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Le hameau de Hurt (Cayeux-sur-Mer)

Dossier IA80007308 réalisé en 2004

Fiche

Parties constituantes non étudiées halte de voyageurs
Dénominations écart
Aire d'étude et canton Trois Vallées - Saint-Valery-sur-Somme
Adresse Commune : Cayeux-sur-Mer
Lieu-dit : Hurt

Selon Dimpré, Hurt proviendrait de l'ancien mot « hurt » (heurt, échouage) désignant le choc produit par la mer se précipitant rudement sur le banc de sable et de roche (actuels bas-champs de Lanchères). Une seconde traduction tend à faire croire que le mot, d'origine germanique, évoquerait plutôt une habitation.

Le hameau apparaît pour la première fois dans l´histoire en 1208 puisque Hurt fut donné par le compte de Ponthieu à Hue Dolehaim, chevalier, et à ses hoirs. Belleval le mentionne en ces termes : « La seigneurie tenue de Cayeux, consiste en un chef-lieu de 7 journaux, 59 journaux de terre, 37 livres 13 sols 11 deniers de censives. Hurt eut pour seigneur au 13e siècle Eustache de Hurt ». En 1613, Adrien le Roy, écuyer et seigneur de Bardes, était aussi seigneur de Hurt ; ses descendants possédèrent ses terres jusqu´en 1740. En 1693, le hameau comptait un autre seigneur, Louis le Bos, demeurant à Amiens. Pierre-Antoine-François d´Incourt, chevalier, était seigneur de Hurt au 18e siècle. Il vendit sa seigneurie le 28 octobre 1780 à Benjamin François Lambert, capitaine de navire, qui en fut le seigneur jusqu´en 1789.

D´après un habitant, il ne subsiste que deux piliers du château d´Hurt. Belleval indique que « la maison seigneuriale se composait d´une cuisine et de deux chambres, il y avait aussi plusieurs étables, une grande grange et un beau pigeonnier ». Nous ignorons l´emplacement de cette construction.

D´après les recensements de population, le nombre des habitants n´a cessé de diminuer entre 1851 et 1926, passant de 129 à 73, contrairement au nombre des maisons qui stagnait depuis 1802 (environ 30).

Florentin Lefils indique que le hameau était situé dans un secteur où existaient autrefois des salines importantes. Une briqueterie était également implantée à l´entrée de Cayeux, au lieu-dit le « Mont Rôti ».

L'activité essentielle était vouée à la culture. Les femmes s´occupaient de l´exploitation et les hommes, employés au montage des usines du Vimeu, travaillaient la serrurerie : l´atelier était, comme à Wathiéhurt, généralement situé dans une ancienne étable (le volet se soulevait alors verticalement pour laisser apparaître la vitrine) ou dans la salle commune. Il existait un seul café. Le hameau était dépourvu de forge.

L´observation du cadastre napoléonien permet une description du hameau en 1831. Peu étendu, il se composait de deux rues : la rue principale reliant Saint-Valery à Cayeux (donc d´importance commerciale à noter) et le chemin menant à Brutelles au sud de la première. Les fermes (puisque le bâti était exclusivement consacré aux activités agricoles), non mitoyennes, étaient distribuées le long de ses deux routes, de manière très aérées. La ferme située au 1218 rue de Cayeux-sur-Mer-à-Saint-Valery (au sud de la route), aujourd'hui isolée, faisait partie en 1831 d´un ensemble de trois exploitations. Le hameau a donc subi quelques destructions dont nous ignorons la cause (probablement abandon par exode). Les parcelles étaient laniérées. On comptait alors quatre fermes à cour fermée, cinq au plan en U, huit au plan en L et cinq logis uniques.

Période(s) Principale : Moyen Age , (?)

Situé sur la route de Cayeux à Sallenelle, au nord des marais de Poutrincourt, Hurt s´est implanté sur une butte de galets d´un faible relief, tout comme Wathiéhurt, issu de l´ancien cordon littoral qui jalonne le chemin menant de Saint-Valery à Cayeux.

Le territoire comporte une sole de culture sur le plateau et une partie de bas-champs (convertis en pâtures), constitués le plus souvent de marais communaux qui ont subsisté jusqu´à nos jours. Dans ces derniers, le parcellaire dispose de contours anarchiques façonnés par les canaux de drainage. Son maillage, en majorité de petites dimensions, est soutenu par d´épais cordons végétaux. Il est donc à noter l´importante présence de l´eau qui longe le chemin rural. Les propriétés sont accessibles en traversant les canaux d´écoulement.

