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Le village de Pernois

Dossier IA80009637 réalisé en 2009

Fiche

Á rapprocher de

Œuvres contenues

Introduction

La commune de Pernois s'étend sur une superficie de 883 hectares pour une population de 716 habitants en 2007 (549 en 1896), ce qui représente une densité de 81,1 habitants au km² (données INSEE).

Le territoire communal se déploie en partie dans la vallée de la Nièvre, que suit la R.D. 57, principale voie de circulation. Le fond de vallée a longtemps présenté un sol marécageux. Une grande partie du territoire s'étend sur le plateau au nord du village, où sont situées les terres agricoles. Une partie de ce plateau était occupé par le bois de Pernois, défriché dans la seconde moitié du 19e siècle. Le village occupe le fond de la vallée de la Nièvre, entre la rive droite et le plateau nord.

Le hameau du Soudet, aujourd'hui traversé par la R.D. 57, forme toujours un écart du village au sud-ouest, autour de l'ancienne minoterie. La rue des Blancs-Pignons a également formé une zone de construction plus tardive. Elle relie au village la ferme de Bélettre, à l'ouest, au bord de l'ancien chemin de Berteaucourt-les-Dames.

Historique

La mise au jour de haches en silex au 19e siècle atteste une occupation ancienne du territoire de l'actuelle commune.

Du 12e siècle jusqu'à la Révolution, la terre de Pernois a appartenu à la mense épiscopale d'Amiens, et les évêques y disposaient du manoir seigneurial et de la ferme de Bélettre. Selon une tradition orale, une ancienne maison de templiers, aujourd'hui détruite, se dressait près de la Nièvre. Le fief de Cléry, à proximite de Halloy-lès-Pernois, relevait d'une branche de la famille des anciens châtelains d'Amiens. L'agglomération s'est développée à l'ouest de l'ancien manoir épiscopal, autour de l'église paroissiale et du cimetière, à partir d'un réseau de quatre rues qui s'est maintenu jusqu'à aujourd'hui.

Comme en témoigne l'atlas terrier du dernier quart du 18e siècle, les grands propriétaires terriens étaient à l'époque la commune, l'évêque d'Amiens, l'abbaye de Berteaucourt-les-Dames, ainsi que MM. Le Camus, seigneur de Romainville (qui possède notammment un autre manoir), et Pingré, seigneur de Fricamps.

Au 18e siècle, les évêques Louis-François-Gabriel d'Orléans de la Motte (1733-1774) puis Louis-Charles de Machault d'Arnouville (1774-1791) semblent s'intéresser à leur domaine de Pernois et à ses habitants. Le premier fait agrandir et redécorer l'église paroissiale, et le second fait dresser le terrier de la seigneurie.

Jusqu'au milieu du 19e siècle, la commune était principalement accessible par la route de Vignacourt qui traversait le hameau de Cléry et franchissait la Nièvre par un pont établi et emprunté de longue date par les évêques d'Amiens, d'où son nom de Pont-l'Évêque. Le village était relié à Berteaucourt-les-Dames, à l'ouest, par un chemin passant au pied du coteau derrière la ferme de Bélettre avant de rejoindre la rue des Blancs-Pignons. De la même façon, la rue d'En-Haut était prolongée vers l'est par un chemin passant devant la ferme du manoir, et qui rejoignait le village de Canaples par le plateau. Le chemin secondaire de Berteaucourt, qui franchissait la Nièvre au hameau du Soudet et passait devant la ferme de Bélettre, a pris une importance lors de la création de la route de la vallée.

En 1836 (matrice des propriétés foncières), la commune comprend 195 maisons, 5 moulins (en fait, 5 roues réparties dans trois moulins) et 2 forges (rue d'En-Bas et rue d'En-Haut).

La commune envisage en 2009 de se doter d'un document d'urbanisme, probablement une carte communale.

Le village

Le village épouse le relief du fond de vallée, que traduit le nom des deux principales rues, la rue d'En-Bas et la rue d'En-Haut. Il concentre la plus importante part du bâti.

