Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme
- inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
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Lefébure ThierryLefébure ThierryCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Photographe au Service régional de l'Inventaire des Hauts-de-France (2023).
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Communauté d'agglomération de la Baie de Somme - Abbeville
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Commune
Grand-Laviers
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Dénominationsvillage
Histoire du village
Sites et découvertes archéologiques
Les premières traces d’occupation de Grand-Laviers remontent à la période chalcolithique (2900 à 2200 avant notre ère). Un site d’habitat de cette époque est découvert en 1988 lors du sondage effectué avant la construction de l’autoroute A28. Quelques fosses et des trous de poteau ont permis d’identifier le site ; 324 tessons de céramique, ainsi que 111 silex qui proviennent de la craie sous-jacente ont également été trouvés, dont des grattoirs, des perçoirs, des couteaux, des racloirs, des haches, des tranchets, des pics, des poignards (Revue archéologique de Picardie, 1990).
En 1844 puis 1846, plusieurs vases ont été mis au jour sur le coteau par M. Trancart. L'un d’entre eux, un vase laténien à panse, a été déposé au musée Boucher de Perthes d'Abbeville en 1869 (Grand-Laviers et ses deux mille ans d'histoire, 2000). Il est aujourd’hui conservé au musée d’Archéologie Nationale à Saint-Germain-en-Laye. En 1882, un dépôt monétaire est découvert sur le territoire de la commune. Il se compose de sesterces, une monnaie qui apparaît au milieu du IIe siècle avant notre ère.
Lors des travaux d'aménagement de l’autoroute A16, entre 1994 et 1995, un autre site archéologique est découvert au lieu-dit Le Mont-Henry. Il s'agit d'un habitat et d'une nécropole datant du milieu du IIe siècle et du premier quart du Ier siècle avant notre ère. La nécropole comprend 38 incinérations, dont les dépôts osseux sont conservés dans des céramiques ou à même le sol ; 71 vases, 26 fibules, un bracelet, 2 pinces à épiler, 2 rasoirs en fer, 3 paires de forces, le fragment d’un manipule, une broche, une fourchette et deux clous sont retrouvés lors des fouilles. Le site est prospecté par les archéologues Sylvie Deffressigne et Roland Haurillon de l'INRAP.
Enfin, Roger Agache, lors de ses prospections aériennes, a repéré plusieurs enclos sur différents lieux-dits du territoire communal. Ces derniers éléments sont difficilement datables mais témoignent également de l’occupation ancienne de la zone de Grand-Laviers.
Les origines de Grand-Laviers
La première mention de Grand-Laviers remonte à la seconde moitié du IXe siècle, lors des invasions des Vikings. Ernest Prarond écrit dans son Histoire de cinq villes et trois cents villages hameaux ou fermes sur l’arrondissement d’Abbeville et d’Hallencourt que "Les Normands, sous la conduite de Garalond, passèrent la Somme à Laviers, où se trouvait alors un gué, au mois de juillet 881" (Prarond, 1861). Le village apparaît à cette date sous le nom de Latverum dans les annales de Saint-Vaast (Garnier, 1867-1878). Il existe plusieurs hypothèses quant à l’origine de ce nom. Celui-ci pourrait venir du verbe latin LAVARE, dont le participe passé lautum signifierait "mouvement de l’eau" - ou ce pourrait être un dérivé du mot lavoir, dit lauctum (Grand-Laviers et ses deux mille ans d’histoire, 2000). Même si ce ne sont que des hypothèses, le nom du village a vraisemblablement un rapport avec la présence du fleuve Somme. Son nom se transforme au XIIe siècle en Laviers, cité pour la première fois sous cette forme en 1121 (Garnier, 1867-1878).
La mention initiale de "Grand-Laviers" date de 1757, sur la carte de Cassini, différenciant ainsi le village du hameau de "Petit-Laviers". Dans la vallée de la Somme, la distinction entre Petit et Grand (comme à Port-le-Grand et Petit-Port) serait liées au courant et à la profondeur de la Somme : plus important sur la rive droite que gauche, permettant ainsi l'aménagement de ports ou zones de refuge pour les bateaux qui remontaient la Somme.
