Dossier d’œuvre architecture IA80007319 | Réalisé par ; ;
Barbedor Isabelle (Rédacteur)
Barbedor Isabelle

Chercheur du service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie, puis des Hauts-de-France, depuis 2002.

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  • inventaire préliminaire, arrière-pays maritime picard
  • patrimoine de la villégiature
Château de Bonance ou du Bois de Bonance, à Port-le-Grand
Œuvre étudiée
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) SMACOPI

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Nouvion
  • Commune Port-le-Grand
  • Lieu-dit Château-de-Bonance
  • Cadastre 1935 A4 313-320, 94
  • Dénominations
    château
  • Appellations
    Château de Bonance
  • Parties constituantes étudiées
  • Parties constituantes non étudiées
    cour, jardin d'agrément, écurie

Les terres de Bonance, appartenant aux moines de Valloires jusqu'à la Révolution, sont acquises par Jean-Pierre Hecquet d'Orval, ancien manufacturier abbevillois. Son fils Pierre-Emile Hecquet d'Orval crée une exploitation à cet emplacement, vers 1840, date à laquelle il commence les défrichements.

En 1846, le défoncement du terrain pour l´établissement d´une pelouse devant le château engendra la découverte de fondations de 21 maisons, voisines les unes des autres. Les fouilles s´arrêtèrent contre le bois. Mais le village antique s´étendait probablement bien au-delà. Toujours dans le bois, en 1840, l´érudit découvrit les fondations d´un temple gallo-romain (fûts de colonnes et chapiteaux), sur lequel devait s´établir à l´époque mérovingienne un monastère dit de sainte Austreberthe, couvent de bénédictines détruit au 9e siècle par les Normands. Le site fut donc occupé sans discontinuité de l´époque gauloise à l´époque médiévale.

Le recensement de population de 1851 indique qu'il habite alors la ferme de la Creuse. Celui de 1872, signale pour la première fois le château de Bonance, habité par Pierre-Emile Pecquet d'Orval, propriétaire, cultivateur et chevalier de la légion d'honneur, et la ferme du château, comprenant deux logis, celui du concierge et celui du garde des bois. En 1881 et 1906, le château est habité par son fils Fernand Hecquet d'Orval, son épouse la baronne Joséphine Kuppmann Walkella, leurs enfants, nés à Port-le-Grand, et six domestiques étrangers (maître d'hôtel, cuisinier, valet de chambre, deux femmes de chambres et deux palefreniers). Trois logements sont destinés au chef de culture, au jardinier et au berger. En 1911, le château est habité par la veuve de Fernand Hecquet d'Orval, toujours présent sur la liste électorale de 1910, son fils Honoré, né à Paris, et une amie ; la domesticité est plus réduite(femme de chambre, infirmier, cuisinier et valet de chambre) mais six logements abritent le régisseur, un garçon de ferme, un berger, un jardinier, un garde particulier et un chauffeur d'auto.

L'annuaire des châteaux et des départements indique que le château est une résidence secondaire de Fernand Hecquet d'Orval (1851-1911) officier de cavalerie, qui réside également à Paris (16 avenue de l'Alma) et dans son château de Solnitz (Bohème), de 1897 à 1905. Après la première guerre mondiale (1920 à 1927), sa femme apparaît encore dans l'annuaire au château de Bonance et à Paris (26 rue Fabert). De 1926 à 1935, l'annuaire donne le château de Bonnance comme résidence secondaire d'Honoré Hecquet d'Orval et sa femme Annette Le Pelletier, également domiciliés à Paris (22 avenue Bugeaud).

Les cartes postales du début du 20e siècle en donnent une première représentation. Le logis comprend un corps central en brique, de cinq travées. Le rez-de-chaussée avait été percé de larges baies sur la face méridionale. Le premier étage était souligné d'une terrasse peu large avec garde-corps ajouré en pierre. La travée centrale était mise en valeur par une légère avancée en pierre de taille, s'achevant au sommet par un fronton percé d'une double baie cintrée. Cette partie architecturale existe encore.

Le corps central était flanqué au sud-ouest d'une tour octogonale en brique, recouverte à l'étage d'un placage de pierre. Une terrasse devait à l'origine en occuper le sommet puisqu'un garde-corps (similaire à celui du corps central) en ornait le pourtour. Le premier étage était ouvert de nombreuses baies cintrées. L'est du bâtiment d'origine était flanqué dès la fin du 19e siècle d'un imposant corps entièrement en brique avec avancée à pans coupés au sud. Le toit à longs pans brisés et croupes abritait un étage de comble ajouré de lucarnes plates. Cet élément est encore aujourd'hui en place mais est largement modifié.

