Dossier d’œuvre architecture IA60005335 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Le village d'Oursel-Maison et le hameau de la Neuve-Rue
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Oursel-Maison
  • Dénominations
    village, écart
  • Parties constituantes non étudiées
    mairie, école, place, abreuvoir, puits, remise de matériel d'incendie

Oursel-Maison ferme la limite nord-ouest du canton de Froissy et touche le canton de Crèvecœur-le-Grand. La commune comprend en réalité deux agglomérations, distantes d’un kilomètre environ. Si Oursel est implanté au fond d’une vallée sèche, la Neuve-Rue est sur un plateau et forme une rue unique dans le prolongement de Francastel. Ce dossier se place à l’échelle de la commune et traite donc de ces deux noyaux d’habitat ensemble, compte tenu de leur histoire partagée. La Neuve-Rue est en effet réunie à la seigneurie et paroisse d’Oursel dès le XVIe siècle. Le territoire communal compte en outre la ferme de La Grange, ancien domaine de l’abbaye de Breteuil.

Comme dans les villages de l’ancien canton de Crèvecœur tout proche, la population a surtout œuvré à la fabrication de tricots et de sergés, étoffes de laine bon marché. L’habitat comprend donc surtout des logements d’artisans consistant en un logis à étage sur rue, percé ou prolongé par une entrée charretière. Les activités deviennent essentiellement agricoles au cours du XXe siècle avec l’exode rural et l’abandon de ce petit artisanat à domicile.

La démographie connait une chute importante à partir de la seconde moitié du XIXe siècle passant de 420 habitants en 1850 à 149 habitants en 1962. Il faut attendre les années 2000 pour que la population augmente à nouveau pour atteindre 240 habitants en 2020. La commune comprend en 2019 98 logements dont 84,7 % de résidences principales.

Origines

 

D’après la tradition, c’est dans la vallée d’Oursel-Maison que saint Lucien vient prêcher afin d’évangéliser les populations de l’évêché de Beauvais au IIIe siècle. L’église d’Oursel-Maison serait l’une des trois premières créées dans le diocèse (Graves, 1832). L’occupation de ce territoire remonte donc au moins à l’Antiquité tardive. La proximité de la voie romaine de Beauvais à Amiens passant entre Oursel et Puits-la-Vallée a en outre pu motiver le développement de l’habitat dans cette vallée.

Un acte de 1164 transcrit dans le cartulaire de l’abbaye de Breteuil mentionne "Ursus Mansio" pour la première fois (Lambert, 1982). Ce nom est composé d’un nom de personne, "Ursus", associé à "mansio" qui signifie "domaine ". Il désigne ainsi le domaine d’Ursus. Il indique également que l’abbaye de Breteuil exploite le domaine situé au lieu-dit "La Grange". Il était entouré de fossés et de quelques fortifications (Graves, 1832). Le monastère détient également une partie des terres d’Oursel avant qu’en 1239 Hugues de Fransures, seigneur principal du lieu, ne lui confère la jouissance du reste du territoire "pour le remède de son âme".

Affaibli par les guerres de religion du XVIe siècle, le seigneur de Francastel cède la Neuve-Rue à sa sœur, abbesse de Saint-Cyr près de Paris. Après l’intervention de l’abbé de Breteuil duquel elle était proche, elle obtient que la Neuve-Rue soit réunie à la paroisse d’Oursel-Maison. Cette décision explique que la commune soit encore aujourd’hui composée de ces deux noyaux d’habitat. Cette configuration est bien représentée sur un plan terrier du XVIIe ou du XVIIIe siècle conservé aux Archives départementales de l’Oise sur lequel Oursel-Maison est également nommé "Surmaison".

 

Évolution de la morphologie et du parcellaire

 

La commune comprend deux noyaux d’habitat : Oursel-Maison et la Neuve-Rue, séparés d’un kilomètre environ.

Oursel-Maison est certainement la partie la plus ancienne. L’habitat semble s’être structuré autour de l’église dont l’origine pourrait remonter au Haut Moyen Âge. Le cimetière paroissial l’entoure. Un manoir seigneurial construit au XVIIIe siècle la jouxte. Quelques habitations se sont implantées de manière concentrique autour de ce premier site. Un plan du XVIIIe siècle conservé aux Archives départementales de l’Oise rend compte du cadre bâti du village. Celui-ci a un plan en étoile dont les quatre branches sont autant de chemins qui se croisent au centre où se trouvent l’église, le cimetière et la place publique. Sur le plan, le parcellaire prend la forme de lanières dans la rue du Presbytère. Un chemin du tour de ville est même délimité à l’arrière des parcelles. Au milieu du XIXe siècle, la ferme formant l’angle de la rue de Doméliers et du presbytère s’agrandit et absorbe sa voisine. Au milieu du XXe siècle, le nombre des petites exploitations agricoles diminue. Sur le cadastre de 1951, elles ont presque toutes disparu dans la rue du Presbytère.