Les seigneuries de Grand-Laviers, son hameau, et Tofflet
Il y avait deux seigneuries à l’emplacement actuel de la commune. La seigneurie de Laviers tout d’abord, qui comprend le village et son hameau, et la seigneurie de Tofflet.
Le premier seigneur connu de Laviers est Guy de Laviers en 1160. René de Belleval indique dans son ouvrage sur Les fiefs des seigneuries du Ponthieu et Vimeu "La pairie de Laviers, tenue du roi, avait 16 mouvances. La charge et le titre de maréchal-héréditaire de Ponthieu étaient attachés à la possession de cette pairie. Le seigneur de Laviers, pair et maréchal-héréditaire de Ponthieu, avait sur son fief toute justice vicomtière" (de Belleval, 1870). La seigneurie est acquise par les familles de Limeu (ou de Limeux) en 1293 puis de Vini en 1311 avant d’être confisquée par le comte de Ponthieu "pour cause de forfaiture" en 1349 dans le contexte de la guerre de Cent Ans. Elle est vendue aux Chartreux d’Abbeville puis à Guillaume d’Oisencourt la même année (de Belleval, 1870). Par mariage entre Isabelle d’Oisencourt et Jean de Pelletot, la seigneurie change de famille. Entre 1416 et 1438, toujours dans le contexte de la guerre de Cent Ans, Laviers appartient à Raoul le Sage, chevalier et conseiller du roi d’Angleterre. Après sa mort, le roi de France Charles VII confisque la seigneurie pour la donner à Jean, seigneur d’Auxy. Elle est de nouveau vendue par le roi en 1451, à Jean de Belleval. En 1480, Jean de Belleval revend une partie de la seigneurie au roi Louis XI. Après la guerre de Cent Ans, le roi de France donne Laviers en apanage à la chapelle du Saint-Esprit de Rue (IA80001213) dans l'objectif d'affirmer son pouvoir sur les anciens comtés disputés.
En 1618, une partie de la seigneurie est acquise par le chapitre de Saint-Vulfran. À partir de cette date, Laviers s’organise ainsi : "la chapelle de Rue avait le titre et les droits de principal seigneur ; le chapitre de Saint-Vulfran avait un fief avec titre de co-seigneur, et Jean de Belleval et ses ayants-cause (…) avaient un arrière-fief mouvant de la chapelle de Rue, qui leur attribuait le titre et les fonctions de maréchal héréditaire et pair du Ponthieu, sans qu’ils pussent pour cela se qualifier seigneurs de Laviers" (de Belleval, 1870).
La seigneurie voisine est celle de Tofflet. René de Belleval indique dans son ouvrage que "la seigneurie, tenue en fief noble du roi, consistait en une maison seigneuriale avec un enclos de 7 journaux, 233 journaux de bois, 193 de terres labourables, 150 journaux de pâtures, 4 de prés et 100 livres de censives" (de Belleval, 1870). Le premier seigneur connu est Guy de Tofflet en 1186. En 1378, la seigneurie change de famille suite au mariage entre Emmeline de Tofflet et Baudoin de Hélengues. À cette époque, Tofflet se compose d’un manoir, d’un jardin et de 180 journaux de bois. En 1402, Pierre Lenganeur achète le fief, qui passe ensuite à la famille Le Ver en 1410 par mariage entre Agnès Lenganeur et Thomas Le Ver. En 1440, la seigneurie revient à Thierry de Licques, écuyer et maire d’Abbeville, marié à Marie Le Ver. Le domaine reste dans cette famille jusqu’en 1780. La tombe de Joseph-François de Licques est encore visible dans l’église de Grand-Laviers (IA80011137).
Petit-Laviers dépendait de Cambron, commune qui se situe à 2 km au sud du hameau. Il finit par être rattaché à la commune de Grand-Laviers en 1976.
Conflits et destruction
Les invasions des Vikings au IXe siècle ont fortement impacté Grand-Laviers. La présence d’un gué au niveau du village permet aux Vikings de traverser la Somme en juillet 881 et en 883 (Prarond, 1861). Même si rien ne permet de l’attester avec assurance, des destructions ont probablement été perpétrées lors de leurs passages.
