Dossier d’œuvre architecture IA00076549 | Réalisé par
Dufournier Benoît (Enquêteur)
Dufournier Benoît

Chercheur au service régional de l'Inventaire de 1985 à 1992, en charge du recensement du patrimoine industriel.

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Fournier Bertrand (Rédacteur)
Fournier Bertrand

Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France

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  • patrimoine industriel, Somme
  • inventaire topographique, Val-de-Nièvre
Filature de jute Saint Frères, puis Boussac Saint Frères à Saint-Ouen, devenue corderie, puis usine de fibres artificielles et synthétiques Peaudouce, puis Trioplanex
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Grand Amiénois - Domart-en-Ponthieu
  • Commune Saint-Ouen
  • Adresse 80 rue de la République
  • Cadastre 1832 A2 459-460  ; 1832 A3 469 à 472
  • Dénominations
    filature, corderie, usine de fibres artificielles et synthétiques
  • Précision dénomination
    filature de jute
  • Appellations
    Saint Frères, Boussac Saint Frères, Peaudouce, Trioplanex
  • Dossier dont ce dossier est partie constituante

Des débuts industriels du site à la filature de laine

Au 18e siècle, le site est occupé par le château de Saint-Ouen, dont les murs et les tours sont encore clairement délimitées, et dans le voisinage duquel deux moulins à blé se font face sur les deux rives de la Nièvre, en bordure de l'ancienne chaussée Brunehaut. Le plan de répartition par masses de culture, levé en 1804, indique toujours la présence de deux moulins, mais l'ancien château a manifestement laissé la place à un ensemble de bâtiments organisés autour d'une cour rectangulaire. Dans les années 1830, les deux moulins, d'origine seigneuriale, sont occupés par un moulin à farine, ainsi que par une filature et peignage hydraulique de laine. En 1845, le site est acquis par Cyr Prudent Crignon, pour la somme de 33000 francs. Il transforme le site pour y développer une industrie textile plus importante. La maison et les moulins existants sont démolis en 1847 et laissent place à un nouveau moulin et une maison (459) ainsi qu'à une filature (460) et trois logements (470). Ces éléments sont confirmés et précisés lors de l'achat du site par la société Saint Frères, le 15 février 1864 (acte notarié de Me Toupart et Vasselle). L'ensemble se compose alors de trois corps de bâtiments : le principal, à trois niveaux, donnait sur la rue et abritait le peignage et la filature de laine. Ces ateliers étaient mus par deux roues hydrauliques, complétés par une machine à vapeur de 12 cv. Il était complété d'un atelier de lavage mécanique des laines, construit en 1861, sur une dérivation de La Rigole. Si la vocation textile devient majeure, il subsiste également un petit moulin à blé, ainsi qu'une forge. Perpendiculairement à la grande filature, l'industriel avait fait construire neufs logements contigus, pour lui, pour l'un son contremaître et sept ouvriers.

De la filature à la corderie Saint Frères

En 1863, face à ce site industriel textile, sur une parcelle (A 140) qui sera occupée par la suite par la cité ouvrière Saint-André, Saint Frères installe une petite unité de traitement du lin. Cette écoucherie, dans laquelle le lin est transformé en filasse, constitue le point de départ de l'extension de Saint Frères à Saint-Ouen.

Après le rachat de la filature Crignon, Saint Frères fait démolir les bâtiments existants, pourtant construits moins de quinze ans avant, pour y développer un nouvel ensemble industriel à l'implantation plus fonctionnelle. L'entreprise rachète également les terrains attenants en avril 1864 appartenant à Clémetine Wasse. Jean-Baptiste Saint, qui dirige les usines du groupe, fait d'abord construire une filature de jute destinée à alimenter le tissage de Flixecourt. Bien qu'elle soit proche de la rivière de Nièvre, la filature fonctionne grâce à une machine à vapeur. La cheminée attenante, qui existe toujours, porte d'ailleurs à sa base la date de 1865. Jean-Baptiste Saint fait également construire un magasin (parcelle 470) et un gazomètre (parcelles 152 et 157) mis en fonctionnement en 1866. Mais c'est surtout à partir de 1874 que l'usine va connaître un développement important. La filature est agrandie vers l'est et gagne les terrains de l'ancien château de Saint-Ouen. Une nouvelle écoucherie (parcelle 462) est construite ainsi que des magasins (parcelle 468) destinés à entreposer la production avant son expédition par voie ferrée, qui dessert l'usine depuis 1870. L'ensemble de ces travaux est attribué à Abel Caron, ingénieur des arts et métiers, attaché à l'entreprise et chargé de la plupart des constructions neuves.

Il est également en charge de la seconde phase de développement du site qui est amorcée en 1879 avec la création de la corderie. Cette nouvelle unité de production nécessite d'immenses ateliers à sheds qui abritent la ficellerie, l'atelier de pelotage et de savonnerie, nécessaire à l'apprêt des ficelles.

Après la Seconde Guerre mondiale, une des cheminées de l'usine, construite en 1910 et sans usage depuis 1925, est démontée en 1946. Une seconde cheminée, haute de 45 m de haut est également démontée en avril 1956.

En 1968, l'activité principale de Saint Frères est cédée à Filariane. En 1991, l'usine ne compte plus que 171 salariés. Elle ferme définitivement en 1994. Le site est partiellement repris en 1995 par Trioplanex, spécialisé dans la fabrication de plaques, feuilles, tubes et profilés en matières plastiques et en cellophane. Une autre partie des bâtiments est occupée par la société de travaux publics Revet. L'ancien bâtiment administratif, qui marquait l'entrée de la rue à été converti en cabinet médical. Une grande partie des ateliers est cependant détruite.