Il englobe aujourd'hui au sud-est l'ancien hameau de Pont-l'Évêque, qui s'est développé autour du moulin du même nom et de l'ancienne halte ferroviaire, et dont le bâti est en continuité avec celui de la commune voisine de Halloy-lès-Pernois, à l'est. Cette extension a contribué à relier au village l'ancien hameau de Cléry, également situé en bordure de Halloy-lès-Pernois. La R.D. 57 n'a toutefois guère constitué un axe d'urbanisation. Quelques maisons, très disséminées, y ont été construites durant l'entre-deux-guerre, puis à nouveau depuis les années 1970-1980.

Le village a compté un certain nombre d'établissements commerciaux (hôtelleries, cafés, alimentations) et artisanaux (maréchal ferrant) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Comme l'indique la toponymie, la présence d'une croix au lieu-dit du même nom est ancienne, mais l'édicule actuel date du 20e siècle. La croix de la rue de l'Église, construite dans la seconde moitié du 19e siècle, occupe elle aussi probablement un emplacement ancien. La croix de Bélettre a été érigée en béton armé le 16 septembre 1934, en souvenir de Firmin et Sidonie Hirondart. Datant probablement de la même époque, la croix située au croisement des chemins de la Maye et des Heuys, au nord du village, est aujourd'hui envahie par la végétation.

La nouvelle mairie-école a été construite en 1957 sur une parcelle disponible de la rue d'En-Bas.

Un cimetière plus vaste est aménagé en 1862 au nord du village, tandis que le monument aux morts est érigé dans les années 1920 dans l'ancien enclos du premier cimetière.

La création en 1874 de la halte ferroviaire sur la ligne Frévent-Gamaches, puis le tracé de la R.D. 57 entre Hangest-sur-Somme et Canaples à partir de 1878, ont été un atout de développement important, même s'ils ont dans le même temps favorisé l'exode rural vers l'usine Saint Frères d'Harondel (Berteaucourt-les-Dames). Le village s'est étendu vers le sud-est dans le quatrième quart du 19e siècle, la gare et la nouvelle route dans la vallée favorisant la formation du hameau de Pont-l'Évêque, autour du pont et du moulin du même nom.

L'habitat

Le nombre total de logements (maisons) était de 290 en 2007, composé de 259 résidences principales (89,3 %), 12 résidences secondaires et logements occasionnels (4,1 %) et 19 logements vacants (6,6 %). Parmi les 249 résidences principales construites avant 2005, 104 (soit 41,8 %) l'ont été avant 1949 (données INSEE). 71 maisons et fermes ont été repérées, dont 10 ont été étudiées.

La rue de la Ville, prolongée par la rue d'En-Bas, présente en revanche une intéressante typologie de maisons et de fermes en rez-de-chaussée du début du 19e siècle, avec pignons et solin de brique et élévation principale en torchis enduit. Bien que le village ait compté un certain nombre de tisserands à domicile jusqu'au milieu du 19e siècle, aucune maison n'a conservé, semble-t-il, d'atelier (localement appelé métier). La rue de la Ville et la rue d'En-Haut présentent encore un alignement de bâtiments sur rue assez homogène. Dans la rue de l'Église et la rue d'En-Bas, la destruction des bâtiments sur rue (granges, le plus souvent) a rompu à plusieurs endroits cette continuité.

L'habitat ancien est formé de maisons et surtout de petites fermes, avec logis en rez-de-chaussée. Les éléments les plus anciens conservent encore des éléments significatifs de construction en torchis de la première moitié du 19e siècle. Quelques maisons de la rue d'En-Haut et une maison de la rue d'En-Bas, construites à la fin du 18e ou au début du 19e siècle, présentent des pignons à appareil mixte ou une maçonnerie en calcaire. Elles sont situées à proximité de l'ancien manoir épiscopal, dont les pierres auraient été réutilisées pour leur construction. Le nom de la rue des Blancs-Pignons, si elle n'en garde pour sa part aucune trace, semble avoir eu la même origine. La brique devient prédominante à partir de la seconde moitié du 19e siècle, et favorise la construction de maisons ou de logis de ferme à un étage. L'habitat traditionnel est organisé autour d'une cour avec logis sur rue ou en fond de cour, complété d'une grange ou remise et de bâtiments annexes (resserre, étable). À partir des années 1950, les maisons sont construites selon le type pavillonnaire en milieu de parcelle, au cœur de village, sur les dents creuses, comme en périphérie.

