Dossier d’œuvre architecture IA60005468 | Réalisé par
Chamignon Lucile (Rédacteur)
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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  • inventaire topographique, Communauté de communes Oise Picarde
Le village de Bonvillers
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes de l'Oise Picarde - Saint-Just-en-Chaussée
  • Commune Bonvillers
  • Dénominations
    village
  • Parties constituantes non étudiées
    croix de chemin, puits, mairie, école, magasin de commerce, remise de matériel d'incendie, monument aux morts, presbytère

Bonvillers est un village situé à égale distance entre Chepoix et Campremy, à environ 6 km au sud de Breteuil. L'ancienne voie romaine qui traverse l'Oise picarde de Paillart à Ansauvillers passe juste à l'est. En 2022, la population était de 193 habitants répartis dans 98 maisons (données les plus récentes de l'INSEE). L'agglomération est établie sur un plateau qui décline fortement dans sa partie sud. Le château [IA60005473] situé au centre du village date de la seconde moitié du XIXe siècle. Il est établi à l'emplacement de l'ancien manoir seigneurial de Bonvillers.

Origine

La première mention de Bonvillers a été relevée sous la forme Bonum villare dans un document de 1180 (É. Lambert, 1982). En 1223, ce toponyme est écrit "bon viler" sous l'influence de la langue d'oïl, dans le cartulaire de l'abbaye de Froidmont. Comme l'explique Robert Fossier (1968), les noms de lieux en "-villers" (dérivé du latin villa signifiant "domaine agricole"), correspondraient à des villages qui se seraient développés au VIIIe siècle ou avant, en lien avec la structuration du système domanial.

Les seigneurs connus au Moyen-Âge sont Pierre de Bonvillers au XIIIe siècle, puis Jean de Paillart, également seigneur de Choqueuse et Bacouël. Sa famille détient la seigneurie de Bonvillers jusqu'au XVIe siècle. L'abbaye de Notre-Dame de Breteuil possède les dîmes du village jusqu'à la Révolution.

À partir du XVIIe siècle, plusieurs familles se succèdent à la tête de la seigneurie de Bonvillers dont les Bertholot, les Court et les Conty. En 1814, après la Révolution, Étienne Cavé d'Haudicourt, dont la famille possède le château de Tartigny, acquiert les terres et le château de Bonvillers.

D'après Louis Graves (1843), un fort ou souterrain à cellules a été découvert en 1839. Cet aménagement, fréquent dans les villages de l'Oise picarde, servait de refuge pour les habitants lors des périodes de conflits de la fin du Moyen Âge et de l'Époque moderne.

 

Évolution de la morphologie et du parcellaire

Le village s'organise actuellement autour d'une voie principale sur un axe est-ouest (rue de l'Église, rue du Puits-Revel et rue Behaize), ramifiée par les rues d'Ansauvillers et du Bois vers le sud et par la rue Lefèvre vers le nord. L'église, implantée à l'entrée occidentale du village, ainsi que le château et la mairie qui se trouvent au centre de l'agglomération, en constituent les pôles structurants. Cette disposition n'a pas changé depuis le plus ancien témoignage cartographique que constitue l'Atlas de Trudaine réalisé au milieu du XVIIIe siècle. Il apparait toutefois que l'habitat ne s'étendait pas au-delà de l'église et n'occupait pas la rue d'Ansauvillers. 

Sur le cadastre dit napoléonien levé dans le premier tiers du XIXe siècle, la trame du bâti reste inchangée. D'après les recensements de population, le nombre de maisons atteint son maximum en 1831 : Bonvillers compte alors 147 maisons et 485 habitants. C'est à cette période que l'expansion et la densité de l'habitat sont les plus importantes et que des logements sont notamment construits à l'ouest de l'église.

La dernière phase d'évolution de la morphologie de Bonvillers intervient au cours du XXe siècle après un épisode de rétractation du nombre de logements à la suite d'une chute démographique jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale (années 1950). Sur le cadastre de 1934, l'habitat est plus dispersé avec des "dents creuses" dans le traditionnel front de granges sur rue qui était bien visible sur le cadastre dit napoléonien au début du XIXe siècle. Le village connaît une reprise démographique à partir des années 1970. Des pavillons sont alors construits à la place de l'habitat ancien détruit ou dans de nouvelles zones comme dans la rue d'Ansauvillers, dans la rue du Bois ou encore dans la partie occidentale de la rue de l'Église.   

