Dossier d’œuvre objet IM80002122 | Réalisé par
Dufossé Maël (Rédacteur)
Dufossé Maël

Agent du patrimoine, ville d'Abbeville, depuis octobre 2025. Stagiaire du PAH Ponthieu Baie-de-somme d'avril à septembre 2025.

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  • inventaire topographique, Abbeville
  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Les verrières de l'église du Saint-Sépulcre d'Abbeville, Église paroissiale du Saint-Sépulcre
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté d'agglomération de la Baie de Somme - Abbeville
  • Commune Abbeville
  • Adresse place du Saint-Sépulcre
  • Cadastre 2025 XT 133
  • Emplacement dans l'édifice autour de la nef et du choeur
  • Dénominations
    verrière

L’ensemble des verrières réalisées par l'artiste abbevillois Alfred Manessier (1911-1993) entre 1982 et 1993 pour l’église du Saint-Sépulcre occupe une place majeure dans l’œuvre de l’artiste, tant par son ambition monumentale que par le lien personnel et familial qu’il entretenait avec la ville, et plus particulièrement avec cet édifice. L’intervention de Manessier a durablement transformé la physionomie de l’église gothique et en fait aujourd’hui un lieu de référence pour l’art du vitrail contemporain en France.

L’étude des cycles de vitraux de l’église du Saint-Sépulcre d’Abbeville n’a pas permis d’identifier l’existence d’un programme primitif, tant du point de vue historique qu’iconographique. Toutefois, il est vraisemblable qu’un premier ensemble de vitraux ait accompagné la reconstruction de l’édifice au XVe siècle, dans le style gothique flamboyant, bien qu’aucune source ne permette aujourd’hui d’en préciser la nature.

Les aquarelles exécutées d’après nature par Oswald Macqueron (1821-1899) en juin 1850 constituent en revanche un témoignage précieux sur l’état des verrières au milieu du XIXᵉ siècle. Elles montrent une église dont les baies sont garnies de verres losangés blancs, mais la datation demeure incertaine.

L’église connaît ensuite deux grandes campagnes de vitraux successives : la première, menée par Adolphe Napoléon Didron (1806-1867), intervient lors de l’agrandissement de l’édifice dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle ; la seconde est réalisée par Alfred Manessier (1911-1993) à la fin du XXᵉ siècle, à la suite de la destruction complète du cycle précédent lors des deux conflits mondiaux.

Le cycle de vitraux du XIXe siècle 

À partir de 1855, un nouveau cycle de vitraux est progressivement mis en place dans l’église du Saint-Sépulcre. Initialement constitué de dons ponctuels, ce programme évolue vers un cycle commandé de manière plus cohérente. Bien que l'ensemble de ces vitraux ait été détruit, leur existence est attestée par les descriptions de l’abbé Coyette (La paroisse Saint-Sépulcre d’Abbeville, 1880, p. 332-357) et de Prarond (La Topographie historique et archéologique d’Abbeville, t. 2, p. 66-85), ainsi que par une documentation restreinte.

L’exécution des verrières est confiée à Adolphe Napoléon Didron. Historien, archéologue et iconographe, Didron manifeste une fascination pour le Moyen Âge et se spécialise dans l’architecture gothique du XIIIᵉ siècle. Admirateur puis ami de Victor Hugo et proche d'Eugène Viollet-le-Duc, il contribue en France au renouveau du style gothique. Il s’implique activement dans la restauration des monuments historiques, dénonce le vandalisme et prône une renaissance de l’art chrétien inspirée des préceptes du XIIIᵉ siècle.

Si son action commence par des écrits et des études, Didron intervient également de manière concrète dans la création artistique : en 1849, il fonde une entreprise de vitraux en collaboration avec le peintre Auguste Ledoux et Émile Thibaud, maître verrier, puis avec son neveu et successeur Édouard Didron. Cette structure permet la réalisation de cycles de vitraux dans plusieurs édifices, dont l’église du Saint-Sépulcre d'Abbeville.

