Dossier d’œuvre architecture IA60005442 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Le village de Tartigny
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Tartigny
  • Dénominations
    village
  • Parties constituantes non étudiées
    puits, jeu de paume, mairie, école, monument aux morts, château d'eau, croix de chemin, magasin de commerce, remise de matériel d'incendie, gare

Présentation

Tartigny se situe à environ 3 km à l'est de Breteuil juste au nord de la Départementale 930 qui conduit à Montdidier. Le village conserve un château construit au milieu du XVIe siècle (puis modifié aux XVIIIe et XIXe siècles) à l'emplacement d'une forteresse détruite en 1429 par les Anglais.

Sous l'Ancien Régime, Tartigny et Rouvroy font partie de la même paroisse, créée par l'abbé Mathieu de Breteuil. Après la Révolution les deux communes sont réunies entre 1825 et 1833.  

D'après les dernières données de l'INSEE (2021), la commune compte 252 habitants, 123 logements dont 87,8% de résidences principales.

Origines

 Les traces d'occupation humaine les plus anciennes se situent à l'extérieur du village. Lors de ses prospections aériennes en 1976, le préhistorien Roger Agache a identifié une concentration de nécropoles gallo-romaines à l'est du village au lieu-dit Lamermont. Elles ont en partie été fouillées dans les années 1980 (brochure sur l'histoire de Tartigny, [s. d.]). De plus, des sépultures mérovingiennes ont été exhumées à une centaine de mètres du cimetière actuel.

La première mention de Tertiniagum relevée dans les sources par É. Lambert (1982) date de 766. Elle se trouve dans une charte du cartulaire de l'abbaye de Saint-Denis. D'après M. Lebègue (1994) ce toponyme est composé d'un nom d'homme, "Tertinius", associé à un nom de domaine (en "– agum"). Il s'agissait donc d'un domaine agricole d'origine mérovingienne ou antérieure.

D'après L. Graves (1843), Tartigny dépendait de Breteuil, en particulier de l'abbaye qui y possédait de nombreux biens. En 1177, l'abbé de Breteuil Alvarède fait construire une chapelle au sud du village (aujourd'hui disparue mais probablement à l'emplacement du cimetière actuel). En 1236, l'abbé Mathieu la détache de la paroisse de Breteuil à laquelle elle était rattachée, tout comme Tartigny et Rouvroy. Ces deux villages sont alors réunis pour former une seule et même paroisse.  

Un château fortifié existait déjà au milieu du XIIIe siècle. À cette époque il appartenait à la famille de Clermont-Nesle tout comme les terres et le village. En 1354 Raoul de Clermont III, écuyer du roi, fonde une chapelle dédiée à saint Martin dans l'enceinte du château (F. De Baudus, brochure sur l'histoire du château de Tartigny). En 1429, le château est incendié par les Anglais. Le fief de Tartigny est vendu à Victor de Flavy à la fin des guerres de Cent Ans puis échoit à la famille de Bussu dont la dernière descendante est l'épouse de René de Montmorency-Laval, mort en 1530. C'est probablement son fils Hugues de Laval, qui fait réédifier le château vers 1550 (Seydoux, 2010).

 

Évolution de la morphologie et du parcellaire

Depuis le cadastre levé en 1827, la forme du village n'a pas évolué. Elle comprend toujours une voie principale et centrale au bord de laquelle se font face le château et son parc d'une part ; la mairie-école et la place du jeu de paume d'autre part. À l'extrémité orientale s'élève l'église. Cet axe primaire (ancienne rue du Château aujourd'hui des Déportés) est ramifié à chacune de ses extrémités par deux voies : les rues Fernand Moreau (ancienne Grande Rue sur le cadastre de 1827) et d'En-Bas mènent vers le sud ; les rues du Cul-de- Sac et de Paillart s'étirent vers le nord. À l'est, ces deux voies secondaires sont reliées par la rue Verte qui était déjà tracée en 1827 mais qui correspond à une seconde phase de développement du village. En effet, il apparaît clairement que l'habitat s'est d'abord concentré aux abords du château, avant de se répandre le long des axes secondaires.

L'arrivée du chemin de fer et la construction de la gare en 1875 entraînent le développement de la partie sud du village. D'après les recensements de population, la rue aujourd'hui nommée "Croix-Robert" est transformée en rue de la Gare. En 1886, trois maisons sont ainsi citées dans la section "Le Passage à Niveau". Une autre maison de garde-barrière se situait dans la rue de Rocquencourt.

