Dossier d’œuvre architecture IA80009637 | Réalisé par
Fournis Frédéric
Fournis Frédéric

Chercheur de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, région Hauts-de-France.

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  • inventaire topographique, Val-de-Nièvre
Le village de Pernois
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Nièvre et Somme - Domart-en-Ponthieu
  • Hydrographies la Nièvre
  • Commune Pernois
  • Dénominations
    village
  • Parties constituantes non étudiées
    croix de chemin, monument aux morts

Introduction

La commune de Pernois s'étend sur une superficie de 883 hectares pour une population de 716 habitants en 2007 (549 en 1896), ce qui représente une densité de 81,1 habitants au km² (données INSEE).

Le territoire communal se déploie en partie dans la vallée de la Nièvre, que suit la R.D. 57, principale voie de circulation. Le fond de vallée a longtemps présenté un sol marécageux. Une grande partie du territoire s'étend sur le plateau au nord du village, où sont situées les terres agricoles. Une partie de ce plateau était occupé par le bois de Pernois, défriché dans la seconde moitié du 19e siècle. Le village occupe le fond de la vallée de la Nièvre, entre la rive droite et le plateau nord.

Le hameau du Soudet, aujourd'hui traversé par la R.D. 57, forme toujours un écart du village au sud-ouest, autour de l'ancienne minoterie. La rue des Blancs-Pignons a également formé une zone de construction plus tardive. Elle relie au village la ferme de Bélettre, à l'ouest, au bord de l'ancien chemin de Berteaucourt-les-Dames.

Historique

La mise au jour de haches en silex au 19e siècle atteste une occupation ancienne du territoire de l'actuelle commune.

Du XIIe siècle jusqu'à la Révolution, la terre de Pernois a appartenu à la mense épiscopale d'Amiens, et les évêques y disposaient du manoir seigneurial et de la ferme de Bélettre. Selon une tradition orale, une ancienne maison de templiers, aujourd'hui détruite, se dressait près de la Nièvre. Le fief de Cléry, à proximité de Halloy-lès-Pernois, relevait d'une branche de la famille des anciens châtelains d'Amiens. L'agglomération s'est développée à l'ouest de l'ancien manoir épiscopal, autour de l'église paroissiale et du cimetière, à partir d'un réseau de quatre rues qui s'est maintenu jusqu'à aujourd'hui.

Comme en témoigne l'atlas terrier du dernier quart du XVIIIe siècle, les grands propriétaires terriens étaient à l'époque la commune, l'évêque d'Amiens, l'abbaye de Berteaucourt-les-Dames, ainsi que MM. Le Camus, seigneur de Romainville (qui possède notamment un autre manoir), et Pingré, seigneur de Fricamps.

Au XVIIIe siècle, les évêques Louis-François-Gabriel d'Orléans de la Motte (1733-1774) puis Louis-Charles de Machault d'Arnouville (1774-1791) semblent s'intéresser à leur domaine de Pernois et à ses habitants. Le premier fait agrandir et redécorer l'église paroissiale, et le second fait dresser le terrier de la seigneurie.

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la commune était principalement accessible par la route de Vignacourt qui traversait le hameau de Cléry et franchissait la Nièvre par un pont établi et emprunté de longue date par les évêques d'Amiens, d'où son nom de Pont-l'Évêque. Le village était relié à Berteaucourt-les-Dames, à l'ouest, par un chemin passant au pied du coteau derrière la ferme de Bélettre avant de rejoindre la rue des Blancs-Pignons. De la même façon, la rue d'En-Haut était prolongée vers l'est par un chemin passant devant la ferme du manoir, et qui rejoignait le village de Canaples par le plateau. Le chemin secondaire de Berteaucourt, qui franchissait la Nièvre au hameau du Soudet et passait devant la ferme de Bélettre, a pris une importance lors de la création de la route de la vallée.

En 1836 (matrice des propriétés foncières), la commune comprend 195 maisons, 5 moulins (en fait, 5 roues réparties dans trois moulins) et 2 forges (rue d'En-Bas et rue d'En-Haut).

La commune envisage en 2009 de se doter d'un document d'urbanisme, probablement une carte communale.

Le village

Le village épouse le relief du fond de vallée, que traduit le nom des deux principales rues, la rue d'En-Bas et la rue d'En-Haut. Il concentre la plus importante part du bâti.

Il englobe aujourd'hui au sud-est l'ancien hameau de Pont-l'Évêque, qui s'est développé autour du moulin du même nom et de l'ancienne halte ferroviaire, et dont le bâti est en continuité avec celui de la commune voisine de Halloy-lès-Pernois, à l'est. Cette extension a contribué à relier au village l'ancien hameau de Cléry, également situé en bordure de Halloy-lès-Pernois. La R.D. 57 n'a toutefois guère constitué un axe d'urbanisation. Quelques maisons, très disséminées, y ont été construites durant l'entre-deux-guerres, puis à nouveau depuis les années 1970-1980.