L'agriculture et l'artisanat

En 1899 (monographie communale) près de la moitié des terres agricoles est cultivée en céréales (blé, seigle, orge, avoine), le tiers en plantes ou racines fourragères (luzerne, sainfoin, trèfle, betterave) et le reste en pomme de terre. Les terres cultivées sont alors réparties entre 62 exploitations, dont 42 ont une superficie inférieure à 5 hectares. La culture du lin recule, celle du chanvre a disparu, et l'activité de tissage à domicile, qui occupe plusieurs métiers, décline inexorablement avec la concurrence de l'industrie textile Saint Frères qui domine une grande partie de la vallée de la Nièvre. A cette époque, la Nièvre alimente encore trois moulins à farine et un moulin à huile sur le territoire de la commune.

En 2000, 7 exploitations agricoles (10 en 1988) regroupaient une superficie agricole utilisée (SAU) de 431 ha (501 ha en 1988), soit une SAU moyenne de 62 ha (50 ha en 1988). Les surfaces agricoles de la commune représentaient 405 ha de terres labourables (422 ha en 1988) et 32 ha de cultures fourragères (110 ha en 1988), dont 317 ha de superficie en fermage (296 ha en 1988) (données AGRESTE). Ces chiffres traduisent une légère baisse du nombre d'exploitations depuis une vingtaine d'années, ainsi qu'une diminution de plus des deux tiers des cultures fourragères. Le fermage reste très important.

Outre le caractère agricole prédominant, la situation de la commune en fond de vallée humide a favorisé dès la fin du Moyen Age la culture, le traitement et le tissage du lin et du chanvre. Le ruisseau dit fontaine des Ruissoirs, en bordure de l'actuelle route départementale, présente encore dans une propriété privée des aménagements probablement liés à cette activité. En 1836 (matrice des propriétés foncières), les linières et chènevières (les deux types regroupés sous cette dernière appellation) représentent plus de 36 hectares. Elles sont situées dans les zones humides, au sud-est du village, aux lieux-dits les Prés d'Evêque, bordé par la Nièvre et ses ruisseaux affluents dits la Fontaine et le Vivier, et les Villers, entre le hameau de Cléry et la rivière. Les plus vastes sont localisées à Bélettre, au marais Pria et en bordure du marais communal.

Selon cette même source, on compte au milieu du 19e siècle parmi les propriétaires fonciers de la commune plus de 70 tisserands et 13 fileuses. On retrouve des noms de familles de tisserands, parmi lesquelles Bellenger, Brasseur, Breilly, Devillers, Flesselles, Hirondart ou Legrand, qui demeurent pour la plupart rue des Blancs-Pignons, rue Mulot ou rue de la Ville. L'ancienne maison des tisserands Flesselles, rue de la Ville, est apparemment la seule à avoir conservé en partie son aspect et son aménagement lié à sa fonction du milieu du 19e siècle. Le teinturier Louis Leroy est installé en bord de Nièvre, au hameau du Soudet, entre le moulin et la ferme. Un second teinturier, Pierre Boval, est établi au tournant des rues Mulot et des Blancs-Pignons.

Les recensements de population traduisent une forte évolution, durant la 1ère moitié du 19e siècle. On passe de 45 à 133 fileuses et de 3 à 167 tisserands, entre 1836 et 1851, date à laquelle la village abrite un marchand de toiles. Comme ailleurs, on observe la disparition des fileuses, il n'en reste que 13 en 1872, la baisse du nombre de tisserands (129) mais la présence de trois colporteurs de toiles, deux fabricants de toile et trois marchands de toile. En 1881, apparaissent des emplois en fabrique (27) et 146 tisserands à domicile et toujours 2 colporteurs et 3 marchands. En 1906, 58 personnes, dont 39 ouvriers et 15 tisserands, travaillent pour les Saint Frères.

Durant la seconde moitié du 19e siècle, la plupart de ces artisans et ouvriers sont allés travailler dans les usines Saint Frères.