Les conflits de la guerre de Cent Ans ravagent les campagnes du Ponthieu et du Vimeu. La position stratégique de Grand-Laviers, le long de la Somme entre la baie et Abbeville, implique que le village a sûrement subi des destructions à cette époque. La reconstruction de l'église juste après cette guerre témoigne des dommages que le village a enduré. Au XVIe siècle, lors de l'invasion du Ponthieu par les Espagnols mené par Charles Quint, ses troupes occupent la léproserie du Val de Buigny.
La Première Guerre mondiale n’a pas eu d’impact direct sur la commune, mais plusieurs habitants de Grand-Laviers sont morts sur le front pendant ce conflit. Des fantassins venus d’Inde pour renforcer les troupes anglaises ont établi leur camp sur le plateau, entre Grand-Laviers et Buigny-Saint-Maclou (Grand-Laviers et ses deux mille ans d’histoire, 2000).
La Seconde Guerre mondiale a eu un impact plus conséquent sur le village. Suite à la destruction d’Abbeville par les Allemands, des obus sont largués sur Grand-Laviers à partir du 20 mai 1940 (Grand-Laviers et ses deux mille ans d’histoire, 2000). Un poste de contrôle est mis en place sur le pont de Petit-Laviers pendant l’Occupation. Un blockhaus a semble-t-il été construit entre la Somme et le château de Tofflet. Le village subit de nouvelles destructions en août 1944 lors des combats de la Libération : les bâtiments communaux, comme l’église ou l’école, sont endommagés par ces combats d’artillerie. Les architectes de la reconstruction qui sont intervenus à Grand-Laviers sont Jean Decock et Roger Pachot (AD Somme ; 1272 W 156).
Activités de la commune
La léproserie
La léproserie construite dans le Val entre Grand-Laviers et Buigny-Saint-Maclou existe dès le XIIe siècle. Le lieu, géré par des religieux accueille les lépreux jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Le site, qui appartient à cette époque à l’hospice d’Abbeville, est transformé en grande ferme.
L’agriculture
Au XIXe siècle les activités de la commune sont essentiellement agricoles. En 1836, une majorité d’habitants sont cultivateurs, journaliers, manouvriers ou ménagers (AD Somme, 6 M 385). Les terres agricoles se situent principalement au nord du village, sur le côteau. Le plan du cadastre napoléonien du début du XIXe siècle montre une succession de parcelles de taille réduite : seule la partie la plus au nord du territoire communal présente de grands terrains. Quelques parcelles, à proximité des habitations, servent de terres agricoles ou de vergers. Le nombre de terres agricoles a cependant diminué entre 1990 et 2018, passant de 76 % à 60 % du territoire communal. Cette diminution s'explique en partie par la protection de certaines zones humides autrefois utilisées comme pâturages, dans le cadre de la Convention Ramsar.
Ancienne distillerie
Il existe au XIXe siècle une distillerie bâtie sur le côteau ouest du fond du Val, entre le village et la ferme du Val aux Lépreux. Elle a été bâtie dans les années 1820 ou 1830. Sept tonneliers habitent déjà Grand-Laviers en 1837 (AD Somme ; 6 M 385). Dans les années 1860, la vinaigrerie appartient à Henri Ledien, qui réalise des travaux d’agrandissement en 1864 et en 1870 (AD Somme ; 3 P 385/6). Un incendie détruit (en partie) la distillerie en 1879. Elle est alors la propriété de Jacques Galamez, qui réalise de nouveaux travaux en 1881. Aujourd'hui, il ne reste plus trace de cette distillerie.
Autres activités
Au cours des XIXe et XXe siècles plusieurs cafés et épiceries se sont succédé à Grand-Laviers. Il reste encore aujourd’hui un restaurant sur la route du Crotoy.
Beaucoup de domestiques et servantes figurent dans les registres de recensement du XIXe siècle. Cela s’explique peut-être par les grandes demeures qui existent dans le village. Par exemple, en 1872, il y a au château de Tofflet une cuisinière, une femme de chambre, un garde particulier et un concierge. De nombreux domestiques et servantes sont, par ailleurs, engagés par l’hospice d’Abbeville pour s’occuper de la ferme du Val aux Lépreux (AD Somme ; 6 M 385).