D´après le POS, la zone agricole correspond à la partie la plus éloignée de la mer. Elle se compose de prairies naturelles, principalement destinées à l´élevage de bovins, et de champs. Les pâtures s´étendent sur des terrains peu propices à la culture du fait de leur humidité ; au contraire, les cultures se développent sur des sols de meilleure qualité drainés par de nombreux fossés. Les terrains situés au pied de la falaise morte présentent une plus grande humidité du fait de leur position plus basse que les bas-champs.

Les maisons sont réparties le long de deux voies de circulation, formant un Y : la route de Saint-Valery à Cayeux et le chemin rural de Hurt à Brutelles, toutes deux bordées de fossés d´écoulement. Les habitations sont séparées les unes des autres par des pâtures. Les fermes s´étirent le plus souvent le long de la rue et sont rarement situées en retrait de l´espace public (ce qui est le cas pour le bâti récent, qui se situe en milieu de parcelle, large, le long du chemin rural). Il ne subsiste aujourd'hui qu´une seule ferme en activité. La comparaison des cadastres napoléonien et actuel indique que peu d'exploitations ont conservé leur emplacement d'origine. Celles apparaissant sur le plan de 1831 ont soit été détruites soit été reconstruites sur de nouvelles fondations.

Malgré une forte présence de constructions récentes, le patrimoine ancien est relativement bien présenté, même si les quelques exemples subsistant sont menacés. En effet, un mitage important est observable ainsi qu´une utilisation abusive du parpaing.

L´un des matériaux prépondérant semble avoir été le galet (extraction non loin de là). Le bois local utilisé pour les ossatures est l´orme. Les lattes sont en saule (les branches sont fendues). La brique et l´ardoise sont couramment utilisées tandis que les constructions en paillis et torchis ont pratiquement disparu. D´après l´ouvrage « Chroniques d´Antan », sur le hameau de Hurt, il ne reste qu´une croix en fer à 100 mètres de l´entrée de la rue du Voyeul, sur la droite, sur le talus qui borde le fossé : cette croix, probablement plantée au début du siècle, se trouvait au milieu de la pâture.

Il existait également un socle de croix sur le chemin rural dit de la « Chaussette du Pont ». La croix avait été enlevée lors de l´aménagement de l´entrée de ce chemin.

De Hurt, on peut se rendre au hameau du Marais en passant par le calvaire dit « croix de Hurt » : déjà en 1958, le curé signalait son mauvais état.

Annexes

  • Formation du paysage d'Hurt

    Formation du paysage d'Hurt

    Au 15e siècle, la plus grande partie des bas champs était encore inculte, livrée au pâturage des moutons et à l´exploitation de quelques marais salants. D´après Dimpré, à l´origine, « les bas-champs de Lanchères n´existaient pas : la mer se précipitait alors sur des bancs de sable ou de roches produisant un choc ou heurt, dont la désignation paraît conservée dans les noms de Hurt et Wathiéhurt. La Somme à marée basse et la mer dans son plein, attaquant la côte dans le sens de la longueur, la firent disparaître assez rapidement, dès qu´elle fut entamée.

    Déjà, sous la domination romaine, des atterrissements nombreux convertirent les profondeurs de l´estuaire de la Somme en bancs de sable et en marais. La branche principale de la Somme, qui contournait la butte de Leuconaus (Cayeux) et se dirigeait le long de la côte de Lanchères jusqu´à la falaise d´Ault, cédait peu à peu sous la pression du heurt. Le chenal, en prenant la direction de l´ouest, abandonnait l´alluvion toutes les terres qui formèrent depuis les territoires de Cayeux et Lanchères. Le territoire de Cayeux s´accrut considérablement des alluvions que le remous des courants déposait à l´abri de la pointe de Hourdel ». Afin d´illustrer cette phrase, nous présentons une carte conservée aux Archives Départementales datant 1744. Selon Dom Grenier, « les habitants établirent sur ces terrains plusieurs censes ou bergeries, dont les plus anciennes sont celles de Cap Hornu, de la Mal-Assise, de Hourdel, de Hurt et de Wathiéhurt, de l´Anviette ». Il semble que l´occupation du sol date du 18e siècle.