Ne sachant pas dessiner lui-même, Didron fait appel à des intermédiaires pour mettre en images ses idées et ses programmes iconographiques. Pour reproduire des motifs ou des objets, il définit des types, qu’il publie dans les Annales archéologiques, qu'il créé en 1844, à travers des articles consacrés à l’ameublement des églises et cathédrales. Les vitraux qu’il conçoit procèdent d’une démarche archéologique et présentent des programmes iconographiques extrêmement étudiés, que l’on peut qualifier de "vitraux archéologiques ".

Beaucoup de vitraux, comme ceux du Saint-Sépulcre d'Abbeville, ne constituent pas des inventions originales : Didron réutilise fréquemment des cartons antérieurs, qu’il adapte selon les dimensions de la baie. Certaines compositions sont conservées, d’autres modifiées, agrandies ou réduites probablement grâce à un pantographe ou à la projection d’images photographiques sur le verre à l’aide d’une lanterne magique. La comparaison de thèmes récurrents sur différents vitraux montre qu’il combine habilement plusieurs cartons pour s’adapter aux commandes, sans créer systématiquement une œuvre originale. Cette pratique se remarque particulièrement sur les vitraux représentant les vertus théologales, comme La Charité et La Foi, réalisés à Abbeville.

Les vitraux de Didron se distinguent par l’intégration du modelé des formes et la mise en espace des personnages, ce qui est rare dans le vitrail néo-gothique qui n’est pas de type "vitrail-tableau" . Didron se situe dans un entre-deux : ses scènes multiples ne sont ni de simples vignettes, ni de véritables tableaux. Pour lui, la verrière doit conserver son plan rigoureux et ne pas creuser un espace fictif. Il adapte ses compositions au contexte architectural, reprenant le carton dans son intégralité ou en le modifiant selon les besoins de la baie.

La première intervention de Didron pour l'église du Saint-Sépulcre d'Abbeville date de 1855 avec la réalisation de la verrière ouest de la chapelle du Saint-Sépulcre. Ce vitrail est offert par le comte de Riencourt, descendant d’un soldat croisé du même nom ayant accompagné Godefroy de Bouillon lors des premières croisades. L’iconographie du vitrail illustre cet épisode : Godefroy de Bouillon en armes part à la conquête du Saint-Sépulcre, accompagné de ses hommes, et reçoit la bénédiction d’un évêque.

Les deux vitraux suivants datent de 1856. Le premier, le vitrail dit de La Charité, est conçu d’après les dessins d’Auguste Ledoux (1816-1869). La représentation du vitrail peut être reconstituée grâce à la description de l’abbé Coyette et surtout à sa reprise du vitrail de l’église Saint-Éloi de Dunkerque, conservé par lithogravure, bien que l’œuvre originale ait disparu (ill.). La baie de Saint-Sépulcre étant plus petite que celle de Saint-Éloi, certaines scènes du premier étage ne sont pas reproduites. En partie inférieure, La Cène, avec Jésus distribuant le pain et le vin, est encadrée à gauche par l’entretien avec La Samaritaine au puits de Jacob et à droite par Le miracle de Cana. Au centre figure l’inscription DEUS CARITAS EST. De la Cène émerge un arbre se déployant dans la verrière, où l’on voit un pélican nourrissant ses petits. À gauche, le Christ détourne un jeune homme de la volupté ; à droite, se trouvent les quatre vertus – Vérité, Miséricorde, Justice et Paix. Dans la partie supérieure, les misères humaines tendent la main vers Jésus à gauche, tandis qu’à droite sont représentées les vierges, filles de la Charité. Au sommet, le Christ en croix est accompagné de la Vierge et de saint Jean.

De tous les vitraux présents au XIXᵉ siècle dans l’église du Saint-Sépulcre, le vitrail de La Charité est de loin le mieux documenté. Didron lui consacre un article spécifique dans ses Annales (op. cit.) en 1854, où il délivre une véritable note d’intention. Comme indiqué ci-dessus, le vitrail est initialement conçu pour l’église Saint-Éloi de Dunkerque en 1852, édifice de style flamand de la fin du XVe siècle. Pour s’inscrire dans ce contexte historique, Didron adapte la tournure et les costumes afin qu’ils paraissent appartenir à cette époque.

