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Demeure d'industriel, dite château de la Navette à Flixecourt

Dossier IA00076560 inclus dans La ville de Flixecourt réalisé en 1985

Fiche

Á rapprocher de

Genre d'industriel
Appellations château de la Navette
Parties constituantes non étudiées communs, conciergerie, jardin d'agrément, pavillon de jardin, mur de clôture, portail
Dénominations demeure
Aire d'étude et canton Grand Amiénois - Picquigny
Adresse Commune : Flixecourt
Adresse : rue Pierre-Legrand
Cadastre : 2013 AC 79 à 94

Jean-Baptiste Saint, qui dirige l'ensemble des usines Saint Frères de la Somme entre 1863 et 1880, habite avec sa famille la demeure dite Château rouge, qui appartenait à l'entreprise et servait de logement patronal. Il envisage toutefois de faire construire à Flixecourt une demeure plus conforme à son statut social, pour laquelle l'architecte amiénois Paul Delefortrie donne des projets en 1878, qui ne seront pas menés à bien.

Après la mort de l'industriel en 1880, sa veuve, née Stéphanie Zambaux, acquiert de vastes terrains en bordure de la route de L’Étoile. A partir de 1882, elle y fait construire une grande demeure de style éclectique, pour laquelle Delefortrie donne plusieurs projets, dont le plus ample sera le parti choisi, pour un coût de construction estimé à plus de 800 000 francs. Le gros œuvre est achevé en 1884, et la décoration intérieure, particulièrement raffinée, en 1886, date que porte la grille du portail d'entrée. L'identité des maîtres d'oeuvre de ce décor n'est pas connue, mais l'on peut peut-être avancer les noms du sculpteur Alexandre Hesse ou du menuisier Labbé, collaborateurs habituels de l'agence Delefortrie, qui ont notamment travaillé au château d'Havernas entre 1875 et 1882. Les verrières de certaines pièces (grande salle à manger, billard, salle de bains) sont signés du peintre-verrier Joseph Vantillard. Le parc paysager, quant à lui, est attribué par tradition orale au célèbre ingénieur et créateur de jardins parisien Jean-Charles Alphand.

Pierre Saint, le fils de Jean-Baptiste et Stéphanie Saint, qui dirige les usines de la Somme à la suite de son père, occupe le château de 1900 à sa mort, en 1943. Si en 1909, il évoque son souhait de redessiner le parc "afin que le château proprement dit n'écrase pas autant la propriété", il abandonne finalement cette idée de jardin à la Française, pour se concentrer sur l'extension du logis en 1910, et surtout sur l'agrandissement considérable du domaine, qui atteint une superficie de 1,70 ha en 1912, entièrement boisée.

La propriété appartient aujourd'hui à une branche collatérale de la famille.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Dates 1884, daté par travaux historiques, daté par source
1886, porte la date
1910, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Delefortrie Paul Jules Joseph, dit(e) Paul Delefortrie,
Paul Jules Joseph Delefortrie , dit(e) Paul Delefortrie (1843 - 1910)

Architecte. Né à Tourcoing, élève de Victor Delefortrie (1810-1889), son père avec lequel il travaille de nombreuses années, et de l'architecte lillois Vandenbergh. Domicilié à Amiens, 8 place de Longueville (recensement de 1881).


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architecte, attribution par source
Personnalité : Saint Jean-Baptiste, attribution par source
Personnalité : Saint Stéphanie, commanditaire, attribution par source
Personnalité : Saint Pierre,
Pierre Saint (1868 - 1943)

Directeur de la fabrication des usines Saint Frères, demeurant au château de la Navette de Flixecourt, à partir de 1900.


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propriétaire, attribution par source, attribution par travaux historiques
Auteur : Vantillard Joseph, peintre-verrier, signature
Auteur : Alphand Jean-Charles, ingénieur, paysagiste, (?), attribution par tradition orale

La demeure occupe un site en forte déclivité bordant au nord la route de L'Étoile, à la sortie ouest du bourg de Flixecourt. Un long mur de clôture en brique avec pilastres, surmonté d'une balustrade de pierre, borde la route. Il est seulement interrompu par deux bahuts surmontés d'une grille, placés entre deux imposants montants de pierre, qui encadrent la demi-lune formée également d'une grille. Au fond de la demi-lune prend place le portail monumenal en fer forgé, dont les dormants latéraux sont surmontés de luminaires, et le couronnement formé d'un médaillon stylisé aux initiales S et Z (Saint et Zambaux) surmontant la date de 1886.

Établi au sommet de l'éminence, le logis monumental domine l'ensemble au fond de la perspective ménagée depuis le portail. Il est construit en brique et pierre avec sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, étage carré et comble à surcroît, et couvert de toits d'ardoise avec crêtes et épis de faîtage en métal. La façade principale, précédée d'une terrasse avec large degré et balustrade, est ordonnancée et symétrique. La travée centrale, en léger avant-corps, est très marquée par le jeu de la pierre sur la brique : des pilastres jumelés et cannelés à bossage un sur deux soulignent la composition, comme les chaînes des encadrements de baies ; au large balcon de pierre sur console du premier étage répond le petit balcon concave de l'étage en surcroît où la lucarne, encadrée de bossages et de pilastres semblables aux précédents, est amortie par un fronton courbe brisé et surmontée d'un fronton cintré avec pinacle. Le reste de l'élévation avec trois travées de part et d'autre, est traité plus sobrement avec chaînes harpées, bandeaux, baies à mascaron (rez-de-chaussée) et frontons triangulaires, que l'on retrouve de façon similaire sur les deux pavillons latéraux en avant-corps, à deux travées avec lucarne monumentale. L'avant-corps central ainsi que les deux pavillons sont couverts d'un toit en pavillon. Une élévation comparable se retrouve sur la façade postérieure, mais le léger avant-corps central est remplacé par un avant-corps polygonal à trois pans et à trois niveaux, couvert d'une flèche polygonale, et une tourelle également à trois niveaux, couverte d'une flèche conique, se substitue au pavillon latéral ouest. Le logis se prolonge à l'ouest par une petite aile en rez-de-chaussée plus étroite que le corps de logis, élévé en brique avec bossages de pierre et couvert en terrasse avec balustrade de pierre. Une petite tourelle en pierre sur soubassement de pierre, également couverte en terrasse avec balustrade et largement éclairée par trois baies en plein cintre, assure l'amortissement entre cette aile et le pavillon ouest.