La matrice des propriétés bâties traduit l'évolution de l'activité textile dans la commune au 19e siècle. Encore florissante au milieu du siècle, elle favorise la construction (parcelles B 7, B 688) ou l'agrandissement (parcelles B 713, D 272) d'ateliers de tisserands, respectivement en 1856, 1863, 1862 et 1868. Le déclin de la fin du siècle, en revanche, entraîne la désaffectation des ateliers, parfois les mêmes, qui sont alors partiellement détruits (B 675) ou convertis en bâtiments ruraux (D 272, B 588) en 1882, 1880 et 1884.

Parmi les trois moulins que comptait la commune, deux sont attestés sous l'Ancien Régime et apparaissent sur la carte de Cassini et sur l'atlas terrier de la seigneurie épiscopale (moulin de Pernois et moulin de Bélettre ou du Soudet). Le troisième, le moulin de Pont-l'Évêque, a probablement été fondé à l'extrême fin du 18e siècle. Les trois établissements ont fonctionné jusque dans la première moitié du 20e siècle. Le moulin du Soudet est devenu une minoterie dans la seconde moitié du 19e siècle.

Conclusion

La commune de Pernois présente aujourd'hui deux aspects, le village de fond de vallée qui a conservé sa forme traditionnelle, et la R.D. 57 qui a permis à la partie sud de la commune de se développer à la fin du 19e siècle autour de la minoterie du Soudet et surtout de la gare.

Parties constituantes non étudiées croix de chemin, monument aux morts
Dénominations village
Aire d'étude et canton Grand Amiénois - Domart-en-Ponthieu
Hydrographies Nièvre la
Adresse Commune : Pernois
Période(s) Principale : Moyen Age, Temps modernes, 19e siècle, 20e siècle

La commune de Pernois fait partie de la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type 1 "Cours de la Nièvre, de la Domart et de la Fieffes".

Sites de protection zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique

Annexes

  • Le magister de Pernois

    Le personnage célèbre dans la commune de Pernois et au-delà est le "magister" Jacques Tilloloy (1719-1786), qui succède à son père en 1748.

    Personnalité haute en couleur, il est à la fois maître d'école, conteur, arpenteur, clerc laïc et chantre de l'église. Apprécié de monseigneur d'Orléans de la Motte, évêque d'Amiens et seigneur de Pernois, il a laissé un certain nombre d'historiettes recueillies et publiées en 1903 par Alcius Ledieu, ancien conservateur de la bibliothèque d'Abbeville (Le Magister de Pernois. Contribution au traditionalisme en Picardie).

    Son fils et son petit-fils, prénommés Joseph, lui ont succédé comme instituteurs à Pernois jusqu'au milieu du 19e siècle.

  • L'artisanat textile en Val de Nièvre

    Une tradition locale

    Comme dans l'ensemble de la Picardie, la tradition textile du Val de Nièvre et de ses environs a une origine ancienne. Dès la fin du Moyen Age, les vallées à fond plat et humide ont favorisé la culture et le rouissage du lin et du chanvre, le nom latin de cette dérnière plante lignieuse (cannabis) ayant du reste longtemps été considéré comme l'étymologie du nom de la commune de Canaples.

    Ces activités occupent une main d'oeuvre assez nombreuse, notamment pour le travail de préparation qui comprend des étapes bien précises :

    - la culture. Le lin et le chanvre sont des plantes ligneuses à croissance rapide. Plantés au printemps dans les linières et chènevières, ils sont récoltés l'été. Plusieurs toponymes (notamment les Chanvrières de Rhin à Canaples) ont gardé le souvenir de ces champs.

    - le rouissage. Après la récolte, les pieds sont mis à macérer en milieu humide (rivières ou marais) afin de séparer les fibres par élimination de la sève et des résines (péctine). Comme semble l'indiquer son nom, le ruisseau dit fontaine des Ruissoirs, à Pernois, était probablement dédié à cette activité. Le rouissage s'achevait par le séchage des fibres dans un petit bâtiment chauffé par une cheminée, comme celui que l'on voit encore en bordure de la cour d'une ferme de Canaples (étudiée).

    - le teillage ou écangage. Les fibres sont séparées du bois et de l'écorce de la plante, par broyage (avec un teil ou un écang) et par raclage. Cette opération permet également de séparer les fibres longues, qui seront filées, de l'étoupe, qui sera utilsée comme complément dans le travail textile.