Le village a compté un certain nombre d'établissements commerciaux (hôtelleries, cafés, alimentations) et artisanaux (maréchal ferrant) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Comme l'indique la toponymie, la présence d'une croix au lieu-dit du même nom est ancienne, mais l'édicule actuel date du XXe siècle. La croix de la rue de l'Église, construite dans la seconde moitié du XIXe siècle, occupe elle aussi probablement un emplacement ancien. La croix de Bélettre a été érigée en béton armé le 16 septembre 1934, en souvenir de Firmin et Sidonie Hirondart. Datant probablement de la même époque, la croix située au croisement des chemins de la Maye et des Heuys, au nord du village, est aujourd'hui envahie par la végétation.

La nouvelle mairie-école a été construite en 1957 sur une parcelle disponible de la rue d'En-Bas.

Un cimetière plus vaste est aménagé en 1862 au nord du village, tandis que le monument aux morts est érigé dans les années 1920 dans l'ancien enclos du premier cimetière.

La création en 1874 de la halte ferroviaire sur la ligne Frévent-Gamaches, puis le tracé de la R.D. 57 entre Hangest-sur-Somme et Canaples à partir de 1878, ont été un atout de développement important, même s'ils ont dans le même temps favorisé l'exode rural vers l'usine Saint Frères d'Harondel (Berteaucourt-les-Dames). Le village s'est étendu vers le sud-est dans le quatrième quart du XIXe siècle, la gare et la nouvelle route dans la vallée favorisant la formation du hameau de Pont-l'Évêque, autour du pont et du moulin du même nom.

L'habitat

Le nombre total de logements (maisons) était de 290 en 2007, composé de 259 résidences principales (89,3 %), 12 résidences secondaires et logements occasionnels (4,1 %) et 19 logements vacants (6,6 %). Parmi les 249 résidences principales construites avant 2005, 104 (soit 41,8 %) l'ont été avant 1949 (données INSEE). 71 maisons et fermes ont été repérées, dont 10 ont été étudiées.

La rue de la Ville, prolongée par la rue d'En-Bas, présente en revanche une intéressante typologie de maisons et de fermes en rez-de-chaussée du début du XIXe siècle, avec pignons et solin de brique et élévation principale en torchis enduit. Bien que le village ait compté un certain nombre de tisserands à domicile jusqu'au milieu du XIXe siècle, aucune maison n'a conservé, semble-t-il, d'atelier (localement appelé "métier"). La rue de la Ville et la rue d'En-Haut présentent encore un alignement de bâtiments sur rue assez homogène. Dans la rue de l'Église et la rue d'En-Bas, la destruction des bâtiments sur rue (granges, le plus souvent) a rompu à plusieurs endroits cette continuité.

L'habitat ancien est formé de maisons et surtout de petites fermes, avec logis en rez-de-chaussée. Les éléments les plus anciens conservent encore des éléments significatifs de construction en torchis de la première moitié du XIXe siècle. Quelques maisons de la rue d'En-Haut et une maison de la rue d'En-Bas, construites à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle, présentent des pignons à appareil mixte ou une maçonnerie en calcaire. Elles sont situées à proximité de l'ancien manoir épiscopal, dont les pierres auraient été réutilisées pour leur construction. Le nom de la rue des Blancs-Pignons, si elle n'en garde pour sa part aucune trace, semble avoir eu la même origine. La brique devient prédominante à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, et favorise la construction de maisons ou de logis de ferme à un étage. L'habitat traditionnel est organisé autour d'une cour avec logis sur rue ou en fond de cour, complété d'une grange ou remise et de bâtiments annexes (resserre, étable). À partir des années 1950, les maisons sont construites selon le type pavillonnaire en milieu de parcelle, au cœur de village, sur les dents creuses, comme en périphérie.

L'agriculture et l'artisanat

En 1899 (monographie communale) près de la moitié des terres agricoles est cultivée en céréales (blé, seigle, orge, avoine), le tiers en plantes ou racines fourragères (luzerne, sainfoin, trèfle, betterave) et le reste en pomme de terre. Les terres cultivées sont alors réparties entre 62 exploitations, dont 42 ont une superficie inférieure à 5 hectares. La culture du lin recule, celle du chanvre a disparu, et l'activité de tissage à domicile, qui occupe plusieurs métiers, décline inexorablement avec la concurrence de l'industrie textile Saint Frères qui domine une grande partie de la vallée de la Nièvre. A cette époque, la Nièvre alimente encore trois moulins à farine et un moulin à huile sur le territoire de la commune.