Refusant le sujet unique pour une verrière, qu’il juge pauvre et plat, Didron compose une scène complexe comportant dix épisodes et une multitude de personnages. Les archives diocésaines de Lille conservent une planche lithographique offerte à Dunkerque pour remercier M. Chamonin de Saint-Hilaire, trésorier de la fabrique de l’église, qui entreprend la restauration du bâtiment.

Ce même vitrail se retrouve également à Notre-Dame du Vœu de Cherbourg, où il demeure encore en place aujourd’hui (IM50000479, Service régional de l'Inventaire de Normandie) .

À Abbeville, après la pose du vitrail de La Charité dans le collatéral sud, Didron installe le vitrail de La Foi, situé immédiatement à sa gauche. Le programme iconographique s’organise sur trois niveaux. Le premier étage présente le Credo entouré de tous les apôtres. Le deuxième étage est dominé par l’Arbre de la Foi, associé à un cartouche portant l’inscription CREDO, surmonté d’un aigle avec ses aiglons regardant le soleil. À gauche, une femme hémorroïsse à genoux embrasse le vêtement du Christ, tandis qu’à droite Abraham se tient à genoux sous un chêne devant la Trinité. Le troisième étage illustre, à gauche, la conversion de saint Thomas touchant la plaie du Christ et, à droite, saint Dominique recevant la sainte Hostie.

Ce vitrail se trouve, modifié, dans la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence. Comme pour les autres verrières de La Foi conçues par Didron, la base montre le char portant le Christ, représenté dans une verrière indépendante, installée dans la baie 0 en 1864.

Les verrières suivantes, numérotées de 0 à 10, sont exécutées après les travaux de l’architecte Delefortrie (1810-1889), afin de correspondre aux nouvelles baies définies dans ses plans. Leur description est connue grâce au témoignage de l’abbé Coyette (voir annexe). Les baies du transept, bien que prévues dans un projet de Didron (voir lettre en annexe), ne seront jamais garnies. Celles du collatéral nord et de la façade ne reçoivent pas non plus de vitraux du temps de Didron l’Aîné. Toutefois, l’examen de certaines cartes postales anciennes atteste la présence de verrières à différentes époques, sans qu’il soit possible d’en préciser le programme iconographique.

Prarond indique par ailleurs qu'Édouard Didron, neveu et successeur d’Adolphe Napoléon, aurait poursuivi le travail de son oncle. Néanmoins, aucune archive connue ne permet de documenter la poursuite effective de cette commande.

Les vitraux au XXe siècle

Les vitraux bombardés 

Les deux guerres mondiales vont considérablement endommager les vitraux installés au XIXe siècle. En effet, à deux reprises, les bombardements de 1918 et de 1940 soufflent les verrières de l’église du Saint-Sépulcre. Suite à ces bombardements, les verrières épargnées ou leurs fragments sont déposés et confiés à un atelier de restauration amiénois jusque dans les années 1990. Ces fragments sont aujourd'hui en dépôt au Carmel-Maison du Patrimoine de la Ville d’Abbeville.  

Après les destructions, les baies ont été garnies provisoirement de verre cathédrale en attendant un projet de restitution des vitraux figurés.

Il faut attendre la fin des années 1970 pour que la vitrerie provisoire soit remplacée par des vitraux losangés verts réalisés par les ateliers Cagnard à Amiens. Toutefois, l’observation des cartes postales et photographies de cette époque montre que cela n’a été le cas que pour les espaces les plus sacrés de l’édifice, à savoir le chœur et les chapelles latérales. Ces verrières losangées sont également partiellement en dépôt au Carmel- Maison du Patrimoine de la Ville d’Abbeville - pour ce qu'il en reste. 

Les vitraux d’Alfred Manessier

Le 11 février 1982, François Énaud de Morhery, inspecteur général des Monuments historiques de 1959 à 1989, propose à Alfred Manessier la création d’un cycle complet de vitraux pour l’église du Saint-Sépulcre d’Abbeville, encore marquée par les destructions des conflits du XXᵉ siècle.

