Dossier IA02002953 | Réalisé par ; ; ;
Dufournier Benoît
Dufournier Benoît

Chercheur au service régional de l'Inventaire de 1985 à 1992, en charge du recensement du patrimoine industriel.

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Ancienne broderie mécanique Léopold Lebée, puis tissage de coton David et Maigret, actuellement usine de produit textile non tissé SIT
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Communauté d'agglomération et ville de Saint-Quentin

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Saint-Quentinois - Saint-Quentin
  • Commune Saint-Quentin
  • Lieu-dit quartier Saint-Jean
  • Adresse 114 rue Denfert-Rochereau , 55 à 57 rue Thiers , 63 rue du Colonel-Fabien
  • Cadastre 2006 BH 696, 717
  • Dénominations
    usine de broderie mécanique, tissage
  • Précision dénomination
    tissage de coton
  • Appellations
    Lebée Léopold, David et Maigret
  • Destinations
    usine de produit textile non tissé
  • Parties constituantes non étudiées
    atelier de fabrication, salle des machines, entrepôt industriel, bureau, logement patronal, conciergerie, cheminée d'usine

Une usine de broderie mécanique, exploitée par la société Léopold Lebée & Cie, est attestée sur ce site en 1872. En 1875, le site est acquis par la société David, Troullier et Adhémar, qui transforme l'usine en tissage de coton. Cette société, dont le siège est basé à Paris (rue du Sentier), ouvre un an plus tôt une maison de commerce, rue des Canonniers (étudiée). Les plans dressés à l'issue de la Première Guerre mondiale, et la date que portait la cheminée d'usine avant destruction, indiquent l'année 1876. Or il semble bien que l'usine soit antérieure, et que la date de 1876 ne soit que celle de la reprise d'activité par David, Troullier & Adhémar. L'usine est agrandie en 1889, avant qu'elle ne soit partiellement détruite par un vaste incendie en 1894. Elle est reconstruite et agrandie à cette date, suivant les plans de l'architecte saint-quentinois Charles Chérier. Des extensions sont réalisées en 1903, puis en 1911. Une nouvelles salle des machines et des bureaux sont construits en 1913.

Durant la Première Guerre mondiale, les équipements industriels sont détruits. Mais à l'issue de la guerre, les bâtiments sont rapidement restaurés et, dès juin 1919, une partie des ateliers de tissage est remise en marche. La reconstitution de l'usine s'achève au cours de l'année 1922. L'année suivante, de nouveaux ateliers sont édifiés, sur les plans du cabinet d'architecture Mercier & Hivet. En 1954, la société David et Maigret, qui possède alors neuf usines en France, décide la fermeture du site de Saint-Quentin où sont produits des percales, doublures de coton, tissus imprimés et linges de toilette. Après 1962, l'usine est occupée par des ateliers de confection de la société COTARIEL. EN 1976, la Société Industrielle Thiers (S.I.T.) implante dans les anciens ateliers de tissage une usine de produit textile non tissé, spécialisée dans la fabrication de tapis et tissus pour l'industrie automobile. Parallèlement à la réduction d'activité de la S.I.T. au cours de ces dernières années, plusieurs entreprises artisanales et commerciales sont venues s'installer sur ce site.

Les ateliers sont dotés de 20 métiers mécaniques en 1877, 330 en 1881, 530 en 1891, 640 en 1900 (sur les 1270 que la société exploite en France), 840 en 1914, 600 en 1924. En 1914, ces métiers sont mûs par deux machines à vapeur (dont une machine du type Compound et une du type Corliss) totalisant une puissance de plus de 270 ch.

Les ateliers de tissage emploient 90 ouvriers en 1878, 205 dès 1882. En 1900, la société David, Adhémar et Maigret emploie en France environ 2850 personnes ; près de 650 travaillent sur ce site, dont une quarantaine dans les ateliers de broderie. 155 salariés sont employés sur ce site par la société COTARIEL en 1967, environ 200 par la Société Industrielle Thiers dans les années 1980, 350 en 1994, 45 en 2006.