D’après Prarond, il existe en 1763 un moulin à vent et un moulin à eau à Grand-Laviers, ce dernier se situe sur le cours d’eau qui descend du Val de Buigny. Ces moulins sont déjà détruits en 1804 car ils n’apparaissent pas sur le plan par masses de cultures dressé à cette date. Un moulin à vent est bâti sur les hauteurs du village en 1847 par Honoré Tondellier. Il est détruit par un ouragan en 1860 (AD Somme ; 3 P 385/6).
Enfin, il existe un four à chaux, construit par M. Trancart en 1866 à proximité de la route du Crotoy, au sud du château de Tofflet.
Histoire du bâti
Développement et structuration du village
Le village de Grand-Laviers s’est construit sur un terrain du fond du val dans sa partie est, et sur le début du coteau dans sa partie ouest. L’église, construite au centre du village, se situe sur le côteau, à 17 m d’altitude.
La première carte connue de Grand-Laviers est celle de Cassini, dressée au milieu du XVIIIe siècle. Ce plan montre le village et son hameau Petit-Laviers. L’ancienne léproserie est déjà visible dans le val, l’endroit où elle se situe est appelé Saint-Maur. Enfin, deux autres fermes isolées sont représentées à l’ouest de Petit-Laviers : la ferme du Blanc Pigeonnier et la ferme de Touvent.
Un second plan, cette fois-ci plus détaillé, représente Grand-Laviers en 1804 (ill.). La Somme, dont la canalisation n'est pas encore terminée, passe encore au pied de Grand-Laviers. Le bâti se concentre au nord de la route principale du Crotoy (la partie sud étant occupée par la Somme), sur la route de Buigny qui monte sur le coteau et sur la rue secondaire "des Jongleurs" qui mène vers le château et la ferme de Tofflet. Deux éléments isolés, mais constitutifs du village et de son histoire sont également visibles sur le plan : la ferme du Val aux Lépreux, dont la chapelle est représentée dans la cour et le château et la ferme de Tofflet, construits dans le bois du même nom.
Un autre plan parcellaire, dit cadastre napoléonien, permet de voir l’évolution du village dans le deuxième quart du XIXe siècle. Ce dernier est en effet dressé à une date non définie, mais vraisemblablement dans les années 1820. En une vingtaine d’années, plusieurs nouvelles habitations et fermes sont construites au nord de la route du Crotoy. Sur ce plan, la place publique se situe à l’emplacement de l’actuelle mairie. Mis à part ces nouvelles constructions le village ne s'est pas beaucoup développé. Le nombre d’habitants de Grand-Laviers a en effet peu varié expliquant que le village s’est peu étendu. C’est à partir de la fin des années 1970 qu’a débuté la construction d’un grand lotissement de 70 maisons au nord du village.
Le hameau de Petit-Laviers est représenté sur le plan de cadastre napoléonien de la commune de Cambron dont il dépend en 1820. La Somme, dans son lit historique, apparaît au nord du hameau, ainsi que le canal de la Somme encore en construction au sud. À cette date, le hameau ne possède que 18 habitations construites. Deux fermes sont isolées du reste du bâti à l’est, construites à la frontière avec Abbeville. Deux autres sont également construites à distance du hameau à l’ouest, dont la ferme du Touvent. Le bâti du hameau s’est largement développé et densifié depuis ce plan. Plusieurs maisons sont construites, entre autres, au nord de la route vers Abbeville. Cet espace n’était pas du tout bâti en 1820, sans doute à cause de la proximité des parcelles avec l’ancien lit de la Somme.