L’écart de la Neuve-Rue est situé à l’ouest d’Oursel-Maison. Il comprend la mairie-école d’Oursel-Maison, implantée à l’entrée est. Il forme un village-rue dans le prolongement de Francastel. Sur le plan terrier du XVIIe ou XVIIIe siècle, il est bien représenté sous la forme d’une longue rue étroite bordée d’habitations. Dès cette époque, le parcellaire est constitué de lanières étirées et étroites et un sentier du tour de ville passe derrière la ceinture de courtils. Cette organisation urbaine perdure jusqu’à nos jours bien que le nombre de petites fermes, longtemps le type d’habitat le plus représenté, ait diminué avec l’exode rural de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

 

Lieux partagés et structurants

 

               Gérer et partager l’eau

 

Nichés dans le creux d’une vallée humide, les habitants d’Oursel-Maison ont vécu dans un environnement humide. Dans son Précis statistique sur le canton de Froissy (1832), Louis Graves indique : "le village est entouré d’arbres et exposé à une humidité constante" (p. 40). Les puits ont dû être creusés moins profondément que ceux des villages de plateau. Cinq puits sont dénombrés dans la Notice descriptive et statistique sur le département de l’Oise (1902). Un seul a pu être localisé (2022) à la Neuve-Rue (devant le n°18B). Le document mentionne également dix-neuf citernes dont les habitants étaient équipés pour recueillir l’eau de pluie.

La Notice descriptive et statistique sur le département de l’Oise (1902) indique la présence de huit mares sur l’ensemble de la commune. Si, d’après les cartes anciennes disponibles, Oursel-Maison ne semble pas avoir compté de mare, deux sont toujours en place à la Neuve-Rue. Sur le plan terrier du XVIIe ou XVIIIe siècle, une mare est figurée à l’ouest du hameau, côté sud, sur le chemin du tour de ville. Elle existe toujours aujourd’hui. Une seconde mare, qui semble avoir été construite vers 1900 (série O, Archives départementales de l’Oise) se trouve à la sortie est, toujours en bordure du tour de ville. Cet emplacement permettait aux troupeaux de s’abreuver sur le chemin menant aux pâturages situés à l’arrière des parcelles des habitations.

 

               Les croix de chemin

 

Elles sont des marqueurs de l’espace et sont le plus souvent implantées à l’initiative d’une famille du village qui souhaite rendre hommage à des parents ou simplement exprimer sa piété. Les croix dénombrées sur le territoire communal sont situées en dehors des zones habitées, au bord des routes. Les recherches de l’association pour la Connaissance et la Conservation des Calvaires et des Croix du Beauvaisis (ACCCCB) permettent d’éclairer leur histoire. Deux d’entre elles se trouvent entre la Neuve-Rue et Oursel-Maison. La première est dite "Croix Fauqueux", du nom de la famille qui l’a posée vers 1890. Érigée à la sortie d’Oursel-Maison, au bord de la route vers la Neuve-Rue, elle était en bois à l’origine mais a été remplacée par une croix en fonte dans les années 1990.

Un peu plus loin, sur la même route et après le château d’eau, se trouve la "Croix Martin". Elle a été financée par la famille éponyme et était également en bois à l’origine. Si le socle a été conservé, le maréchal ferrant, M. Fauqueux, l’a remplacée par une croix en fonte dans les années 1960.

Enfin, située aux confins du territoire communal d’Oursel-Maison à sa limite septentrionale, la croix dite "du Crocq" se trouve aux limites des communes de Doméliers, Oursel-Maison et du Crocq. Implantée sur le carrefour de la départementale 930, cette croix était initialement en bois mais aurait été remplacée par une nouvelle croix en granite vers 1900 à l’initiative de M. Thouret, habitant du Crocq. Celui-ci parvient à mobiliser les habitants des communes voisines pour financer le nouveau monument. Une plaque datée de 1917 rappelait le souvenir de l’abbé Hugues, curé d’Abbeville-Saint-Lucien puis du Crocq (1847-1898) avant qu’elle ne disparaisse au début des années 2000. La croix a été déplacée vers 1959 après un accident de voiture mortel survenu sur le carrefour.

 

               Équipements publics 

 

Les sources de la série O des Archives départementales de l’Oise permettent de documenter les bâtiments publics du village.

 

                              La maison d’école et la mairie

 

Un premier projet pour l’installation d’une maison d’école à Oursel-Maison est formulé en 1920. Une habitation rue de l’Église doit être achetée à M. Laurent et aménagée en école. Toutefois, le projet ne semble pas aboutir puisqu’en 1837 le conseil municipal décide de louer une maison à M. Duffosé pour en faire une école (à un emplacement non identifié). Cependant, des travaux d’urgence sur la toiture doivent être menés l’année suivante.