En 2000, 7 exploitations agricoles (10 en 1988) regroupaient une superficie agricole utilisée (SAU) de 431 ha (501 ha en 1988), soit une SAU moyenne de 62 ha (50 ha en 1988). Les surfaces agricoles de la commune représentaient 405 ha de terres labourables (422 ha en 1988) et 32 ha de cultures fourragères (110 ha en 1988), dont 317 ha de superficie en fermage (296 ha en 1988) (données AGRESTE). Ces chiffres traduisent une légère baisse du nombre d'exploitations depuis une vingtaine d'années, ainsi qu'une diminution de plus des deux tiers des cultures fourragères. Le fermage reste très important.

Outre le caractère agricole prédominant, la situation de la commune en fond de vallée humide a favorisé dès la fin du Moyen Age la culture, le traitement et le tissage du lin et du chanvre. Le ruisseau dit fontaine des Ruissoirs, en bordure de l'actuelle route départementale, présente encore dans une propriété privée des aménagements probablement liés à cette activité. En 1836 (matrice des propriétés foncières), les linières et chènevières (les deux types regroupés sous cette dernière appellation) représentent plus de 36 hectares. Elles sont situées dans les zones humides, au sud-est du village, aux lieux-dits les Prés d'Evêque, bordé par la Nièvre et ses ruisseaux affluents dits la Fontaine et le Vivier, et les Villers, entre le hameau de Cléry et la rivière. Les plus vastes sont localisées à Bélettre, au marais Pria et en bordure du marais communal.

Selon cette même source, on compte au milieu du XIXe siècle parmi les propriétaires fonciers de la commune plus de 70 tisserands et 13 fileuses. On retrouve des noms de familles de tisserands, parmi lesquelles Bellenger, Brasseur, Breilly, Devillers, Flesselles, Hirondart ou Legrand, qui demeurent pour la plupart rue des Blancs-Pignons, rue Mulot ou rue de la Ville. L'ancienne maison des tisserands Flesselles, rue de la Ville, est apparemment la seule à avoir conservé en partie son aspect et son aménagement lié à sa fonction du milieu du XIXe siècle. Le teinturier Louis Leroy est installé en bord de Nièvre, au hameau du Soudet, entre le moulin et la ferme. Un second teinturier, Pierre Boval, est établi au tournant des rues Mulot et des Blancs-Pignons.

Les recensements de population traduisent une forte évolution, durant la 1ère moitié du XIXe siècle. On passe de 45 à 133 fileuses et de 3 à 167 tisserands, entre 1836 et 1851, date à laquelle la village abrite un marchand de toiles. Comme ailleurs, on observe la disparition des fileuses, il n'en reste que 13 en 1872, la baisse du nombre de tisserands (129) mais la présence de trois colporteurs de toiles, deux fabricants de toile et trois marchands de toile. En 1881, apparaissent des emplois en fabrique (27) et 146 tisserands à domicile et toujours 2 colporteurs et 3 marchands. En 1906, 58 personnes, dont 39 ouvriers et 15 tisserands, travaillent pour les Saint Frères.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, la plupart de ces artisans et ouvriers sont allés travailler dans les usines Saint Frères.

La matrice des propriétés bâties traduit l'évolution de l'activité textile dans la commune au XIXe siècle. Encore florissante au milieu du siècle, elle favorise la construction (parcelles B 7, B 688) ou l'agrandissement (parcelles B 713, D 272) d'ateliers de tisserands, respectivement en 1856, 1863, 1862 et 1868. Le déclin de la fin du siècle, en revanche, entraîne la désaffectation des ateliers, parfois les mêmes, qui sont alors partiellement détruits (B 675) ou convertis en bâtiments ruraux (D 272, B 588) en 1882, 1880 et 1884.

Parmi les trois moulins que comptait la commune, deux sont attestés sous l'Ancien Régime et apparaissent sur la carte de Cassini et sur l'atlas terrier de la seigneurie épiscopale (moulin de Pernois et moulin de Bélettre ou du Soudet). Le troisième, le moulin de Pont-l'Évêque, a probablement été fondé à l'extrême fin du XVIIIe siècle. Les trois établissements ont fonctionné jusque dans la première moitié du XXe siècle. Le moulin du Soudet est devenu une minoterie dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Conclusion

La commune de Pernois présente aujourd'hui deux aspects, le village de fond de vallée qui a conservé sa forme traditionnelle, et la R.D. 57 qui a permis à la partie sud de la commune de se développer à la fin du XIXe siècle autour de la minoterie du Soudet et surtout de la gare.

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age, Temps modernes, 19e siècle, 20e siècle
  • Sites de protection
    zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique

La commune de Pernois fait partie de la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 1 "Cours de la Nièvre, de la Domart et de la Fieffes".