La canalisation de la Somme a fortement transformé le paysage de Grand-Laviers. Le fleuve passait à l'origine au pied du village, le séparant de son hameau de Petit-Laviers. Le canal de la Somme est quant à lui percé entre Petit-Laviers et Cambron. Ainsi, Grand-Laviers est privée de son accès direct au fleuve. Les travaux, qui débutent à la fin du XVIIIe siècle, sont achevés en 1827 (Grand-Laviers et ses deux mille ans d’histoire, 2000). Prarond écrit à ce sujet : "Laviers cependant a perdu son plus grand charme : la Somme ne coule plus à ses pieds. Il lui reste, il est vrai, sa vallée qu’on ne peut pas lui retirer ; il lui reste encore aussi le sable exhaussé de l’ancienne baie qu’une mince couche d’eau recouvre encore aux grandes marées. La vue des troupeaux qui passent par longues files sur les digues console un peu de cette aridité d’un terrain nouvellement conquis sur la mer et que la mer dispute encore" (Prarond, 1861). Avant la canalisation, le passage de la Somme entre le village et son hameau est permis par un bac. Le canal est également traversé par un bac entre Petit-Laviers et Cambron, avant la construction d’un pont en 1895 (Grand-Laviers et ses deux mille ans d’histoire, 2000).
La ligne de chemin de fer Amiens-Boulogne est construite dans les années 1840 au sud du village, dans l’ancien lit de la Somme. En 1894 et en 1905, la mairie de Grand-Laviers fait la demande pour ouvrir une halte à Grand-Laviers. Elle se propose de payer les installations, mais la Compagnie des Chemins de fer du Nord refuse la demande.
Plusieurs édicules religieux témoignent de l’importance de la religion au XIXe siècle. Ainsi, il existe encore aujourd’hui un calvaire à Petit-Laviers et un second à Grand-Laviers. Un oratoire, bâti en brique, abrite un Christ aux liens, à la lisière du bois du Val au nord de Grand-Laviers. Le cimetière communal se situait auparavant autour de l’église Saint-Fuscien. Étant devenu trop petit, il est transféré en 1947 sur un terrain rectangulaire à l’est de la route du Crotoy, à la sortie du village. Une allée centrale mène au nord à la croix de cimetière.
Formes parcellaires et implantation du bâti
Les deux plans dressés au début du XIXe siècle donnent une image de l’implantation et la forme du bâti à Grand-Laviers à cette époque. Dans cette commune essentiellement agricole, il existe plusieurs modèles d’exploitation. Certaines fermes sont fermées sur la rue par des constructions agricoles, d’autres présentent une cour ouverte. Sur la route du Crotoy, les bâtiments sont construits en retrait de la rue, souvent accolés les uns aux autres, sur des parcelles en lanière. Plusieurs fermes sont présentes le long de cette rue et leurs cours sont généralement fermées par un bâtiment agricole. Au début du XIXe siècle, il existe une dizaine de fermes construites sur la rue qui part en direction de Buigny-Saint-Maclou. Cependant, leur implantation ne semble répondre à aucune logique et elles sont isolées les unes des autres. L'une de ces fermes se démarque par sa grande taille, à l’angle de la rue de Buigny et de la rue des Jongleurs (IA80011143). Sur cette dernière voie qui mène vers le bois de Tofflet sont construites de petites fermes dont la cour est ouverte sur la rue. Derrière les fermes du village s’étend généralement leur jardin. Enfin, à Petit-Laviers, quelques fermes et maisons sont construites, mais sans organisation particulière.
Le village a beaucoup évolué au fil du temps : de nouveaux édifices sont bâtis au cours du XIXe siècle, comme la mairie-école (IA80011139) ou la demeure dite de Napoléon et Joséphine (IA80011146). Le bâti de la route du Crotoy a également beaucoup changé durant ce siècle : plusieurs maisons à étage sont élevées en brique. Une ferme, à l’extrémité est de la rue, porte la date de 1870. Au XXe siècle, le village a presque doublé de taille, avec la construction de nombreuses maisons de type pavillonnaire. Ces nouvelles habitations, construites entourées de leurs jardins, sont bâties entre les constructions qui subsistent du XIXe siècle, transformant la physionomie du village. Même si Grand-Laviers a beaucoup évolué, il reste dans ce village un riche patrimoine bâti qui mérite d’être valorisé. Plusieurs fermes anciennes sont encore bien conservées, et quelques grandes demeures témoignent de la richesse du secteur.