Face au problème de salubrité de cette école, il est décidé dès 1840 d’en installer une nouvelle. L’inspecteur des Écoles Primaires refuse le projet car la maison proposée se trouve à l’extrémité ouest de la Neuve-Rue et donc trop loin des écoliers d’Oursel-Maison. La commune prend alors l’initiative de construire une salle d’école en 1843 (le bâtiment en pierre est toujours en place) à la sortie est. Le jardin de celle-ci est agrandi en 1852 en même temps qu’une remise pour les pompes à incendie est construite à côté (voir le plan en ill.). En 1854, une école annexe est édifiée afin de pouvoir accueillir les garçons et les filles. Un logement pour l’instituteur est également construit.

Enfin, dans les années 1880, une mairie-école (toujours en place) est construite sur les plans des architectes de l’arrondissement de Clermont M. Montier et M. Candillon. La commune achète une nouvelle maison pour l’instituteur. En 1900, une buanderie est construite par le maçon Hilaire Désesquelles.

 

                              Le presbytère

 

Un premier presbytère devait se trouver à Oursel-Maison près de l’église. En 1856 les héritiers de M. Pelletier (dont la commune avait déjà acquis un terrain avec ses dépendances) vendent une maison à la commune afin qu’un nouveau presbytère y soit établi. En 1858, il est prévu d’en construire un neuf. M. Fauqueux est désigné pour exécuter les travaux. Le jardin du presbytère est doté de murs de clôture en 1886 grâce au travail du maçon Désesquelles. Après la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905, la commune devient propriétaire du presbytère et le loue au curé.

 

                              Places publiques

 

Chaque agglomération possédait sa propre place. À Oursel-Maison, sur le plan terrier du XVIIe ou XVIIIe siècle figure déjà une place publique au cœur du village, à l’intersection des chemins. Celui qui menait au domaine seigneurial était arboré.

À la Neuve-Rue, le cadastre de 1951 figure une place publique sur la parcelle adjacente à la mairie-école, en face de la mare. Elle est aujourd’hui occupée par la salle des fêtes.

 

                              La remise des pompes à incendie de la Neuve-Rue

 

La remise des pompes construite en 1852 dans le cadre du projet d’agrandissement du jardin de l’école a disparu. Pour celle qui se trouve aujourd’hui à l’angle de la rue de la Pompe et de la route, les sources de la série O indiquent qu'elle a été édifiée en 1936. Situé au milieu du hameau, les pompes pouvaient ainsi être déplacées rapidement quel que fût l’endroit où l’incendie se déclarait.

Le bâtiment en brique situé sur la placette du carrefour d'Oursel-Maison est construit avant 1954 (visible sur le cadastre de cette date) et semble servir à la gestion du réseau hydraulique.

              

                              L’atelier public de distillerie de la Neuve-Rue

 

Les sources de la série O mentionnent un projet d’ouverture d’un atelier de distillerie pour la fabrication de cidre dans la commune. Une délibération du conseil municipal entérine l’ouverture de cet atelier en 1938. Cependant, l’état actuel des connaissances ne permet pas de le situer.

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 10. Oursel-Maison. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis, 2007.

  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 552. Oursel-Maison. Recensements de population (1820 à 1936).

  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 32310. Oursel-Maison. Atelier de distillation (1938).

  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 11304. Oursel-Maison. Presbytère (1848-1930).

  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 11300. Oursel-Maison. Mairie et école (1819-1922).

Bibliographie

  • DELATTRE, Daniel. Le canton de Saint-Just-en-Chaussée : 84 communes, 84 lieux incontournables. Grandvilliers : éditions Delattre, 2020.

    pp. 401-406.
  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Froissy, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1832.

    pp. 40-41.
  • LAMBERT, Émile. Dictionnaire topographique du département de l'Oise. Amiens (Musée de Picardie) : Société de linguistique picarde, 1982 (tome 23).

    p. 412.
  • Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise. Paris : Imprimerie du du service géographique, 1902.

    p. 240.

Documents figurés

  • Oursel-Maison. Plan du terroir de la Neuve Rue, [XVIIe siècle] (AD Oise ; plan 760).

  • Oursel-Maison. Plan du terroir d'Oursel-Maison, [18e siècle] (AD Oise ; plan 758/3).

    AD Oise : plan 758/3
  • Oursel-Maison. Cadastre rénové, section AK, feuille unique, 1951 (coll. communale).

  • Oursel-Maison. Cadastre rénové, section AC, feuille unique, 1951 (coll. communale).

  • Oursel-Maison. Cadastre rénové, section AH, feuille unique, 1951 (coll. communale).

Annexes

  • Les activités anciennes des habitantes et habitants d'Oursel-Maison
Date(s) d'enquête : 2023; Date(s) de rédaction : 2023
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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