Dans un dernier temps, un nouveau noyau d'habitat se renforce au sud du village (rue de la Croix-Robert, Chemin des Vignes) dans la seconde moitié du XXe siècle d'après l'analyse du cadastre rénové de 1970. Le village s'étend également aux extrémités des axes plus anciens. Ainsi de nouvelles maisons sont également construites dans la rue de Rocquencourt, la rue Verte et la rue de Paillart.

Le parcellaire ancien est constitué de "trinquettes", terrains formés de fines lanières typiques des villages du plateau picard. Malgré les remembrements, il est encore présent dans les rues Fernand Moreau ou Verte qui ont conservé une partie de l'habitat ancien.

 

Lieux partagés et structurants

 

             Les croix de chemin

La documentation établie par l'Association pour la Connaissance et la Conservation des Croix et Calvaires du Beauvaisis et conservée aux Archives départementales de l'Oise permet d'éclairer l'origine des croix de chemin de Tartigny. Elles sont souvent érigées pour créer des repères dans l'espace (des croisements, des sorties de village) et sont également des supports de piété (commémorer un défunt, remercier pour un vœu exaucé, marquer un lieu sacré) qui s'inscrivent dans des parcours de processions.

Trois croix ont été relevées à Tartigny. La croix Robert a donné son nom à la rue qui mène à la gare au sud du village. Entièrement en pierre, elle se situe au croisement de la rue de la Croix Robert et du chemin des Vignes. Elle est déjà mentionnée sur le cadastre de 1827 laissant supposer l'existence de cette croix avant cette date. Après avoir perdu sa partie supérieure, elle a été restaurée en 2005.

La croix de chemin érigée devant l'église date de 1804 au moins, comme l'indique la date présente sur le fût de la croix. Son socle en pierre est peut-être antérieur.

La dernière croix, implantée dans la rue de Rocquencourt est beaucoup plus récente puisqu'elle a été financé vers 1951 par Adrienne Montvillez après la mort de son fils sur le front lors de la guerre 1914-1918.

 

               Gérer et partager l'eau : puits et mares

L'absence de rivière proche et la nature sèche et aride des sols calcaires du plateau picard ont incité les habitants à creuser puits et mares communaux afin de partager l'eau. D'après la Notice Statistique sur le département de l'Oise établie en 1902, Tartigny comptait 26 puits et trois mares. Deux puits dans leur forme d'origine (dalles en pierre et toit en bâtière) sont encore visibles dans la rue Fernand-Moreau et une ancienne pompe en fonte se situe près de l'église. D'après le cadastre de 1970, un autre se trouvait dans la rue de Paillart.

Sur les trois mares mentionnées en 1902, plus aucune n'existe aujourd'hui. La dernière à avoir été comblée est celle qui se situait dans la rue du Château entre l'église et la mairie-école. L'eau courante est installée en 1955 avec la construction du château d'eau dans la rue de Paillart.  

 

               Les équipements communaux

Les documents de la série O des Archives départementales de l'Oise renseignent sur les origines et les évolutions des constructions communales.

 

                              Le presbytère

Après la Révolution, la commune n'a plus de presbytère, devenu bien national. En 1804, Étienne Claude Dupont fait don d'une maison pour servir de presbytère. Elle est toujours située au n°1 de la rue d'En-Bas et comprend à l'époque une grange en pans de bois apparents, percée d'une entrée charretière et alignée sur la rue. Le logis est implanté en fond de cour. À l'arrière, le terrain sur lequel est implanté un potager s'étendait jusqu'à la rue Verte.

En 1831, le presbytère est incendié à l'exception de la maison d'habitation pourtant couverte en chaume à cette époque. Elle est toutefois restaurée et rehaussée après cet événement. Les bâtiments détruits sur la rue sont reconstruits ainsi qu'un mur de clôture. Le presbytère est doté de plusieurs équipements à partir du milieu du XIXe siècle : un bûcher, une citerne et sa pompe (par Auguste Guilbert, maçon à Tartigny).