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Période(s)
- Principale : Chalcolithique
- Principale : Gallo-romain
- Principale : Moyen Age
- Principale : Temps modernes
- Principale : Epoque contemporaine
Territoire de la commune
La commune de Grand-Laviers fait partie du canton d’Abbeville 1. Elle se compose du village de Grand-Laviers et du hameau de Petit-Laviers. Son territoire est limitrophe des communes d’Abbeville à l’est, de Cambron au sud, de Saigneville et Port-le-Grand à l’ouest et Buigny-Saint-Maclou au nord. Il s’étend sur une superficie de 9,5 km2. La commune comptabilise 463 habitants en 2021 dans 192 logements, dont 145 en résidences principales (source INSEE). Le territoire est traversé au nord par l’autoroute A16 qui relie la région parisienne à la frontière belge, et à l’est par l’A28 qui part en direction de Rouen. Au sud, la Somme canalisée forme la frontière entre Petit-Laviers et Cambron. Enfin, la ligne de chemin de fer entre Paris et Calais sépare le village du hameau, au niveau de l’ancien lit de la Somme.
Environnement naturel et paysager
Grand-Laviers se situe dans le secteur paysager de la vallée de la Somme. Le territoire se compose (en 2018) d’environ 41 % de terres arables, 18 % de prairies, 12 % d’espaces verts artificialisés non agricoles, 9 % de forêts et 9 % d’eaux continentales.
Au sud du village, au niveau de la ligne de chemin de fer, se situe l’ancien lit de la Somme. Il existe encore un cours d’eau à cet endroit, mais d’une importance moindre par rapport à l’ancien fleuve. Au sud du cours d’eau se trouve la réserve ornithologique de Grand-Laviers. Elle a été créée à l’emplacement des anciens bassins qui permettaient de stocker les eaux boueuses issues du lavage des betteraves de l’ancienne sucrerie d’Abbeville, fermée en 2007. Ces bassins d’eau, situés sur une voie migratoire, servent de halte, de site de repos, d’alimentation et de reproduction pour de nombreuses espèces d’oiseaux. Ce sont 165 espèces végétales et 194 espèces d’oiseaux qui ont été recensées sur ce lieu. La réserve est aujourd’hui ouverte aux visites. Cet espace ainsi que la Somme canalisée sont inclus dans le site Ramsar-Baie de Somme.
Au nord de la vallée de la Somme s’élève le côteau marquant le début du plateau du Ponthieu. Le village de Grand-Laviers est construit sur ce côteau, en surplomb du fleuve. Un vallon, nommé Val aux Lépreux, ou Val de Buigny, perpendiculaire à la vallée, découpe le plateau jusqu’à la commune de Buigny-Saint-Maclou.
Enfin, il existe deux bois sur le territoire communal. Le bois du Val, tout d’abord, se situe au sud de l’autoroute A16. Le bois de Tofflet s’étend sur une superficie d’environ 100 ha, au nord de l’ancien lit de la Somme. Le château et la ferme de Tofflet, avec sa motte féodale qui témoigne de l'occupation ancienne du site, sont construits dans ce bois. Cet espace bénéficie d’une protection ZNIEFF de type 1.
Implantation du bâti
Le village est séparé de son hameau par l’ancien lit de la Somme. À Grand-Laviers, le centre ancien se situe sur le début du côteau, la moitié nord du village a été bâtie à partir des années 1980. Le village se structure autour de la mairie à l’est, l’église au centre (IA80011137), et la demeure appelée château de Grand-Laviers à l’ouest (IA80011142). Le bâti se concentre principalement autour de quatre rues : les rues principales du Crotoy et de Buigny et les rues secondaires de l’Église et du Jongleur. La route du Crotoy est l’axe reliant la ville d’Abbeville à celle du Crotoy. Elle se sépare en deux parties à l’entrée est de Grand-Laviers, la première au nord correspond à l’ancien tracé de la route, la seconde au sud permet de créer une déviation plus rapide pour traverser le village. Les habitations de cette rue sont majoritairement précédées de leur jardin, mais quelques maisons ou anciennes fermes sont construites le long de la rue. Dans la rue de Buigny, qui traverse le village du nord au sud et amène sur le plateau, plusieurs fermes sont fermées sur la rue par leur grange. Une seule de ces fermes au nord présente une cour ouverte sur la rue. L’ancienne école du village (IA80011139) se situe sur cette voie. Les maisons construites plus récemment sont précédées de leur jardin. La rue de l’Église se développe parallèlement à la rue de Buigny. Trois anciennes fermes, dont la cour est aujourd’hui ouverte, sont construites dans cette rue. La rue des Jongleurs mène à l’ouest au château de Tofflet et à sa ferme. Les bâtiments construits dans cette rue sont également précédés de leur cour. La mairie-école construite dans les années 1950 ainsi que la demeure appelée château de Grand-Laviers sont construits dans la rue des Jongleurs. Enfin, la ferme du Val aux Lépreux (IA80011138) est construite isolée, au nord du reste du village. Cet éloignement s’explique par son ancienne activité de léproserie. Le domaine du Val, centre de vacances, a été construit au sud de cette ferme.