En 1928, après le mariage d'Honoré Hecquet d'Orval et d'Annette le Pelletier, le logis fait l'objet d'importantes transformations, dans un style vernaculaire régionaliste et historicisant, sur des plans attribués à l'architecte Henri-Pierre Jacquelin, originaire de Louvée comme la jeune épouse. On ignore s'il est intervenu sur le parc.

Occupée par les Allemands, durant la seconde guerre mondiale (Hitler y célébre le noël 1940 avec le général Galland et ses hommes), la demeure a été très endommagée, tout l'intérieur avait été ravagé, sauf les fresques peintes de la main de Madame d'Orval. Il semble, d'après Madame Stalen, que le salon alors possédait du parquet ancien ainsi qu'un bel escalier

Le domaine est ensuite acheté par un marchand de biens lillois, G. Braern. D'importantes coupes d'arbres ont lieu en 1974 sur près de 200 hectares (la hêtraie avait été plantée environ un siècle auparavant par Hecquet d'Orval). Le projet de lotissement, proposé par l'architecte Utudjian en 1977, n'est pas réalisé. Par contre, quatre bâtiments sont construits pour les quatre chiens du propriétaire. Les dépendances n'ont pas subi de modifications.

Implanté au nord/nord-est de Port-le-Grand, le domaine se situe sur le plateau de Ponthieu, en bordure de la vallée de la Somme. Le château est positionné sur un tertre, bénéficiant ainsi de larges panoramas que les plantations obstruent aujourd'hui. L'entrée à la propriété se fait au nord par une longue allée curviligne qui traverse la pelouse. A l'est se déploient les bâtiments d'exploitation. Le château est bordé à sa gauche par une petite maison en béton. Une allée fait le tour du bâti situé au coeur d'une vaste pelouse ouverte sur les bois. Le bâtiment est composé de nombreux éléments architecturaux imbriqués et ajoutés les uns aux autres. Le corps central, de cinq travées de long, dispose d'une maçonnerie en brique avec chaînes d'angle en pierre de taille. La travée centrale observe une légère avancée. Cette dernière est recouverte d'un placage de pierre de taille. L'ouverture principale est cintrée, contrastant avec les autres, à section rectangulaire, dont le bâti est également en pierre de taille. Le sommet de cette travée s'achève par un fronton à arc segmentaire percé de baies doubles cintrées flanquées de volutes. Cette partie saillante dispose d'une toiture à la Mansart en ardoise. La corniche est ornée d'une frise de pierre de taille moulurée. Au nord-est et nord-ouest, deux tours en brique, s'élevant sur trois niveaux, flanquent le bâtiment central. Celle située à l'ouest a reçu une couronne au sommet composée de faux-colombages. Les modifications les plus marquantes sont à observer sur la face méridionale de l'édifice, qui semble être donc la plus importante, expliquant ainsi ces remaniements. Les matériaux ainsi que les styles architecturaux s'y multiplient. Une large part est laissée au blocage de moellons qui a permis l'agrandissement du bâtiment sur cette partie. De larges baies cintrées ont été percées au rez-de-chaussée. La partie ouest est pourvue de frontons pignons débordants (dont un est orné au sommet de choux frisés), brisant ainsi la pente du toit à la Mansart couvert de tuiles plates. Une première avancée propose un damier de brique et pierre de taille à l'étage, accueillant un cartouche ovale figurant une cigogne nourrissant ces petits. Une seconde saillie, à section octogonale, également en blocage de moellons, est renforcée aux angles de jambes en briques. Les ouvertures de formes variées se multiplient : cintrées ou longues et étroites comme des meurtrières. A l'est, l'étage est composé de torchis et pans de bois. Le toit à la Mansart, utilisé également ici, est couvert de tuiles plates. Encore à l'est, sur l'angle, une petite échauguette, composée d'un damier de brique et pierre de taille, est soutenue par un contrefort en pierre de taille. Le mur pignon est, en brique, dispose de chaînes d'angle harpées. Le mariage du rouge et du jaune des matériaux permet un jeu de couleur qui participe au décor, et que l´on retrouve d'ailleurs au pourtour des ouvertures. Celles de l'étage sont divisées en trois baies étroites. La corniche est pourvue d´une frise de billettes en pierre de taille. L´espace intérieur est divisé en de nombreuses pièces. Plusieurs salons occupent le rez-de-chaussée : un grand salon à l'ouest du hall d'entrée, un petit salon avec bureau en enfilade à l'est, poursuivit encore à l'est d'une grande salle, d'un autre petit salon et de la cuisine. Le hall d'entrée est jouxté au sud par l'escalier desservant l'étage, pourvu de six chambres et de deux salles de bain, et le second étage avec cinq chambres et un grenier. Les dépendances en brique occupent le nord-est de la propriété. Elles suivent un plan au sol rectangulaire. La façade orientale est entièrement ajourée de portes larges. L'avancée centrale est percée d'une porte à deux vantaux flanquée de deux baies étroites. Le comble reçoit le jour par l'intermédiaire d'une baie cintrée jouxtée de deux oculi. Le pignon sud dispose d'une baie cintrée aujourd'hui condamnée. Ces dépendances sont adossées à celles de la ferme.