Les bureaux et le logement de directeur qui datent de cette période, sont construits en bordure de la rue Denfert-Rochereau, dans l'axe exact de la rue Calixte-Souplet, mise en scène forte de l'usine dans l'espace urbain. Ce bâtiment se compose de caves, de deux étages carrés (un seul coté cour) couverts d'un toit à longs pans asymétriques en ardoise. La façade antérieure est percée en son centre d'une ouverture embrassant les deux premiers niveaux. Couverte en plein cintre, l'encadrement de cette baie est traité en pierre de taille en bossage. On retrouve ce matériau pour les linteaux droits des baies et quelques moulures. L'axialité du bâtiment est accentuée par un couronnement formé d'un édicule en pierre de taille couvert en plein cintre dans lequel s'inscrit l'horloge de l'usine, le tout surmonté d'une corniche en arc segmentaire et d'un amortissement. En façade postérieure, les décors et la pierre de taille sont pratiquement absents. De l'autre côté de l'entrée de l'usine se dresse la conciergerie, petit bâtiment en brique en rez-de-chaussée, avec étage de comble, couvert d'un toit à longs pans brisé à croupe en ardoise. Dans la cour, adossés aux ateliers, sont implantés la salle des machines des années 1870 (cave, rez-de-chaussée couvert d'un toit à longs pans en tuile mécanique) et celle de 1913 (cave, rez-de-chaussée et toit terrasse). La façade de la seconde salle des machines se compose d'une travée centrale en ressaut, percée d'une grande verrière, surmontée d'un fort linteau métallique (poutre soutenant un palan) et d'une table portant l'inscription en céramique "SALLE DES MACHINES". Cette travée est encadrée de deux plus petites percées chacune d'une étroite baie couverte en plein cintre. Cette façade est soulignée de bandeaux en pierre de taille et en brique jaune. En retrait par rapport à cet édifice, sont construits les bureaux de 1913, reprenant la typologie de la salle des machines, façade scandée de piliers dans lesquels s'inscrivent de grandes baies vitrées surmontées de linteaux droits métalliques, sur deux niveaux (toit terrasse). Les ateliers, construits en brique, sont constitués à l'intérieur de colonnes de fonte portant les poutre de bois soutenant la couverture en shed, en tuile mécanique. Les ateliers bordant la rue Thiers sont en rez-de-chaussée, tandis que ceux construits plus tardivement au sud-est du site, en bordure de la rue Denfert-Rochereau et du Colonel Fabien sont à deux niveaux, rachetant ainsi la déclivité du terrain. Enfin, en bordant la cour, se dressent divers bâtiments annexes construits en rez-de-chaussée ou à un étage, en brique, couverts de toits à longs pans, brisés ou non, dont l'un porte une croupe.

  • Murs
    • brique
    • calcaire
    • pierre de taille
  • Toits
    tuile mécanique, ardoise
  • Étages
    sous-sol, 2 étages carrés, étage de comble
  • Couvertures
    • shed
    • toit à longs pans
    • toit à longs pans brisés
    • croupe
  • Énergies
    • énergie thermique
    • produite sur place
  • Statut de la propriété
    propriété privée

Les ateliers en shed devaient être reconstruits en 1894 en béton armé, suivant une conception de François Hennebique. Sans doute face à la nouveauté du matériau, l'architecte Chérier opta pour des sheds en bois sur colonnes de fonte. Hennebique construira ses premiers sheds en béton armé deux ans plus tard, pour l'usine de la Raffinerie Parisienne, à Saint-Ouen (93). L'implantation du tissage mécanique de la rue Denfert-Rochereau n'entraîne pas l'arrêt du tissage à façon, actif jusqu'en 1914, ni celui des ateliers ruraux de tissage à la main, exploités dans la région de Saint-Quentin, à Roisel, Etreillers, Fresnoy-le-Grand, Epehy, Levergies, Hargicourt et Villers-Outreaux. L'implantation saint-quentinoise peut être datée de 1857, rue Anatole-France, sous la raison sociale Mennet-Possoz, David et Troullier, puis David, Troullier et Adhémar en 1869.