Dossier d’œuvre architecture IA60005448 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Le village de Beauvoir et les écarts de La Folie et Évauchaux
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Beauvoir
  • Lieu-dit Évauchaux, La Folie
  • Dénominations
    village, écart

Présentation

Beauvoir se situe à environ 3 km au sud de Breteuil, près de la Départementale 916. Le village est implanté légèrement en surplomb de la Vallée Saint-Denis dans laquelle il était primitivement installé, de l'autre côté de cette route. Seul le cimetière a conservé son emplacement d'origine autour de la première église, érigée sous le vocable de saint Denis. Il ne reste aujourd'hui de cet édifice qu'un fragment de portail abritant une statue en pierre de saint Denis.

Les écarts de La Folie de Beauvoir (situé un peu plus au sud sur la D916) et d'Évauchaux relèvent également du territoire communal de Beauvoir et sont à ce titre évoqués dans ce dossier.

Commune essentiellement agricole, Beauvoir a atteint son apogée démographique dans la première moitié du XIXe siècle, comptant près de 500 habitants. D'après les dernières données de l'INSEE datées de 2021, la commune compte aujourd'hui 208 habitants et 111 logements.

Origine

Un premier village semble se constituer dès le Haut Moyen Âge (ou peut-être dès l'époque gallo-romaine) dans la vallée Saint-Denis, près du cimetière actuel. Il bénéficie de la proximité avec le site antique de Vendeuil-Caply et de la présence de l'ancienne voie romaine menant à Breteuil (aujourd'hui simple chemin de terre partant de l'angle nord du cimetière).

La première mention de ce village dans les sources a été relevée par É. Lambert (1982) dans le cartulaire de l'abbaye de Breteuil et date de 1164 : villa sancti Dyonisii. Le même vocable est associé à une église cinq ans plus tard dans les Titres de l'évêché de Beauvais ce qui atteste l'existence d'une église et d'un noyau de peuplement.

Il faut attendre le siècle suivant pour que "Belvoier" soit mentionné dans un document daté de 1229 dans le cartulaire du prieuré de Wariville. Le toponyme désigne toutefois une "grangia", domaine agricole, probablement ecclésiastique. Un habitat existe donc bel et bien sur le site actuel du village à cette date mais il est difficile de savoir si la population de la vallée Saint-Denis s'est déjà déplacée à cette période. Il faut peut-être imaginer un abandon progressif de l'emplacement primitif à mesure que les cadres féodaux se structurent à Beauvoir autour d'une forteresse implantée entre le château et l'église actuelle. Cette dernière est visible sur le plan de la route des Flandres levé vers 1750. Dans les périodes plus troublées du début du Moyen Âge la population a plus facilement trouvé une protection près d'un lieu fortifié profitant de sa position plus élevée que dans le fond de la vallée Saint-Denis. L'étymologie de "Beauvoir" rappelle d'ailleurs le "beau" point de vue dont il profite - et donc la hauteur du site (Lebègue, 1994).

L'écart d'Évauchaux, situé au sud-ouest du village est mentionné dans un document de 1251 relevé par É. Lambert. C'est à cette période une terre relevant de la châtellenie de Bonneuil-les-Eaux. Si la présence d'un habitat n'est pas certaine à cette période, ce hameau compte une trentaine de feux dans la première moitié du XIXe siècle.

Le hameau de la Folie est bâti en 1766 le long de la route royale (aujourd'hui D916), d'après Louis Graves (1843). Ce lieu est d'ailleurs identifié comme un cabaret sur le plan de la route des Flandres réalisé à la même période (plan numérisé disponible sur le site des Archives Départementales de l'Oise).

Enfin, les recensements de population du XIXe siècle citent également les écarts aujourd'hui disparus de "Moulin Rouge", attestant l'existence d'un moulin à vent, et du "Pavillon d'Évauchaux", tous les deux disparus. Le lieu-dit "La Montagne Blanche" où habitait un tailleur d'habits au milieu du XIXe siècle existe toujours sous le nom "La Montagne de Breteuil".

 Évolution de la morphologie et du parcellaire

La représentation cartographique la plus ancienne du territoire de Beauvoir est extraite du plan de la route des Flandres réalisé au milieu du XVIIIe. Depuis cette période, la forme et l'organisation du village ont peu changé. En effet, comme aujourd'hui, il se structure le long d'une voie principale actuellement formée des rues de la Place et de la Vallée, elle-même ramifiée à ses extrémités. Depuis la place publique aménagée au centre de cet axe primaire, une rue mène au château établi dans le quartier nord-est. La rue de Bonvillers s'étire depuis le château et rejoint la rue Couverte plus au sud formant ainsi une boucle permettant de rejoindre la voie principale.

Outre la morphologie, le parcellaire ancien et les cadres du bâti ont été maintenus : les maisons et fermes se répartissent le long des mêmes axes et leur nombre est particulièrement important en cœur de village. Le parcellaire est essentiellement constitué de fines lanières (les traditionnelles "trinquettes") le long de l'axe principal. Les formes des parcelles sont moins régulières et plus larges dans les rues moins rectilignes et aux extrémités du village.