  • Murs
    • brique
    • faux pan de bois
    • essentage d'ardoise
    • pierre de taille
    • moellon
  • Toits
    ardoise, tuile plate
  • Étages
    en rez-de-chaussée, 1 étage carré, 2 étages carrés, comble à surcroît
  • Couvertures
    • toit à longs pans brisés
    • toit polygonal
    • croupe
    • pignon découvert
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Cette mode du patchwork architectural se développe avant la Première Guerre mondiale jusqu'à l'entre-deux-guerres. Avant 1928, le nord de la France connaît une période de très grande richesse avant la crise du textile. Cette période faste voit naître de nombreuses constructions de ce type autour de la croisée Laroche (Lille / Roubaix / Tourcoing), juxtaposant ainsi plusieurs styles régionalistes (flamand, picard...). D´après Seydoux, le site peut être rapproché des autres créations de Jacquelin : Acheux-en-Vimeu, Citerne (Yonville), Fresnes-Mazancourt. Ce dernier utilise les éléments architecturaux marquants de Picardie (damier de brique et de pierre de taille, torchis et pans de bois), alliés à aux éléments médiévaux (échauguette, meurtrières, choux frisés) et classiques (fronton à volutes, pierres de taille, frise de billettes, toit à la Mansart, suggérant ainsi le bâtiment d'origine qu'il dut compléter). Son style est largement teinté de régionalisme, cher aux architectes de la reconstruction (multiplication des volumes de toitures, frontons-pignons, tuiles plates, baies cintrées larges, blocage de moellons, parties en saillie).

Documents d'archives

  • AD Somme. Série P ; 3 P 637/3. Etat de section de la commune de Port-le-Grand, [19e siècle].

  • AD Somme. Série M ; 2M_LN 302. Recensement de population de la commune de Port-le-Grand, [1836-1936].

Bibliographie

  • HECQUET D'ORVAL, Emile. Etude archéologique sur Port-le-Grand. Mémoires de la Société d'Emulation historique et littéraire d'Abbeville, 1878, 3e série, t. 2.

  • PRAROND, Ernest. Histoire de cinq villes et de 300 villages, hameaux ou fermes. Saint-Riquier et les cantons voisins. Paris, Abbeville, Dumoulin, Grave, Prévost, 1868, t. 2.

    p. 133-134
  • SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières en Picardie. Ponthieu et Vimeu. Paris : Editions de la Morande, 2003.

    p. 65.
  • WISCART, Jean-Marie. Agronomes et fermes modèles dans la Somme à la fin du Second Empire. Ruralia, n° 9, 2001, Varia.

Documents figurés

  • Port-le-Grand. Plan par masses de cultures, 1805 (AD Somme ; 3 P 1069).

  • Port-le-Grand. Tableau d'assemblage, 1832 (AD Somme ; 3 P 1451/1).

  • Bois-Bonance - Noyelles-sur-Mer-Abbeville, carte postale en noir et blanc, Edition Girard et Fournier, début 20e siècle.

Date(s) d'enquête : 2004; Date(s) de rédaction : 2004, 2017
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) SMACOPI
Barbedor Isabelle
Barbedor Isabelle

Chercheur du service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie, puis des Hauts-de-France, depuis 2002.

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