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Le village de Craonne

Dossier IA02001844 réalisé en 2003

Fiche

Œuvres contenues

Dénominations village
Aire d'étude et canton Grand Laonnois - Craonne
Adresse Commune : Craonne

Largement pillés pendant les Guerres de Religion, les habitants de Craonne obtinrent en 1573 la permission de ceinturer leur village d´un mur protecteur. La commune retomba ensuite aux mains des royalistes, qui fut à nouveau dévastée. A la Révolution, Craonne devint chef-lieu de canton du district de Laon. La commune eut également à souffrir, comme ses voisines, des invasions prussiennes de 1814, au point qu´une bataille engagée sur son territoire le 7 Mars 1814 porte son nom. La position défensive qu'offrait le village à l'extrémité orientale du Chemin des Dames lui valut d'être largement sollicitée tout au long de la Première Guerre mondiale. Situé au nord de l'Aisne, sur une colline dominant la plaine jusqu'à Reims à 140 mètres d'altitude, l´ancien Craonne offrait une vue imprenable sur les vallées de l'Aisne et de l'Ailette, à l'extrémité sud-est du plateau du Chemin des Dames. Exposé au sud, le village, composé de 152 habitations au milieu du 19e siècle, était bâti au flanc d´un coteau. Les rues peu larges et très abruptes étaient bordées de maisons mitoyennes, ne permettant pas le passage d´engins agricoles. Les caves voûtées de l'ancien village, qui résistèrent aux bombardements, sont encore aujourd'hui visibles. Le village fut totalement ravagé par les bombardements à tel point que la délimitation des rues n'était plus visible ; 47 % de sa surface furent classés Zone Rouge par décision ministérielle du 10 juillet 1922 (soit 405 hectares sur 861). Jusqu'en 1921, la reconstruction du village était en pourparler alors que l'architecte était déjà choisi (M. Adrien Bastié, architecte à Reims, travaillant pour une entreprise parisienne créée pour l'occasion par Jacques Hesbert, architecte des bâtiments communaux). Seule une infime partie des habitants était rentrée au village. Le service de la Reconstruction renonça alors à relever Craonne ; mais c´était sans compter sur la détermination des agriculteurs. Le 4 septembre 1921, la nouvelle position de l'agglomération n'était toujours pas arrêtée alors que la ville de Stockholm (Suède) versait une somme importante destinée à sa réhabilitation (en souvenir des volontaires suédois qui se sont battus au côté des Alliés). Le Conseil Municipal demanda le déplacement du village le 18 décembe 1921 au lieu-dit Champ de Comice, des Tuileries Martignon pour les raisons suivantes : l'endroit, plus sain, facilitait l'exploitation des champs par les agriculteurs, revenus les premiers ; ayant moins à souffrir des vents du nord puisque protégé par la montagne, le terrain était plus résistant donc plus facilement constructible. Les travaux débutèrent enfin en 1922 pour s'achever en 1925, employant 400 ouvriers, main d'oeuvre totalement étrangère à l'Aisne. Seulement 28 maisons bénéficièrent d'une reconstruction. Les multiples dons versés au village martyr de Craonne compensèrent la faiblesse des subventions : outre la Suède, le Canada (pour les travaux urgents d'adduction d'eau potable), les Etats-Unis, Bordeaux et Cannes (pour les besoins scolaires), des particuliers (Mme Durand donna une bibliothèque) participèrent à la reconstruction de la commune. La nouvelle voirie coïncidait avec celle des anciens chemins vicinaux. Seuls les bâtiments publics firent l'objet d'un plan préalable. Des terres durent alors être rachetées par la commune afin de les y installer. Un axe église-école-mairie est choisi. L'église et l'hôtel de ville sont éloignés, permettant ainsi aux nouvelles maisons de s'insérer dans les espaces libres. Mais les modestes indemnités de dommages de guerre empêchèrent certains habitants de reconstruire leur maison. C'est pourquoi Craonne donne cet aspect dispersé, où de nombreuses parcelles restent dénuées d'habitations. Le Conseil Municipal voulut pallier ce vide par la construction de maisons ouvrières. En janvier 1927, le village était totalement reconstruit, "seules les rues restent à rétablir".

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle
Auteur(s) Auteur : Bastié Adrien, architecte, attribution par source
Auteur : Hesbert Jacques, entrepreneur, attribution par source

Le village de Craonne occupe un terrain sablonneux. Il dispose d´un habitat trop développé proportionnellement au nombre d´habitants présents. L´axe église-école-mairie place l´édifice religieux en retrait du coeur de la commune. L´école et la mairie sont indépendantes, fait rarement rencontré dans les communes du Chemin des Dames.

Des dents creuses sont encore observables, les terrains appartenant aux agriculteurs étant cultivés. Le plan de reconstruction est d'autant plus étrange que la commune ne connut aucune contrainte de l'existant puisqu´elle fut construite sur un terrain vierge.