Petit-Laviers est traversé du nord au sud par la rue principale de la Gare, qui relie Grand-Laviers à Cambron. De cette rue part à l’est la seconde rue principale qui forme le hameau : la rue du Soleil-Levant. À l’ouest part la rue secondaire de Touvent, qui rappelle la présence de la ferme isolée du même nom, qui se situe à presque 2 km du hameau. Enfin, une petite impasse (rue de l’École) depuis la rue principale amène à deux grandes fermes au sud. Quelques maisons sont construites en bordure de rue, mais la plupart des habitations sont précédées de leurs jardins. Plusieurs cours d’eau coulent dans le hameau rappelant son implantation entre le canal et l’ancien lit de la Somme.
Forme du bâti
Grand-Laviers et son hameau présentent plusieurs édifices dont la forme et les matériaux sont représentatifs du patrimoine du territoire. Tout d’abord, plusieurs anciennes grandes fermes (dont trois dans la rue de Buigny) se composent d’une large maison et de plusieurs bâtiments à vocation agricole. Quelques anciennes fermes, de plus petite taille, sont également construites dans le village. L’une d’entre elles, le long de la rue de Buigny, est encore fermée sur la rue par sa grange percée d’une porte charretière. Par ailleurs, les maisons de Grand-Laviers sont majoritairement en rez-de-chaussée, elles sont construites le long de la rue ou précédées d’une petite cour. Quelques maisons à étage se démarquent tout de même. Il y en a six construites le long de la route principale du Crotoy, dont un restaurant (ancien café), et la grande demeure dite de Napoléon et Joséphine (IA80011146). Dans le reste du village, les édifices qui possèdent au moins un étage sont les anciennes mairies-écoles et les demeures ou châteaux.
À Petit-Laviers, le bâti est généralement de taille plus modeste, en rez-de-chaussée. Beaucoup de maisons ont été construites à partir de la fin du XXe siècle, dans des zones inondables.
Matériaux de construction
La brique est majoritaire sur le territoire communal. Les anciennes mairies-écoles, les fermes, les demeures ou les habitations plus modestes sont construites avec ce matériau. Cette brique change de teinte selon l’époque de construction du bâtiment, elle est parfois peinte (IA80011146) ou parfois associée à une structure en pans de bois (4 rue de l’Église). Quelques rares exemples d’édifices en pans de bois et torchis sont encore conservés dans la commune. Ce type de structure ne sert parfois qu’à une partie de l’édifice (mur-pignon ou premier étage). La pierre calcaire est également utilisée, principalement pour les édifices les plus anciens qui structurent le village, comme l’église, le château de Tofflet, la demeure Devisme et l’ancienne léproserie. Cette pierre de taille est parfois associée à la brique, formant ainsi une maçonnerie dite en "rouge barre". La façade sud de la demeure Devisme est un exemple caractéristique de cette mise en œuvre des matériaux. Le silex, que l’on retrouve dans une ferme rue de Buigny et à l’église, est également associé à la brique dans une alternance d’assise qui rappelle la maçonnerie en "rouge barre". Il est également utilisé pour le soubassement, les murs de clôture ou de soutènement. Enfin, les toits des maisons sont en majorité couverts en tuile. Quelques édifices se démarquent avec une couverture en ardoise, comme les anciennes mairies-écoles, la demeure du château de Tofflet, la demeure Devisme, ou quelques maisons plus récentes.