Pour l’artiste, cette commande a une portée particulière à plusieurs titres. Elle le ramène d’abord dans un lieu familier de son enfance, qui nourrit à la fois son imaginaire et ses angoisses, notamment à travers la vision du gisant du Christ dans le bas-côté nord de l’église. Elle lui offre ensuite l’occasion d’affirmer un art abstrait et chrétien, dont il est le principal défenseur depuis sa conversion au christianisme en 1943. Enfin, elle lui permet de renouer avec la création de vitraux abstraits, domaine qu’il avait inauguré en 1947 à l’église Saint-Michel des Bréseux (Doubs), première réalisation de ce type dans l’histoire du vitrail.

Bien que l’église du Saint-Sépulcre lui soit un lieu familier, Manessier tient à la revisiter le 27 février 1982. De retour dans sa ville natale, il réalise sur place relevés et croquis, qui lui serviront ensuite à établir dans son atelier parisien les grandes lignes du projet. Les premières ébauches et dessins préparatoires sont aujourd’hui connus grâce au fonds Alfred Manessier, conservé au Beffroi Musée Boucher de Perthes-Manessier à Abbeville, donné par son épouse et ses enfants en 2001.

Pour ce chantier, l’artiste choisit à nouveau de travailler avec les ateliers Lorin de Chartres, ses partenaires de longue date depuis la réalisation des vitraux des Bréseux en 1947, et associés à la plupart de ses projets.

Si les bases sont posées dès 1982, le projet est ensuite différé à partir de 1983 pour des raisons logistiques et administratives, situation qui alimente l’impatience de l’artiste, signe de son attachement à cette commande. Ce n’est qu’en novembre 1988 que François Énaud confirme officiellement son lancement. Les anciennes verrières de l’église sont déposées en mars 1989 ; les trois premières verrières du chœur sont inaugurées en avril. La pose du reste des vitraux se poursuit jusqu’en 1993. Durant ces quatre années, Manessier partage son temps entre son atelier d’Émancé, où il travaille les cartons, ses visites de chantier à Abbeville, et ses passages aux ateliers de Chartres pour ajuster le dessin des vitraux.

Les derniers panneaux sont posés les 12 et 13 mai 1993, l’inauguration étant prévue pour le mois de septembre. Mais la conclusion de cette œuvre monumentale est bouleversée par la mort soudaine de l’artiste le 1ᵉʳ août, à la suite d’un accident de voiture près d'Orléans. Ses funérailles sont célébrées quelques jours plus tard dans l’église du Saint-Sépulcre. Le 5 décembre 1993, jour anniversaire de sa naissance, les baies des saignées des chapelles latérales de la Vierge et du Sacré-Cœur sont enfin garnies des deux ultimes vitraux, posés par le maître-verrier Gérard Hermet et la fille de l'artiste, Christine Manessier.

  • Période(s)
    • Principale : 3e quart 19e siècle , (détruit)
    • Principale : 4e quart 20e siècle , daté par source , (détruit)
  • Dates
    • 1855, daté par source
    • 1865, daté par source
    • 1993, porte la date
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Manessier Alfred
      Manessier Alfred

      Alfred Manessier, né le 5 décembre 1911 à Saint-Ouen (Somme) et mort le 1er août 1993 à Orléans (Loiret), est un peintre non figuratif français, considéré comme un des maîtres de la nouvelle École de Paris.

      Profondément imprégné dès son enfance par les paysages et la lumière de la Baie de Somme, il consacre de nombreuses toiles aux méandres et reflets du fleuve, au littoral picard, aux ports du Nord.

      À partir de 1947, le vitrail occupe une grande partie de son œuvre. Il en réalise un grand nombre, sur demande de la Commission diocésaine d'art sacré de Besançon aux Bréseux d'abord, à Pontarlier (église Saint-Bénigne) puis des dominicains du Saulchoir. Mais à partir des années 1960, les vitraux et leur conservation le préoccupent assez pour qu'il crée en 1964 l'Association pour la défense des vitraux de France avec un groupe d'amis.

      S'il est en bonne place dans les lieux de culte et les couvents par ses tapisseries, peintures, vitraux, Manessier refuse l'étiquette de « peintre religieux », et à partir de 1956, date de l'insurrection de Budapest, il réalise un grand nombre de toiles « politisées », en rapport avec les violences du monde [...].

      Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Manessier [consulté le 24/10/2025]

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      peintre-verrier signature
    • Auteur :

L’ensemble réalisé par Alfred Manessier pour l’église du Saint-Sépulcre d’Abbeville comprend 31 vitraux : 21 fenêtres, 8 oculus et 2 saignées. L’artiste renonce à l’usage de la grisaille et recourt exclusivement à un verre coloré dans la masse, produit à la verrerie de Saint-Just-sur-Loire, matériau sélectionné pour ses qualités chromatiques et plastiques. Ce verre, apparenté à un verre antique bullé, compose des formes abstraites s’inspirant de la nature, en particulier des paysages de la baie de Somme.

Les vitraux forment un cycle dont le sens de lecture est structuré. En commençant par la baie 8 et en déambulant de gauche à droite, le fidèle ou le visiteur suit les étapes du dernier repas du Christ jusqu’à l’annonce de sa Résurrection et à la célébration de Pâques.

Le collatéral sud est consacré à la vie du Christ le jeudi saint, le côté ouest présente la Passion du vendredi, et le nord illustre les derniers moments du vendredi puis la nuit du samedi, avant que la lumière ne réapparaisse dans le chœur, symbole de la Résurrection du dimanche.

  • Catégories
    vitrail
  • Structures
  • Matériaux
    • verre translucide, verre antique, polychrome
  • Précision représentations

    Baie 8 : "Les Blés ou Le Pain de la vie : la moisson"

    Ce vitrail est dominé par le jaune, ponctué d’orange et de vert, évoquant les teintes d’un champ de blé. Les lignes de plomb, toutes orientées en diagonale dans le même sens, renforcent l’impression du vent soufflant sur les épis.

    Sur le plan théologique, le blé symbolise le pain de la vie, en référence à l’Eucharistie et à l’épisode de la Cène.

    Baie 10: "L’Annonce de la Pentecôte"

    Ce vitrail se situe au centre des deux baies représentant la Cène (baie 8 : Les blés, baie 12 : Les vignes), rappelant que Jésus annonce la Pentecôte au milieu du repas. Il rappelle le jour où l’Esprit Saint descend sur les apôtres pour leur apporter la connaissance. Le sommet du vitrail, dominé par le rouge et structuré par des lignes de plomb en forme de flammes, évoque les langues de feu apparaissant aux apôtres  après un violent coup de vent. Les couleurs, allant du rouge au bleu en passant par le jaune et le vert, suggèrent un monde végétal et aquatique, traité par touches juxtaposées rappelant l’impressionnisme. La transparence du verre laisse apparaître les arbres à l’extérieur ; le vent créant un mouvement, ils donnent l’impression de petits clapotis sur la surface du vitrail.

    Baie 12: "La Vigne véritable ou Le Vin eucharistique"

    Ce vitrail présente des couleurs vives, principalement le rouge et le mauve, évoquant le raisin et le vin. La composition suggère un pied de vigne s’élançant vers le haut. Comme pour la baie 8, la vigne renvoie à la Cène. Les lignes de plomb, orientées en diagonale, et de différentes épaisseurs rappellent celles des "Blés", mais sont plus tortueuses, à l’image des ceps de vigne.

    Baie 14: "Gethsémani"

    Ce vitrail contraste avec les trois baies précédentes du collatéral sud par ses couleurs plus froides : bleu, gris, vert et mauve. Dans un discours de 1989, Manessier explique avoir voulu évoquer "le climat de Gethsémani (...) où des éclats froids vous saisissent".

    Sur le plan théologique, le jardin de Gethsémani, où Jésus est arrêté avant sa crucifixion, marque le début de la Passion, ce que traduit la froideur chromatique. Les lignes de plomb, rigides, verticales ou horizontales, renforcent cette atmosphère. Contrairement aux diagonales dynamiques des vitraux précédents, elles suggèrent la sentence qui tombe et traduisent plastiquement l’enfermement.

    Baie 16: "Le Chant du coq ou Le Reniement de saint Pierre"

    Plus petite fenêtre du cycle, ce vitrail marque l’annonce d’un nouveau jour, le Vendredi saint. Les teintes pâles et brumeuses de l’aube y sont contrastées par une flamme rouge placée dans le trilobe de la baie. Selon Manessier, cette forme évoque le chant du coq, suggéré métonymiquement par sa crête ; elle peut également rappeler le sang qui s'écoule des plaies du Christ sur sa croix.