L'escalier monumental en pierre se déploie dans la partie ouest du vestibule. Une volée droite centrale mène à un repos, d'où partent les deux montées parallèles de la volée en retour. La rampe est formée d'une balustrade, qui compose un surplomb concave sur console entre les deux montées et se poursuit entre les arcades du couloir qui borde l'escalier au nord pour desservir les pièces du premier étage.

Murs brique
pierre
Toit ardoise
Étages sous-sol, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
Couvrements
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures terrasse toit à longs pans croupe
pignon couvert
toit en pavillon
flèche conique
flèche polygonale
Escaliers escalier intérieur, escalier symétrique
escalier tournant à retours avec jour, cage ouverte, sur voûte, suspendu
escalier intérieur, escalier en vis avec jour, en charpente
Jardins bois de jardin, massif d'arbres, clairière ornementale, pelouse
États conservations mauvais état
Techniques ferronnerie
menuiserie
peinture
sculpture
vitrail

Importante et riche demeure dans le style éclectique de la fin du 19e siècle, construite par la veuve d'un des frères Saint pour affirmer son appartenance à la famille d'industriels. C'est une des réalisations les plus importantes et les plus abouties de Paul Delefortrie, qui en reprendra le parti, de façon plus modeste, en 1885 au château de la Chapelle-sous-Poix.

Parmi les nombreux éléments d'aménagement et de décor, l'escalier monumental en pierre "à l'impériale" forme l'élément central de la distribution. Il se situe dans la tradition de l'escalier conçu en 1780 par Victor Louis pour le Grand Théâtre de Bordeaux, puis repris par Charles Garnier en 1861 à l'Opéra de Paris.

Dans le Val de Nièvre, les Delefortrie réalisent également le Château rouge à Flixecourt, le château d'Havernas et plusieurs églises (Havernas, Beauval et probablement Vauchelles-lès-Domart).

Ce dossier de repérage du patrimoine industriel établi en 1986 a été mis à jour et enrichi en 2008 dans le cadre de l'inventaire topographique du Val-de-Nièvre.

Statut de la propriété propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables escalier
Protections inscrit MH, 1980/04/28
Précisions sur la protection

Façade et toiture du château ; grille d'honneur ; grand escalier de pierre à balustres avec son plafond peint ; pièces suivantes avec leur décor : hall d'entrée, grand et petit salons, grande et petite salle à manger, salle de billard, chambre, bureau, cuisine au rez-de-chaussée ; salle de bains, chambre de Missié, chambre d'angle, salle de bains adjacente au premier étage ; façade et toiture des écuries (avec leur mur à balustres) et du château d'eau ; mur de soutènement à balustres clôturant le parc le long de la R.D. 12 (parcelles AC 45-47, 49) : inscrit par arrêté du 28 avril 1980.

Références documentaires

Documents figurés
  • Flixecourt - Le château vu de derrière, carte postale, collection Paul Lecut, [vers 1905] (coll. part.).

Bibliographie
  • FOURNIER, Bertrand. Van Robais et Saint Frères, l'héritage de deux dynasties industrielles de la Somme. VMF n°234. Septembre 2010 : La Somme.

    p. 42-49
  • LEFEBVRE, François. Une famille d'industriels dans le département de la Somme de 1857 à la veille de la Seconde Guerre mondiale : Les Saint. Approche d'une mentalité patronale. Lille : Atelier National de Reproduction des Thèses, 2000. Th. doct : Histoire : Amiens université de Picardie Jules Verne : 1998.

    p. 297
  • SARTRE, Josiane. Châteaux brique et pierre en France. Paris : Nouvelles Editions Latines, 1981.

    p. 179-181 et fig. 194-196
  • SARTRE, Josiane. Châteaux "brique et pierre" en Picardie. Paris : Nouvelles Editions Latines, 1973.

    p. 63
  • SEYDOUX, Philippe. Gentilhommières en Picardie. Amiénois et Santerre. Editions de la Morande, 2003.

    p. 74-76, 292-293.
  • PICARDIE. Inventaire général du patrimoine culturel. Le Val de Nièvre, un territoire à l'épreuve de l'industrie. Réd. Frédéric Fournis, Bertrand Fournier, et al. ; photogr. Marie-Laure Monnehay-Vulliet, Thierry Lefébure. Lyon : Lieux Dits, 2013. (Images du patrimoine ; 278).

    p. 85-87
  • WISCART, Jean-Marie. Les patrons du Second Empire. Picardie. Picard et Cénomane, 2007.

    p. 141-143
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