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- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
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Documents d'archives
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AD Somme. Série M ; Sous-série 6 M : 6 M 385. Recensement de la population : Grand-Laviers, 1836-1975.
-
AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 385/6. Matrices des propriétés bâties de Grand-Laviers, 1882.
-
AD Somme, Série W ; Sous-série 1272 W : 1272 W 156. Dommages des édifices publics de Guerre Grand-Laviers, 1945-1960.
Bibliographie
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BELLEVAL, René de. Les Fiefs et les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu : essai sur leur transmission depuis l'an 1000 jusqu'en 1789. Saint-Pierre-de-Salerne (27800 Brionne) : Gérard Monfort, 1975. 352 p.
[Reprod. en fac-sim. de l'éd. originale]. Paris : Dumoulin, 1870.
-
GARNIER, Jacques. Dictionnaire topographique du département de la Somme. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, 3e série. Paris : J.-B. Dumoulin ; Amiens : impr. Lemer aîné : puis A. Douillet, 1867-1878. 2 tomes.
-
BEN REDJEB, Tahar. Carte archéologique de la Gaule : La Somme, 80-2. Paris : Académie des Inscriptions et Belles-lettres, 2012.
-
PERNES, Michel. Grand-Laviers et ses deux mille ans d'histoire. Abbeville : F. Paillart éditeur, 2000.
-
PRAROND, Ernest. Histoire de cinq villes et de 300 villages, hameaux ou fermes. Abbeville (communes rurales des deux cantons) et Hallencourt. Paris, Abbeville : Dumoulin/Grave/Prévost, 1861-1868.
[rééd : Saint-Pierre-de-Salerne : G. Monfort, 1980].
L'édition complète comprend : 1re partie. Abbeville (communes rurales des deux cantons) et Hallencourt ; 2e partie. Canton de Rue ; 3e partie. Saint-Valéry et les cantons voisins. - 2 vol. ; 4e partie. Saint-Riquier et les cantons voisins. - 2 vol.
Périodiques
-
BILLARD, Cyril, COTTIEUX, Richard, DURCROCQ, Thierry. Un site d'habitat chalcolithique à Grand-Laviers (Somme). Revue archéologique de Picardie, 1990.
p.15-26.
Documents figurés
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Plan par masses de cultures, 1804 (AD Somme ; 3 P 1010).
-
Plan parcellaire de Grand-Laviers, dit cadastre napoléonien, tableau d'assemblage, [s.d.] (AD Somme ; 3 P 1376/1).
-
Plan parcellaire de Grand-Laviers, dit cadastre napoléonien, Section A, [s.d.] (AD Somme ; 3 P 1376/2).
-
Plan parcellaire de Grand-Laviers, dit cadastre napoléonien, Section C, [s.d.] (AD Somme ; 3 P 1376/4).
-
Plan parcellaire de Cambron, dit cadastre napoléonien, Section A1 de Petit-Laviers, 1820 (AD Somme ; 3 P 1306/2).
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Plan parcellaire de Cambron, dit cadastre napoléonien, Section A2 de Petit-Laviers, 1820 (AD Somme ; 3 P 1306/3).
-
Le village de Laviers du côté de la rivière, dessin, 1700-1799 (Archives et Bibliothèque patrimoniale d’Abbeville ; 5, 65).
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Le village de Laviers à voir en arrivant par la ville, dessin, 1700-1799 (Archives et Bibliothèque patrimoniale d’Abbeville ; 5, 64).
Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)
Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme
Contient
- Ancienne demeure Tronnet, puis Devisme de Flacourt, dite "château de Grand-Laviers", aujourd'hui Institut médico-éducatif
- Ancienne ferme Elluin, actuellement maison
- Ancienne mairie-école, actuellement logement
- Anciennes école et mairie de Grand-Laviers, actuellement maison
- Château et ferme de Tofflet
- Demeure Napoléon et Joséphine
- Ferme dit ferme Ducrocq, puis ferme Rocque
- Ferme dite Ferme du Val aux Lépreux
- Maison
- Maison, dite Villa mon Désir
- Église Saint-Fuscien
Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)