    L’artiste intitule ce vitrail Le Reniement de Saint Pierre, en référence aux paroles de Jésus : "Avant que le coq chante aujourd’hui, tu me renieras trois fois" (Lc 22, 55-62).

    Baie 18 "L’Ombre de la croix"

    Placée au sommet de la façade principale, cette baie figure l’ombre de la croix du Christ dans des tonalités de bleu et de rouge foncé sur un fond plus clair.

    Le fidèle entre ainsi dans l’église en passant sous l'image de la croix, avant de se diriger vers le chœur où se trouvent les vitraux de la Résurrection. Cette progression renvoie symboliquement au  passage de la mort à la vie.

    Baie 20 "Stabat Mater ou Marie au pied de la Croix"

    Ce vitrail est dominé par des teintes de bleu, de gris et de violet. Les lignes de plomb, orientées vers le bas, dessinent des paraboles imbriquées qui évoquent des voiles ou des manteaux, rappelant la présence de Marie et des saintes femmes au pied de la croix. À travers cette composition, Manessier traduit la douleur de Marie face à la crucifixion de son fils.

    C’est le premier des deux vitraux à comporter une inscription : dans l’angle inférieur droit figurent les noms de toutes les personnes ayant contribué à leur réalisation (ill.).

    Baie 19 "Le Sang et l’Eau"

    Aux tonalités bleutées rehaussées de rouge, ce vitrail représente le sang qui coule des stigmates du Christ. Les lignes de plomb suggèrent le ruissellement du sang se mêlant à l’eau, évoquant aussi les larmes.

    Il s’agit du second vitrail comportant des inscriptions, situées en bas à gauche et à droite : la signature de Manessier, les dates de réalisation de la commande et un hommage à François Enaud, inspecteur des Monuments historiques à l’origine du projet.

    Baie 17 "Le Chaos ou le séisme aussitôt après la mort de Jésus"

    Décrite par Manessier comme un "vitrail tourmenté", cette baie se caractérise par des lignes de plomb désordonnées, orientées dans toutes les directions. Les couleurs, nombreuses et violemment opposées, se mêlent pour traduire le chaos qui suit la mort du Christ. On y retrouve l’ensemble des tonalités déjà utilisées dans les vitraux précédents.

    Baie 15  "Le Crépuscule "

    Ce vitrail, dominé par le rouge et le violet, évoque la veille de la mise au tombeau du Christ. Placé juste avant la chapelle du Saint-Sépulcre, il marque symboliquement cette étape.

    Dans la partie inférieure, une ligne rouge suggère le soleil couchant sur la mer, souvenir des paysages de la baie de Somme chers à Manessier. Les lignes de plomb traduisent ce calme par leur horizontalité. 

    Baie 11&13 "La Mise au tombeau"

    Ces deux vitraux, qui se font face dans la chapelle du Saint-Sépulcre, présentent des couleurs froides, caractéristiques de la nuit tombante, moment où se déroule la mise au tombeau du Christ.

    Ils s’inspirent de la baie de Somme : dans chacun, les lignes de plomb suggèrent la forme d’oiseau de la baie.

     Baie 9  "La Grande nuit du Samedi Saint"

    Cette baie inaugure un nouveau jour : le Samedi saint. Elle présente des nuances de bleu et de violet, plus foncées dans la partie supérieure et plus claires à la base, traduisant la lumière nocturne qui tombe calmement. Les lignes de plomb, horizontales, renforcent l’impression d’une nuit apaisée.

    Théologiquement, le vitrail symbolise l’apaisement des âmes et la fin de la souffrance : le Christ est enterré et ses tourments sont désormais calmés.

    Baie 7 "Le Tombeau vide ou l’Annonce de la Résurrection"

    Ce vitrail fait le lien entre le samedi et le dimanche. La couleur bleue indique que la scène se déroule au petit matin. Le soleil jaune se lève et émerge du bleu : c’est un nouveau jour, la renaissance, la victoire de la vie sur la mort.

    Cette victoire est presque textuellement inscrite dans le vitrail par un "V" jaune très marqué : le tombeau est vide, le Christ a ressuscité.