Annexes

  • Les maisons de Craonne

    42 bâti INSEE ; 20 repérées ; 11 étudiées

    Avant la guerre, les maisons de Craonne possédaient toutes sans exception un étage ainsi qu´un étage de comble. L´élévation principale, entièrement enduite, était percée de nombreuses fenêtres.

    D´après certains habitants, les entrepreneurs ont reconstruit les habitations selon un plan similaire : quatre pièces séparées deux par deux par un couloir, une porte aux deux extrémités de ce dernier permettant l'accès au jardin situé à l'arrière de la propriété.

    Seules 28 maisons sur 300 ont été reconstruites. Trois raisons expliquent la dispersion des villageois : ils choisirent de rester dans les régions envahies pendant la guerre, où ils avaient un toit et un travail. Ils s´installèrent également au nord du canton, terre de refuge dès le début des conflits, ou dans les grandes villes, les dommages de guerre étant réutilisables dans un rayon de 50 kilomètres. L'expropriation joua également un rôle décisif, l'Etat ayant racheté la moitié de la surface de la commune.

    Les rares logis reconstruits possèdent une structure similaire : parallèles à la rue, en léger retrait de la voirie, les maisons du nouveau Craonne sont toutes isolées les unes des autres. Elles conservèrent des éléments architecturaux traditionnels, offrant une disposition des baies cintrées symétriques, un blocage de moellon noyé ou recouvert d´enduit... Mais dans certains cas, l´architecte a opté pour un parti relativement moderne par souci d´économie. Les constructions sont de modeste qualité : peu de professionnels du bâtiment travaillaient sur le chantier. Des ouvriers italiens ont été recrutés afin de pallier le manque de main d´oeuvre. Le grès, utilisé pour les soubassements, absorbe l´humidité, faisant gonfler et exploser la pierre. Certaines maisons ont été édifiées avant la construction de la voie de circulation, justifiant le fait qu'elles soient placées en contrebas. Les bâtiments agicoles les accompagnant sont parfois disproportionnés par rapport à la modestie des maisons (comme c'est le cas au n° 7 route de Craonnelle), expliquant l'importance du travail de la terre à Craonne.

    Des maisons provisoires sont encore visibles, notamment entre le n°3 et le n°5 de la route de Craonnelle.

    En 1927, cinq logis de fonctionnaires, dessinés par M. Bastié, furent reconstruits ; il s'agissait d´habitations composées de cinq pièces, d'une buanderie, d'un bâtiment annexe, de WC extérieurs, d'une cour fermée. Le reste de l'argent de la commune fut utilisé pour la construction de maisons ouvrières de trois pièces, accompagnées d'un bâtiment agricole, d'une cour fermée, constitués par M. Grès, entrepreneur. Quatre logements en deux immeubles sises rue du cimetière illustrent ce fait.

    La disposition ainsi que les matériaux utilisés (telle que la pierre meulière) rendent compte du peu d'intérêt et de respect porté au patrimoine architectural.

Références documentaires

Documents figurés
  • Commune de Craonne - Bâtiments communaux - Plan de situation, plan, par André Prieur, vers 1950 (AD Aisne : 11 R 7769).

  • Craonne (Aisne) - Vue panoramique, carte postale, par H. Guillemin photographe, 1er quart 20e siècle (AP).

  • Craonne - Haupstrasse, carte postale, [s.n.], 1er quart 20e siècle (AP).

  • Craonne (Aisne) - Place de la Mairie et rue Saint Rémy, carte postale, [s.n.], 8 août 1908 (AP).

  • Une rue de Craonne, carte postale, [s.n.], 1er quart 20e siècle (AD Aisne : 2 Fi Craonne 1).

  • Craonne (Aisne) - Rue de la Pissoire - l'Abreuvoir, carte postale, par A. Moreau photographe, 1er quart 20e siècle (AP).

  • Photographie ancienne, [s.n.], 1917 (AD Aisne : 2 Fi Craonne 25).

Bibliographie
  • BOULOC, François. Craonne, des ruines au renouveau. In OFFENSTADT, Nicolas (sous la dir. de). Le chemin des Dames, de l´événement à la mémoire. Paris : Stock, 2004.

    p. 414-425
  • MARVIVAL, Dominique. La reconstruction de Craonne. In MEISSEL, René. La Picardie dans la Grande Guerre. Amiens : Centre régional de documentation pédagogique, 1986.

    p. 133
  • Picardie 1914-1919, les misères de la guerre, la Reconstruction, le Souvenir. Bulletin d'information et de liaison des professeurs d'Histoire-Géographie. Amiens : CRDP, n° 21-23, 1978.

  • ROUSSEL, E. Le Département de l'Aisne après cinq ans de reconstitution. Nancy, Paris, Strasbourg : Berger-Levrault, 1923.

    p. 145-146
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