L'exode rural a toutefois entraîné une diminution du nombre de logements. Les recensements de population illustrent ce phénomène : en 1831 Beauvoir compte 105 maisons alors qu'elles ne sont plus que 68 en 1936. Il faut attendre les années 1990 pour que des pavillons neufs soient bâtis à la fois dans les dents creuses laissées dans le parcellaire et à l'extrémité de certaines rues nouvellement loties : rue de Tartigny, rue de la Vallée, chemin de Breteuil.

Évauchaux conserve également sa forme ancienne visible sur le plan du milieu du XVIIIe siècle. L'habitat, lâche, est réparti le long d'une voie principale. Il convient toutefois de noter la disparition d'un domaine qui se trouvait à l'extrémité sud du village au croisement de plusieurs chemins et qui était peut-être le "Pavillon d'Évauchaux" cité dans les recensements de population du XIXe siècle.

La partie occidentale de la première section de la rue principale compte aujourd'hui plusieurs pavillons établis à l'emplacement de maisons anciennes détruites à la suite de l'exode rural. Ces résidences récentes témoignent du rebond démographique que le village a connu à partir des années 1990.

La localisation du hameau de la Folie, cabaret créé au milieu du XVIIIe siècle s'est légèrement déplacée pour suivre le tracé de la nouvelle route royale dont les travaux ont été réalisés à la fin du XVIIIe siècle. Le nombre de maisons a également augmenté : si seul le cabaret est visible sur le plan de la route des Flandres, d'après les recensements de population le hameau comptait 7 maisons un siècle plus tard, au milieu du XIXe siècle. Ce nombre s'est maintenu jusqu'à nos jours.

 

Lieux partagés et structurants

 

               Les marqueurs de l'espace : tours de ville et croix de chemin

                              Tours de ville

Les villages picards sont souvent ceinturés d'un réseau de sentiers marquant la limite entre la zone bâtie et la zone cultivée. À Beauvoir, ces tours de ville ont été particulièrement bien conservés puisque les quatre sentiers visibles sur le plan de l'état-major dressé au milieu du XIXe siècle sont toujours en place : le sentier du tour de ville le plus long se situe à l'arrière de l'axe principal à l'ouest du village ; au sud un sentier du tour de ville relie la rue Couverte à la rue de la Folie ; un autre se trouve derrière la rue de Bonvillers (côté nord) mais il a été coupé et ne permet pas de revenir dans la rue ; enfin un dernier sentier connecte le chemin de Breteuil à la rue de Tartigny. Ainsi, deux types de sentiers de tours de ville sont à distinguer : le premier, propre aux voies rectilignes s'étire parallèlement à ces dernières ; le second "casse" les angles de rues et sert de raccourci pour relier deux voies.

                                Croix de chemin

Autres éléments marqueurs de l'espace communal, les croix de chemin sont le plus souvent installées à des croisements de voies, aux sorties du village ou bien à l'emplacement d'un événement comme un accident. Ce dernier cas est illustré par la croix érigée au bord de la D916 juste au nord du cimetière. Comme l'indique son inscription sur son piédestal, elle est dédiée à la mémoire de J. F. Bussy dit Jeannot, habitant de Bonvillers mortellement blessé en 1873 en essayant de stopper une diligence incontrôlable (Archives de l'Association des Croix et Calvaires du Beauvaisis).

La croix dite "Calvaire de la Ville" est installée sur la place publique en cœur de village. Un tel monument est déjà figuré sur la carte de la route des Flandres au milieu du XVIIIe siècle. Bien qu'elle ait certainement été remplacée par la suite, son piédestal est toujours visible aujourd'hui, sans croix toutefois. Cette dernière a été restaurée puis réinstallée en 2006 "en souvenir des habitants de Beauvoir morts pour la France 1914-1919" comme l'indiquait l'inscription.

Une autre croix, figurée sur l'Atlas de la route des Flandres (milieu du XVIIIe siècle) se situe sur la placette au croisement du chemin de Breteuil et de la rue de la Vallée. Le banc en pierre posé devant servait probablement à déposer les cercueils lors de procession funéraires.

Enfin, la croix de chemin d'Évauchaux marque l'entrée nord du hameau à côté de la mare.

 

               Gérer et partager l'eau : puits et mares

 Les sols secs et poreux du plateau picard, de nature calcaire, rendent l'accès à l'eau parfois difficile. Les habitants doivent compter sur des puits communaux, creusés à au moins 50 m de profondeur ainsi que des mares alimentées grâce aux pluies. Dans la Notice statistique du département de l'Oise établie en 1902, Beauvoir compte 10 puits communaux et trois mares dont une à Évauchaux (toujours en place). Il est possible de confirmer leur ancienneté grâce au plan de la route des Flandres du milieu du XVIIIe siècle sur lequel elles sont figurées. À Beauvoir, une seule des deux mares est toujours en place. Elle se trouve dans la rue de la Place entre les n°4 et 6. La seconde, plus large, se situait en face.  