    - le peignage. Les fibres textiles teillées sont préparées pour la filature, c'est à dire divisées et parallélisées pour former des rubans.

    De l'artisanat à la proto-industrie

    Durant les premiers temps de son existence, l'artisanat textile ne constitue qu'une activité saisonnière parmi l'ensemble des travaux agricoles : la culture et la récolte s'intègrent dans les travaux des champs, alors que la préparation de la matière textile, le filage et le tissage sont des activités de morte saison. A partir du 16e siècle, le tissage de drap grossier couvre une production de toiles domestiques, toiles d'emballage et sayettes, destinées à un usage locale, ainsi que de fils pour les ateliers des villes.

    Cette activité connaît une évolution à partir de la fin du 17e siècle lorsque la production textile, destinée à une consommation locale, cherche d'autres débouchés. Les fabricants-marchands jouent un rôle central dans cette mutation économique. Selon la logique du putting-out system, ils sous-traitent une large partie de l'ouvrage à la main-d'oeuvre bon marché des campagnes, à qui ils fournissent la matière première (fil et étoupe). Les produits finis collectés (drap, toile) sont ensuite vendus à des négociants d'Amiens ou d'Abbeville qui en assurent la diffusion sur le marché national ou européen.

    Le mouvement de proto-industrialisation s'accélère au 18e siècle, notamment avec l'arrêt du Conseil d'Etat du 7 septembre 1762 qui permet aux habitants des campagnes de "fabriquer toutes sortes d'étoffes" et de les vendre en ville. Cette décision vient régulariser une production jusqu'alors anarchique et contribue également à reconnaître le rôle des campagnes dans l'économie textile. Jusqu'au milieu du 19e siècle, certains villages ont conservé une activité de filage et de tissage du lin ou du chanvre à domicile ou dans de petits ateliers (Beauval, Canaples, Halloy-lès-Pernois, Havernas, Domart-en-Ponthieu, Pernois, Saint-Ouen). Les ateliers, appelés "métiers" par métonymie, formaient une dépendance des maisons ou des petites fermes, ou étaient situés en sous-sol ou en soubassement des logis lorsque la disposition des lieux le permettait.

    Les paradoxes du 19e siècle

    L'artisanat textile local connaît des difficultés dans la première moitié du 19e siècle, notamment face aux performance de l'industrie britannique, et à la concurrence du lin russe et du phormium, ou lin de Nouvelle-Zélande. La filature à domicile de coton (Vignacourt, Doullens), de chanvre (Berneuil), de lin (Candas, Beauval, Domart-en-Ponthieu, Saint-Ouen) ou de laine (L'Etoile, Naours) se maintient, mais le tissage de toile d'emballage décline. La production locale de lin et de chanvre est insuffisante, et surtout voit son coût augmenter dans un contexte international défavorable, qui se révèlera propice au développement d'une nouvelle fibre textile originaire du Bengale, le jute.

    Malgré cette conjoncture difficile, l'activité textile (rouissage, teillage, filature, tissage) reste importante, voire dominante dans nombre de communes de la région du Val de Nièvre et environs (Beauval, Canaples, Halloy-lès-Pernois, Havernas, Pernois). Les matrices cadastrales du milieu du siècle et les monographies communales de 1899 révèlent un nombre important de fileuses, tisserands et marchands de toiles, et permettent de comprendre l'organisation du travail et de sa diffusion. Le filage (femmes) et le tissage (hommes) à domicile sont mentionnés comme des catégories professionnelles à part entière, alors que les tâches les plus ingrates comme le rouissage, et dans une moindre mesure le teillage, semblent être restées le domaine des ménagers, comme le montre l'ancienne maison d'écangueur étudiée à Canaples.

    Dans cette commune, le lin produit localement et dans les communes voisines est encore une source d'activité prépondérante au milieu du siècle, où de petits ateliers emploient près de 300 écangueurs à domicile, une quarantaine de tisserands, quelques fileuses et un marchand de toiles. À la fin du siècle, les trois quarts des ouvriers de la commune travaillent dans trois usines de teillage. L'importance de cette activité permet de penser qu'il s'agit d'un travail sous-traité par les usines Saint Frères.