 

Lieux partagés et structurants

 

               Les limites du village : tour de ville et croix de chemin

 

                              Le tour de ville

Les sentiers qui ceinturent la zone habitée du village constituent le tour de ville. Ils étaient liés aux pratiques agricoles puisqu'ils permettaient la circulation des troupeaux et l'accès aux cultures situées à l'arrière des habitations, après les jardins et les pâtures. À Bonvillers, ces sentiers sont matérialisés sur le cadastre de 1934. Au sud du village, l'un dit "sentier des Cailloux" reliait la rue du Bois à l'ancienne voie romaine à l'entrée est, en passant derrière les habitations de la rue Behaize. Aujourd'hui, seule la partie orientale de ce chemin est praticable. Un autre sentier se trouvait au nord de cette même rue mais n'est plus signalé sur le cadastre actuel. Enfin, la dernière section se trouve à l'ouest du village, à l'arrière de la rue Lefèvre et démarre dans la rue de l'Église à l'entrée du village.

 

                              Les croix de chemin

Les recherches de l'Association pour la Connaissance et la Conservation des Croix et Calvaires du Beauvaisis permettent d'éclairer l'origine et l'histoire des croix de chemin toujours en place à Bonvillers. La plus ancienne est la croix aujourd'hui située près de l'église après sa restauration en 2022 par l'entreprise De Pierre. À l'origine, elle se serait trouvée sur la place en face de la mairie (une croix est figurée sur le cadastre du début du XIXe siècle) et comprenait le fût en pierre remonté plus tard avec une autre croix dans la rue d'Ansauvillers. Comme celle de Paillart ou de Sérévillers, elle est ornée d'une Crucifixion et d'une Vierge à l'Enfant au revers.

La croix en fer forgé qui se trouve aujourd'hui sur la place en face du château a été financée par Mme d'Haudicourt, et bénie le 5 juin 1862.

Les autres croix marquent les entrées du village. Celle de la rue d'Ansauvillers remplace une croix en bois détruite par les révolutionnaires en 1793. Réalisée en remployant le fût en pierre de la croix de la Place évoqué ci-dessus, elle a été bénie en juin 1862. La croix actuelle a été installée en 1922 par Émile Clément Hebaut, serrurier à Breteuil.

À la sortie nord du village, à l'intersection entre la rue Lefèvre et le sentier du Tour de Ville, s'élève la croix de la route de Beauvoir. Elle a été fabriquée en 1837 par Pierre Nicolas Caustier, maréchal-ferrant à Bonvillers. Son piédestal en pierre provient des carrière d'Hédencourt.

Enfin, la croix de la Chaussée Brunehaut se situe au bord de la route de Chepoix, à la sortie est du village. Elle a été élevée en 1785 par Charles Adrien Letailleur, ancien régisseur du domaine de Warmaise et cultivateur à Bonvillers. Elle a été restaurées à deux reprises au cours du XXe siècle : une première fois en 1922 sur un grès venant du cimetière de Chepoix puis en 2005 par l'entreprise Catteaux.

 

               Gérer et partager l'eau : puits et mares

En raison de la rareté des points d'eau naturels sur le territoire et de la nature poreuse des sols calcaires, l'aménagement d'infrastructures hydrauliques est essentiel. La commune compte plusieurs puits et mares communaux. Sur le cadastre du premier tiers du XIXe siècle, les quatre puits encore visibles aujourd'hui sont figurés : ceux des rues Behaize, du Puits-Revel, de la rue Lefèvre et celui qui se trouve à côté de la mairie. Bien qu'ils soient aujourd'hui condamnés, ils sont encore bien conservés avec leurs épaisses dalles de calcaire et leur toit en bâtière.

Bien qu'elles aient toutes disparues aujourd'hui, quatre mares sont dessinées sur le cadastre du début du XIXe siècle et sont citées dans la Notice descriptive et statistiques sur le département de l'Oise (1902) : l'une dans la rue Lefèvre, juste au nord de l'ancien puits ; une autre à l'intersection des rues du Puits-Revel et d'Ansauvillers ; une troisième en face de l'actuelle mairie ; une quatrième dans la rue Behaize, près du puits. Les murs de soutènement de cette dernière sont encore visibles.

 

               Les équipements communaux

L'analyse des documents de la série O des Archives départementales de l'Oise éclaire l'histoire des constructions et travaux relatifs à la mairie-école et au presbytère.