Toutefois, dans les premières années du XXe siècle, les héritiers de la famille Dupont qui avait fait don du presbytère en 1804 revendiquent sa restitution. Des recherches sont réalisées afin de connaître la plus-value que la commune peut revendiquer en raison des dépenses réalisées pour les travaux dont le presbytère a bénéficié. Si le sous-préfet valide la restitution, les héritiers sont tenus de dédommager la commune à raison de 200 francs par ans pendant 10 ans.

L'ancien presbytère est aujourd'hui un logement privé, restauré il y a quelques années.

 

                              La mairie-école

En 1849 le conseil municipal envisage d'aménager une école dans une maison achetée à madame veuve Ducrcocq (à l'emplacement de l'actuelle mairie). Le bâtiment situé dans la cour doit servir de salle de classe tandis que le logement de l'instituteur est prévu dans le logis en pans de bois et torchis implanté entre cour et jardin (ill.). En 1849 l'architecte de l'arrondissement Bellanger établi un projet (ill.). La plupart des bâtiments seront supprimés et reconstruits en raison de leur mauvais état à l'exception du logis entre cour et jardin et de la grange sur la rue qui sera transformée en bûcher.

Le bâtiment de l'école, en brique, doit accueillir la mairie à l'étage. Les travaux sont réceptionnés en 1851.

Toutefois, le logement de l'instituteur en pans de bois et torchis se dégrade et en 1879 l'Inspecteur d'académie signale au préfet son état préoccupant. La commune envisage donc de le reconstruire en brique. L'architecte Georges Samson (domicilié à Clermont) présente son projet en 1884 : les fondations seront en moellons durs, de la pierre de St-Vaast sera posée pour les appuis, les clés des baies et l'entablement. L'entrepreneur Furcy Prével à Quiry-le-Sec est choisi pour exécuter les travaux. Ils sont réceptionnés en 1890.

 

                              Le terrain de jeu de paume

D'après la brochure sur l'histoire de Tartigny ([s. d.]), les Montmorency, propriétaires du château, auraient installé un terrain de jeu de paume en face de leur domaine. La vaste parcelle qui correspond à son emplacement actuel dans la rue du Château est bien visible sur le cadastre de 1827. Sur un plan illustrant le projet d'école de la commune établi en 1849, le terrain de jeu de paume est identifié sur la parcelle contiguë. Il appartient alors à monsieur d'Haudicourt de Tartigny.

En dehors des matchs, le terrain de jeu de paume servait également de place publique.

Une carte postale du début du XXe siècle représente le terrain. Ce jeu, ancêtre du tennis, était encore pratiqué récemment dans le village qui a compté de célèbres joueurs dont Jacques Cauvel et René Leclaire.

  • Typologies
    plateau

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 13. Tartigny. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis, 2007.

    AD Oise
  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 691. Tartigny. Recensements de population (1820 à 1936).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 23961. Tartigny. Mairie et écoles (1848-1935).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 23965. Tartigny. Presbytère (1838-1912).

    AD Oise

Bibliographie

  • LAMBERT, Émile. Dictionnaire topographique du département de l'Oise. Amiens (Musée de Picardie) : Société de linguistique picarde, 1982 (tome 23).

    p. 551
  • LEBÈGUE, Maurice. Les noms des communes du département de l'Oise. Amiens : Musée de Picardie, 1994.

    p. 203
  • Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise. Paris : Imprimerie du service géographique, 1902.

    p. 233
  • DE BAUDUS, François. Le Château de Tartigny. [s.ed.], [s.d.].

  • SEYDOUX, Philippe. Châteaux et gentilhommières en pays de l'Oise. Tome 1 : Beauvaisis, Vexin, pays de Bray, Plateau picard et pays de Clermont. Paris : La Morande, 2010.

    pp. 156-158
  • Tartigny : son histoire et ses petites histoires. [s.ed.], [s.d.].

Périodiques

  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Breteuil, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1843.

    pp. 85-86

Documents figurés

  • Tartigny. Cadastre dit napoléonien, 1827 (AD Oise ; EDT 466/1G1).

    AD Oise
  • Tartigny. Cadastre rénové, 1970 (AD Oise ; 1964 W 163).

    AD Oise
  • Tartigny (Oise). Le jeu de paume, carte postale, éd. Vandenhove à Liancourt, [vers 1928] (coll. part.).

    Collection particulière

Annexes

  • Les activités anciennes des habitants et habitantes de Tartigny
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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