    À Pernois, linières et chènevières représentent encore plus de 36 hectares au milieu du siècle, et font travailler plus de 70 tisserands, 13 fileuses et un teinturier. En revanche, à la fin du siècle, la culture du chanvre a disparu, celle du lin recule et ne fournit plus du travail qu'à quelques métiers à tisser.

    L'industrialisation et Saint Frères

    En 1814, les frères Pierre-François, Jean-Baptiste Amable et Pierre-François Saint, tisserands, fondent à Beauval une manufacture de toiles d'emballage en fils d'étoupe et déchets de chanvre et de lin. Pour répondre à la demande de leur entreprise bientôt florissante, ils sous-traitent une grande partie de leur production aux nombreux teilleurs, fileurs et tisserands de Beauval et de la vallée de la Nièvre. A la même époque, l'industrie textile proprement dite fait son apparition dans la vallée de la Nièvre avec la création d'importantes filatures et tissages à L'Etoile (les Moulins-Bleus, 1822), Flixecourt (1830), puis à Berteaucourt-les-Dames (Harondel) et Saint-Ouen.

    L'étape finale est définitivement franchie avec la création en 1857 par les frères Saint de la première usine de tissage mécanique du jute à Flixecourt, berceau et coeur de l'empire industriel Saint Frères. A partir des années 1870, les nombreux artisans textile à domicile (tisserands, fileuses) employés par les Saint depuis plus d'un demi-siècle, ainsi qu'une population issue du monde agricole, viennent grossir les effectifs des usines Saint Frères. Par tradition, et quelle que soit leur origine, ces ouvriers sont toujours appelés tisserands dans les matrices cadastrales, bien qu'ils aient quitté le cadre artisanal pour entrer pleinement dans le système industriel.

    L'apport d'une nouvelle plante textile d'exportation, et l'industrialisation qui en découle sonnent définitivement le glas de l'artisanat textile du Val de Nièvre et de ses environs.

  • Le chemin de fer et le développement du Val de Nièvre

    Le développement du Val-de-Nièvre dans la seconde moitié du 19e siècle a été favorisé et accompagné par la création de trois lignes de chemin de fer, tant pour le transport des voyageurs que celui des marchandises ou des produits agricoles.

    La ligne Amiens-Boulogne a été créée en 1847 par la Compagnie du chemin de fer d'Amiens à Boulogne, dont le réseau a été repris en 1851 par la Compagnie des chemins de fer du Nord. Elle suit la vallée de la Somme entre Amiens et Abbeville, et la section Amiens-Longpré-les-Corps-Saints est commune avec la ligne Amiens-Gamaches. Elle forme toujours une section de la grande ligne nationale Paris-Amiens-Boulogne.

    La ligne Amiens-Doullens a été aménagée en deux périodes. Le tronçon Canaples-Doullens a été mis en service en 1874, le tronçon Amiens-Canaples en 1877. Fermée au trafic voyageurs en 1938, la ligne a été temporairement réouverte en 1940-1941.

    La ligne Frévént-Gamaches a été créée par la Compagnie du chemin de fer de Frévent à Gamaches, fondée en 1869. Elle a été reprise en 1881 par la Compagnie des chemins de fer du Nord. Le tronçon Canaples-Longpré-les-Corps-Saints a été ouvert en 1874 comme ligne transversale reliant les axes Amiens-Abbeville et Amiens-Doullens. Il dessert la vallée de la Nièvre puis traverse celle de la Somme entre Flixecourt et Condé-Folie. Le trafic voyageur a également cessé en 1938, avant de reprendre temporairement en 1940-1941. La ligne a été déclassée en 1971, puis déposée entre Saint-Léger-lès-Domart et Canaples à la fin des années 1970, et entre Longpré-les-Corps Saints en 2005. L'ancienne gare de Saint-Léger-lès-Domart abrite depuis peu le siège de la communauté de communes du Val-de-Niève, celle de Pernois a été convertie en habitation particulière. Une partie de l'ancienne voie, déferrée, forme une coulée verte pour chemin de randonnée.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série O ; 99 O 2983. Pernois. Administration communale, avant 1869.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 2984. Pernois. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série O ; 99 O 2985. Pernois. Administration communale, 1870-1939.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 619/3. Pernois. Etat de sections des propriétés bâties et non-bâties.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 619/4. Pernois. Matrice des propriétés foncières, 1836-1882.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 619/8. Pernois. Matrice des propriétés bâties, 1883-1891.

