art Déco (plan à pans coupés du bow-window).

Les bow-windows sont très peu présents à Bapaume, surtout lorsqu'ils sont situés au second niveau de la façade. Mais on en retrouve sur d'autres constructions de Decaux - Crevel à Bapaume comme la maison de la ferme de M. Peugniez rue du Faubourg de Péronne, la brasserie de M. Peugniez rue du Maréchal Leclerc ou la maison à trois unités d'habitation-commerce de Mme Legay-Carpentier rue du faubourg de Péronne. Elle semble être une signature de ces architectes à Bapaume.

Les décors portés sur les façades sont assez rares à Bapaume. On trouve parfois des bandeaux de grès émaillé soulignant les baies, des décors moulés rappelant la vocation de la boutique qu'ils décorent... mais c'est le seul exemple de mosaïques répertorié à Bapaume. Il constitue également un des rares exemples de décor résolument art déco de la ville.

Documents d'archives

  • AD Pas-de-Calais - série J : pièces, fonds et collections d'origine privée - Archives d'architectes. 45 J : fonds Paul Decaux. Dossier 103 : projet d'hôtel de voyageurs de M. Alexandre Debras à Bapaume : plans et élévations.

    Liste des documents figurés utilisés dans la notice :

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume - Hôtel à voyageurs par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Plans du sous-sol, du rez-de-chaussée, du premier et du deuxième étage et des combles. Daté 10 septembre 1921.

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume - Hôtel à voyageurs par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Façade principale sur la place de la gare, façade postérieure, coupe longitudinale. Daté 10 septembre 1921.

    - Propriété de Monsieur Debras sise place de la gare à Bapaume - par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Plan du rez-de-chaussée. Daté 29 avril 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras sise place de la gare à Bapaume - par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Plan du premier étage. Daté 29 avril 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras sise place de la gare à Bapaume - par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Façade principale. Daté 29 avril 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras sise place de la gare à Bapaume - par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. façade postérieure. Daté 29 avril 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume - Hôtel à voyageurs par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Façade latérale droite, coupe suivant A - B. Daté 8 avril 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume - Hôtel à voyageurs par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Coupe longitudinale. Daté 29 avril 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume. Salles de café et billard. Daté 14 novembre 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume. Escalier. Daté 14 novembre 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume. Grande salle. Daté 14 novembre 1922.

    - Propriété de Monsieur Debras, place de la gare à Bapaume - par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Détail du window. Daté 26 avril 1923.

    - Propriété de Monsieur Debras à Bapaume - par P. Decaux et E. Crevel, architectes DPLG. Détail de la mosaïque - perspective. Sans date.

    Plans et élévations.
  • Bapaume. Recensement de population, 1926.

    AD Pas-de-Calais : M4309
    p. 17.
  • AD Pas-de-Calais - série J : pièces, fonds et collections d'origine privée - Archives d'architectes. 45 J : fonds Paul Decaux. Dossier 45J548 à 552 : photographies de fin de chantier réalisées par le cabinet Decaux - Crével.

    Liste des documents figurés utilisés dans la notice :

    - Hôtel Sheffield, propriété de M. Alexandre Debras : vue de la façade sur la rue de la gare.

    - Hôtel Sheffield, propriété de M. Alexandre Debras : vue de la façade arrière.

    - Hôtel Sheffield, propriété de M. Alexandre Debras : vue de la façade latérale.

Bibliographie

  • ROUSSEL, Olivier. Bapaume et son canton - Mémoire en images. Saint-Cyr-sur Loire : Éditions Alan Sutton 2005.

    p. 51

Documents figurés

  • Bapaume. (P.-de-C.). Hôtel Sheffield (en face de la gare), Sheffield Hôtel. Edition Hôtel Sheffield, cliché R. Lelong, rue Miraumont, Amiens. Carte postale, vers 1930 (coll. part.). Vue générale de face.

Annexes

  • Les matériaux de la reconstruction à Bapaume
Date d'enquête 2018 ; Date(s) de rédaction 2019
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Girard Karine
Girard Karine

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France.

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