 

                              Le presbytère

L'ancien presbytère se trouvait en face de l'église au n°17. Comme l'indique la date "1788" inscrite au-dessus de la porte d'entrée du logis, il existait avant la Révolution. D'après les documents de la série O, il a connu peu de travaux excepté la réfection de sa charpente et de ses couvertures en 1819 et des reprises de maçonneries (remplacement de pierres, crépi) en 1856. Le curé n'y loge déjà plus après 1905 (Loi de séparation de l'Église et de l'État) car en 1907, un bail est établi en faveur d'Aurore Dauzet. En raison d'un logement qu'il juge "défectueux", il souhaite arrêter la location en 1916 et la commune propose alors le bail à Octave Langlet, instituteur retraité de Bonvillers et secrétaire de mairie.

 

                              La mairie-école

La commune prévoit la construction d'une école dans les années 1840. En attendant sa réalisation, la classe est tenue dans une grange réhabilitée appartenant à madame veuve Finot, à côté de la place publique, en face du château.

En 1849, l'architecte de l'arrondissement de Clermont, Honoré Désiré Bellanger, lève les plans et élévations de l'école projetée (ill.) qui doit également accueillir la mairie avec salle d'archives, le logement de l'instituteur et une remise de matériel à incendie. Le terrain sur lequel le bâtiment doit être construit est acheté par la commune à madame veuve Finot, et se situe en face de la place publique. Comme indiqué ci-dessus, l'école est alors installée dans la grange de cette propriété qui doit par conséquent être détruite.

Le bâtiment est élevé en briques d'Ansauvillers et couvert d'ardoises d'Angers. Ludovic Lesueur, marchand de bois à Clermont exécute les travaux qui ne seront achevés qu'en 1873 en raison des retards pris par la construction d'un bâtiment réalisé par un voisin qui a perturbé le plan initial. La commune a alors procédé à un échange de terrain afin de réaliser les travaux prévus.

La mairie est toujours installée dans ce bâtiment. Toutefois, elle occupe aujourd'hui l'ancien logement de l'instituteur, tandis que sur les plans elle se trouvait dans la partie droite, à côté de la remise des pompes. La porte percée dans le mur-pignon est l'entrée d'origine de la mairie.

 

                              La place publique

D'après le cadastre du début du XIXe siècle et les plans levés dans le cadre de la construction de la mairie-école, la place publique n'a pas été déplacée et s'est toujours trouvée à son emplacement actuel, à côté et derrière la mairie-école. Lors de la construction de cette dernière, il est prévu de la disposer "suivant la deuxième ligne d'arbres en prolongement de la rue du Puits, de manière à maintenir en entier le jeu de tamis". Ce terrain situé devant la mairie-école a aujourd'hui laissé la place à un boulodrome.

  • Typologies
    plateau

Documents d'archives

  • AD Oise. Série J ; sous-série 49 J : 49 Jp 11. Bonvillers. Inventaire des croix et calvaires. Archives de l'association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis, 2007.

    AD Oise
  • AD Oise. Série M ; sous-série 6 M : 6 Mp 103. Bonvillers. Recensements de population (1820 à 1936).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 28425. Dossiers communs à plusieurs bâtiments (1842-1922).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 28426. Bonvillers. Mairie-école (1847-1923).

    AD Oise
  • AD Oise. Série O ; sous-série 2 O : 2 O 28429. Bonvillers. Presbytère (1819-1916).

    AD Oise

Bibliographie

  • FOSSIER, Robert. La terre et les hommes en Picardie jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Paris : Béatrice-Nauwelaerts, 1968.

  • LAMBERT, Émile. Dictionnaire topographique du département de l'Oise. Amiens (Musée de Picardie) : Société de linguistique picarde, 1982 (tome 23).

  • Notice descriptive et statistique sur le département de l'Oise. Paris : Imprimerie du service géographique, 1902.

Périodiques

  • GRAVES, Louis. Précis statistique sur le canton de Breteuil, arrondissement de Clermont (Oise). Annuaire de l'Oise. Beauvais : Achille Desjardins, 1843.

Documents figurés

  • Bonvillers. Plan de la route des Flandres, extrait de l'Atlas de Trudaine, [entre 1745 et 1780] (AD Oise ; plan 1336/1).

    AD Oise
  • Bonvillers. Cadastre dit napoléonien, [premier tiers du XIXe siècle] (AD Oise ; EDT 335/1 G 2).

    AD Oise
  • Bonvillers. Cadastre rénové, 1934 (AD Oise ; 1964 W 22).

    AD Oise

Annexes

  • Les anciennes activités des habitants et habitantes de Bonvillers
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
Chamignon Lucile
Chamignon Lucile

Chercheuse de l'Inventaire général du Patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (depuis 2020).

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