  • AD Somme. Série P ; 3 P 619/9. Pernois. Matrice des propriétés bâties.

  • AD Somme. 2 NUM 90. Pernois. Monographie communale, par Carpentier, instituteur, [1897] (?).

Documents figurés
  • Carte de Cassini. N°23 : Dieppe, gravure à l'eau-forte, Le Roy le Jeune géographe, 1757.

  • Atlas terrier du village et terroir de Pernois, 4e quart du 18e siècle (AD Somme ; 3G 79-80).

  • Pernois. Plan cadastral : tableau d'assemblage, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Carette géomètre, 1832 (AD Somme ; 3 P 1447/1).

  • Pernois. Plan cadastral : section A2, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Carette géomètre, 1832 (AD Somme ; 3 P 1447/3).

  • Pernois. Plan cadastral : section B, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Carette géomètre, 1832 (AD Somme ; 3 P 1447/4).

  • Pernois. Plan cadastral : section C, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, Carette géomètre, 1832 (AD Somme ; 3 P 1447/5).

  • Une étable, photographie au gélatino-bromure d'argent, fin du 19e siècle (AD Somme ; 14 Fi 43/43).

  • Pernois (Somme). Vue générale, carte postale, Damervale photographe, Fossier éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Pernois. Panorama, carte postale, A. Fossier éditeur, avant 1911 (coll. part.).

  • Pernois. Centre du pays, carte postale, Veuve Guénard éditeur, début du 20e siècle (coll. part.).

  • Pernois. Rue de l'Eglise [Rue de la Ville], carte postale, F. Cadé éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue de la Ville et mairie, carte postale, Fossier éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue de la Ville, carte postale, Fossier éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois. La Grand'Rue, carte postale, collection B.D., Paris, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue Principale, carte postale, Haboury éditeur, avant 1907 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Vue principale du marais, carte postale, Haboury éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois. La place, carte postale, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Le marais, carte postale, Fosssier éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Boucherie, carte postale, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois. La gare, carte postale, A Fossier éditeur, avant 1911 (coll. part.).

  • Pernois. La gare, carte postale, Veuve Guénard éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois. Rue d'En-Haut, carte postale, Brasseur-Duboille éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois. Rue du Haut, carte postale, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois. Rue d'En-Bas, carte postale, Brasseur-Duboille éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue d'En-Bas, carte postale, Fanchon éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois. Rue du Bas, carte postale, A. Fossier éditeur, avant 1910 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue de Bas, carte postale, Fossier-Deguez éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue Mulaut [Mulot], carte postale, avant 1908 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue de l'Eglise, carte postale, Fossier éditeur, avant 1914 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Rue de l'Eglise, carte postale, Fossier-Degez éditeur, avant 1927 (coll. part.).

  • Pernois (Somme). Le marais et la ligne de chemin de fer, carte postale, Fossier éditeur, années 1920 (coll. part.).

  • Pernois. Le monument aux morts, carte postale, années 1920 (coll. part.).

  • Pernois. Procession costumée pour l'inauguration de la croix de Bélettre, photographie, 1934 (coll. part.).

  • Pernois. Vue aérienne, carte postale, Colombier Imprimeur Mâcon dit CIM, années 1950 (coll. part.).

  • Pernois. Vue aérienne, carte postale, Colombier Imprimeur Mâcon dit CIM, vers 1960 (coll. part.).

Bibliographie
  • GROUE, Lucien. Aux sources de la Nièvre en Picardie. Abbeville : F. Paillart, 2000.

    p. 102, 117-118, 140-141, 156-157, 189, 228-229, 239, 246-247, 249
  • PICARDIE. Inventaire général du patrimoine culturel. Le Val de Nièvre, un territoire à l'épreuve de l'industrie. Réd. Frédéric Fournis, Bertrand Fournier, et al. ; photogr. Marie-Laure Monnehay-Vulliet, Thierry Lefébure. Lyon : Lieux Dits, 2013. (Images du patrimoine ; 278).

    p.62-63

Liens web

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