Sur les 10 puits inventoriés en 1902 et bien qu'ils soient aujourd'hui comblés, les édicules de deux d'entre eux sont encore visibles. Le premier se situe dans la rue de la Vallée près du n°15 ; le second est implanté dans la rue de la Folie, à côté du n°1. Ils ont été restaurés il y a quelques années et leurs toits en bâtières sont habillés de tuiles.

 

               Équipements publics

 Les documents de la série O des Archives départementales de l'Oise mettent en lumière l'histoire de la construction de la mairie, de l'école ou du presbytère.

 

                              La mairie-école

Une école existe à Beauvoir dans la première moitié du XIXe siècle. En 1843, elle est toutefois détruite par un incendie. L'instituteur décide alors de faire classe chez lui. En réaction, le comité local pour l'Instruction primaire envoie une lettre au préfet dénonçant les mauvaises conditions scolaires : "les enfants sont entassés pêle-mêle pour ceux qui peuvent rentrer, les autres n'ont pas d'instruction". Il faut toutefois attendre 1847 pour que des plans et devis soit produits par l'architecte d'arrondissement Bellanger afin de construire une mairie-école. Il est prévu d'édifier trois bâtiments : une école placée entre cour et jardin, une mairie abritant également le logement de l'instituteur sur rue et un troisième pour les latrines et le bûcher dans la cour (voir plans en ill.). 

La classe, en brique et couverte d'ardoise "est pourvue d'un mobilier avec cloison de séparation en planches à la hauteur du bureau". Le bâtiment sur la rue à usage de logement pour l'instituteur et de mairie, est également doté d'une salle d'archives. La mairie est séparée du logement par un vestibule traversant entre rue et cour. Ce bâtiment est en brique pour les soubassements et les pignons et en pans de bois pour les murs gouttereaux.

En 1849 la commune achète un terrain à Mr. Delattre, charron, et l'année suivante les travaux de construction sont confiés à Jean-Chrysostome Daix, maître-maçon à Hédencourt (commune de Saint-André-Farivillers). Le projet n'est livré qu'après la réparation des malfaçons notifiées dans le règlement provisoire des travaux en 1853.

Les premières réparations importantes interviennent en 1909 : les toitures et gouttières de l'école sont remplacées par Théophile Guilbert entrepreneur à Tartigny.

En 1913 juste avant la guerre, la commune prévoit de déplacer la salle de mairie au-dessus du logement de l'instituteur. La surélévation du bâtiment est confiée à Mr. Descateaux, architecte-métreur, et doit être réalisée en pans de bois. L'ancienne salle de mairie est transformée en chambre pour l'instituteur. Joseph Lefèvre, entrepreneur à Montreuil-sur-Brêche exécute les travaux. La réception n'intervient toutefois qu'en 1922, après la guerre. 

 

                              Le presbytère

D'après une copie du tableau d'assemblage du cadastre de 1844, le presbytère se situait dans la rue de Tartigny (ancienne rue de la Place, dernière maison à droite, au n°8). D'après le plan établi en 1907, il comprend un bâtiment d'habitation entre cour et jardin, des lapinières sur la rue et en retour se succèdent buanderie, remise et bûcher. Son état est si mauvais que le curé ne peut plus y habiter. Après l'avoir fait estimer par Théophile Guilbert (entrepreneur à Tartigny), le conseil municipal le vend à Antoine Joseph Maurice de Guillebon en 1909.

  • Murs
  • Typologies
    ;

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 11. Beauvoir. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis (ACCCCB), 2007.

    AD Oise
  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 76. Beauvoir. Recensements de population (1820 à 1936).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 27674. Beauvoir. Mairie et écoles (1845-1938).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 27677. Beauvoir. Église (1837-1875).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 27678. Beauvoir. Presbytère (1836-1909).

    AD Oise

Bibliographie

  • LAMBERT, Émile. Dictionnaire topographique du département de l'Oise. Amiens (Musée de Picardie) : Société de linguistique picarde, 1982 (tome 23).

    p. 45.
  • LEBÈGUE, Maurice. Les noms des communes du département de l'Oise. Amiens : Musée de Picardie, 1994.

    p. 43.
  • Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise. Paris : Imprimerie du service géographique, 1902.

    p. 231.

Périodiques

  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Breteuil, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1843.

    pp. 39-40.

Documents figurés

  • Beauvoir. Plan de la route des Flandres, extrait de l'Atlas de Trudaine, [entre 1745 et 1780] (AD Oise ; plan 1336/1).

    AD Oise

Annexes

  • Les activités anciennes des habitants et habitantes de Beauvoir
Date(s) d'enquête : 2024; Date(s) de rédaction : 2024
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

Cliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.