    D´après Demangeon, « à l´ouest, la digue naturelle de galets pliait quelque fois. A la fin du 18e siècle, de vieux marins attestaient que Cayeux avait dû reculer devant les flots ; il existait dans cette digue une brèche qui permettait aux marées d´inonder un large bassin appelé le Hâble d´Ault. Des deux côtés, on a fait face à la mer pour la refouler. La base des opérations fut le terrain solide où s´établirent les agglomérations humaines : Wathiéhurt, Hurt et Cayeux ».

    En effet, toujours selon Dimpré, en 1745, « le hâble d´Ault était encore ouvert à la navigation et servait aux pêcheurs de Cayeux qui y retiraient leur bateau à l´abri des coups de la mer. Le comte de Rouhault, seigneur de Cayeux, pour recouvrer une centaine de journaux de terre que la mer inondait, obtint un arrêt du Conseil d´Etat pour faire boucher cette crique ». Les travaux furent entrepris en 1751, aux dépens de la généralité de Picardie.

    « La digue que l´on construisit à cet effet porte encore le nom de Grand Barrement. Les bateaux qui se retiraient ordinairement au hâble, furent obligés d´aller chercher un abri plus au loin dans une crique formée par la mer au sud de la pointe du Hourdel. Cette pointe, par son prolongement successif vers le nord, avait déterminé la formation des territoires de Hurt, Wathiéhurt et de Sallenelle ».

  • Le chemin de fer sur le territoire de Hurt

    Le chemin de fer sur le territoire de Hurt

    Selon Lucien Cahon, le réseau des « bains de mer » comportait deux lignes de chemin de fer, dont celle de Noyelles au Crotoy de 12.332 km. « La loi du 17 janvier 1885 avait déclaré d´utilité publique l´établissement d´un réseau de chemin de fer d´intérêt local à voie d´un mètre de large, et avait autorisé le département à établir ce réseau à la suite d´une convention passé le 16 juillet 1884 avec la société générale des Chemin de fer économiques »

    L´exploitation de la ligne fut ouverte le 6 septembre 1887. Elle nécessita la construction de la gare de Hurt.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série M ; 2MI_LN 210. Recensement de population de la commune de Cayeux (1836-1936).

Documents figurés
  • Carte du territoire en 1744, encre et lavis sur papier, 1744 (AD Somme : 1 Fi 376).

  • Cayeux-sur-Mer. Plan cadastral, 1831 (AD Somme ; 3 P 1312).

Bibliographie
  • Atelier d´architecture et d´urbanisme François Seigneur. POS de Cayeux-sur-Mer. 1999.

    p. 34, 40, 51, 52, 60
  • Les bas-champs picards : enjeux entre terre et mer. Amiens, compte-rendu de colloque, 22 octobre 2004.

  • BELLEVAL, René De. Les fiefs et les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu. Brionne, Gérard Monfort, 1975.

    p. 186
  • CAHON, Lucien. Histoire du tortillard. Société d´archéologie et d´histoire de Saint-Valery-sur-Somme. 1977, n°8.

    p. 3-13
  • CAUE. Chroniques d´Antan, Cayeux toujours. Amiens : CAUE de la Somme, [s.d].

    p. 42, 43
  • DEMANGEON, Albert. La Picardie et les régions voisines. Artois, Cambrésis, Beauvaisis. Paris, Guénégaud, 1905.

    p. 184
  • DIMPRE, Rémi. Histoire de quelques pays du Vimeu. Saint-Valery-sur-Somme : Imprimerie E. Lefebvre, 1900.

    p. 4, 6, 9, 42, 43, 60, 61
  • GARNIER, J. Dictionnaire topographique du département de la Somme. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, 3e série. Paris, Amiens, t. I, 1867.

    p. 496
  • LEFILS, Florentin. Géographie historique et populaire des communes de l´arrondissement d´Abbeville. Marseille, Laffitte Reprints, 1981. Réimpression de l'édition originale publiée à Abbeville, J. Gamain, 1868.

    p. 399
  • PRAROND, Ernest. Le cartulaire du Comté de Ponthieu. Mémoires de la Société d'Emulation d'Abbeville, 1897, tome II.

    p. 50
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