    Le chœur de l’église Baies de 0 à 6

    "La Joie de Pâques au petit matin ou la Résurrection"

    Placés en fin de cycle, les vitraux du chœur doivent être considérés comme un ensemble. Ces sept verrières, très lumineuses et colorées célèbrent Pâques et constituent un véritable "hymne à la lumière". La disposition des plombs crée un mouvement ascensionnel : la joie part de la base du vitrail et s’élève vers le sommet, traduisant la Résurrection du Christ. La vie gagne ainsi sur la mort dans ce spectaculaire ensemble monumental.

  • Inscriptions & marques
    • date, sur l'œuvre, peint
    • dédicace, sur l'œuvre, peint
    • inscription concernant le fabricant, sur l'œuvre, peint
    • inscription concernant l'auteur, sur l'œuvre, peint
  • Précision inscriptions

    Manessier a apposé sa signature en bas à droite de la baie 19 "Le Sang et l’Eau", au-dessus des bornes chronologiques du projet "1982-1993". Sur cette même verrière, dans le coin inférieur gauche, figure une dédicace rendant hommage à l’un des instigateurs du projet : "En mémoire de François ENAUD Inspecteur Général des Monuments Historiques".

    Dans le coin inférieur droit de la baie 20 "Stabat Mater", est inscrite la mention "Manessier 1982-1993", suivie des inscriptions relatives aux fabricants de l’œuvre : "ATELIER LORIN-CHARTRES Gérard HERMET. Mireille JUTEAU". En dessous figurent les mentions "MAITRES VERRIERS Jean-Marie BRAGUY Sylvie ROUDAUT Olivier FOURNET Franck JEGOU", puis "Mohamed ABAYBI Christophe LEGER compagnons 1989-1993".

  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    À signaler

Bibliographie

  • COCQUET, Jean-François. Manessier au Saint-Sépulcre d'Abbeville. Abbeville : Ereme, 2003. 64 p.

  • COCQUET Jean-François, DHAINAUT, Pierre, LE BRUN Eric. Manessier, hymne à la Lumière : les vitraux de l'église Saint-Sépulcre d'Abbeville. Lille : Editions Invenit 2018, 126 p.

  • COYETTE, Abbé. La Paroisse Saint-Sépulcre d'Abbeville : ses dévotions, associations, œuvres, communautés, établissements d'instruction, coutumes religieuses, son église etc. Abbeville : Paillart, impr. 1880, 580 p.

    p. 332-357
  • PRAROND, Ernest. L'église du Saint-Sépulcre d'Abbeville. Paris : Dumoulin, 1872, 48 p.

  • PRAROND, Ernest. Notices historiques, topographiques et archéologiques sur l'arrondissement d'Abbeville. Abbeville : Jeunet, 1854.

    p.66-85

Périodiques

  • COSTA, Vannina. L’iconographie d’Adolphe Didron : choix religieux, adaptation plastiqueAnnales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 1986, t. XCIII, n°4, p. 383-388

  • DIDRON, Adolphe-Napoléon. Iconographie des quatre vertus cardinalesAnnales archéologiques, 1860, t. XX.

    p. 40-56, p. 65-79
  • DIDRON, Adolphe-Napoléon. Vitrail de la CharitéAnnales archéologiques, 1854, t. XIV.

    p.217-224

Documents figurés

  • Vitrail de la Charité de l'église Saint-Eloi de Dunkerque, chromolithographie (Archives diocésaines de Lille; 91P).

    Archives diocésaines

Annexes

  • Copie de la lettre de Didron à l’abbé Carpentier à propos du projet de vitraux pour l’église Saint-Sépulcre
  • Extrait du discours d’Alfred Manessier lors de l’inauguration des trois premiers vitraux du chœur de l’église (Abbeville, 2 avril 1989)
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Commune d'Abbeville
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Dufossé Maël
Dufossé Maël

Agent du patrimoine, ville d'Abbeville, depuis octobre 2025. Stagiaire du PAH Ponthieu Baie-de-somme d'avril à septembre 2025.

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Édifice
Église paroissiale du Saint-Sépulcre

Église paroissiale du Saint-Sépulcre

Commune : Abbeville
Adresse : place du Saint-Sépulcre