Équipement technique et production

En 1867, l'usine déclare utiliser deux chaudières Veillet & Lescure, constructeurs à Amiens. L'équipement technique et les machines employées commencent à être connus à partir de 1880. Il est alors question d'une dizaine de machines qui produisent 5 tonnes de ficelle par jour et de toronneuses capables de fabriquer des cordages relativement fins en lin, chanvre ou jute jusqu'aux câbles métalliques avec âme en chanvre. 42 cylindres de machines à parer, construits par Fairbain, Kennedy et Nador de Leeds (Angleterre). Une force motrice de plus de 1000 cv assurée par des machines Corliss, fabriquées par Legavrian, constructeur mécanicien à Lille, est nécessaire au fonctionnement des ateliers, ainsi que par des dynamos Siemens, qui permettent l'éclairage des ateliers.

Approche sociale et évolution des effectifs

Au moment de sa fondation en 1865, la filature emploie 320 ouvrières ainsi qu'une trentaine de tisseurs. En 1868, l'effectif est quelque peu réduit et ne compte plus que 236 salariés (-84). Si en 1874, l'usine emploie à nouveau plus de 360 personnes, la création de la corderie en 1879 permet pratiquement de doubler les effectifs de l'usine. En 1880, elle compte 600 personnes, dont 120 dédiés à la corderie. En 1888, l'usine de Saint-Ouen s'affirme comme la plus importante du groupe avec 1067 salariés (834 employés à la filature et 233 employés à la corderie). En 1904, lors des grandes grèves qui touchent l'industrie textile, l'usine est épargnée. En 1909, la contestation liée aux salaires en vigueur provoque la grève de 150 ouvriers entre le 30 avril et le 5 mai. Si la contestation a été contenue le plus souvent, l'usine de Saint-Ouen est considérée comme l'une des plus difficiles à gérer. Elle rassemble la plupart des contestataires, proches du groupe socialiste de Saint-Léger-lès-Domart, et des anarchistes. En 1913, l'usine compte 1631 ouvriers. En 1930, au moment des grèves de l'été, contre l'application de la loi relative aux assurances sociales qui prévoit une contribution ouvrière égale à la contribution patronale, l'effectif de l'usine est de 1702 salariés. Après cette période, les effectifs ne vont cesser de diminuer pour atteindre 171 salariés en 1991.

  • Période(s)
    • Principale : 2e quart 19e siècle , (détruit)
    • Principale : 3e quart 19e siècle, 4e quart 19e siècle
  • Dates
    • 1847, daté par source
    • 1865, porte la date
    • 1874, daté par source
    • 1881, daté par source
  • Auteur(s)
    • Auteur :
      Caron Abel
      Caron Abel

      Ingénieur des Arts et Métiers de Châlons, promotion 1874-1877.

      Chef du service constructions Saint Frères de 1878 à 1912. (Sources : Lefebvre. Saint Frères. Un siècle de textile en Picardie, p. 143)

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      ingénieur de l'entreprise, architecte attribution par source

Le site industriel s'étend au nord du village de Saint-Ouen, et se développe selon un axe est-ouest. En raison de l'unité de cordage qui nécessitait de très longs ateliers, qui atteignaient plus de 300 m de long, le site possède une superficie très étendue. De la chaussée Brunehaut, il gagne les confins de la commune, à l'est, vers Berteaucourt-les-Dames et Saint-Léger-les-Domart. Ce site est enfin traversé par la rivière de Nièvre ainsi que par la ligne de chemin de fer qui mettait l'usine en relation avec les unités de production de Flixecourt et d'Harondel. Elle possède deux entrées principales : La première, à l'ouest, sur l'ancienne chaussée Brunehaut, permettait aux ouvriers de la cité Saint-Jules et Saint-André de rejoindre rapidement l'usine. De même, la seconde entrée située du côté nord vers la rue du Général de Gaulle, permettait aux ouvriers des cités Saint-Charles et Saint-Pierre de se rentre également rapidement à leur poste de travail. Enfin, une troisième entrée, moins officielle, avait été aménagée au sud pour les ouvriers de la cité Saint-Hubert ainsi que, dans une certaine mesure, pour ceux de la cité Saint-Jacques. A l'intérieur du site, une part importante des bâtiments et des ateliers a été détruite. Du côté ouest, il subsiste néanmoins l'ancien bâtiment d'infirmerie, implanté perpendiculairement et construit en brique, à un étage carré et couverts d'un toit en ardoises à longs pans et croupes. L'ancienne chaufferie et les ateliers qui existaient de ce côté ont été détruits. Il reste cependant une partie de la cheminée qui porte la date de 1865 sur son soubassement. Son fut, qui avoisinait les cinquante mètres de hauteur, a été tronqué et couronné d'un réservoir d'eau. Au nord, les pavillons d'entrée servant de conciergerie sont également conservés ainsi que le bâtiment administratifs. En revanche, tous les entrepôts et une grande partie de la filature n'existe plus. Le bâtiment des batteries, construit en brique, et présentant une intéressante façade de sept travées clairement délimitées par le rythme des pilastres et des longues ouvertures en plein cintre, est l'un des bâtiments les plus soignés. Il est comprend un étage de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé. Plus à l'est, quelques ateliers en sheds et structure métallique sont partiellement conservés, ainsi que quelques hauts bâtiments en briques, à longs pans et pignons couverts. Au sud, la grande centrale thermique a été détruite. La haute cheminée à réservoir d'eau en béton qui lui était attenante, est désormais isolée.

  • Murs
    • brique
  • Toits
    ardoise, tuile mécanique, verre en couverture
  • Couvertures
    • toit à longs pans croupe
    • shed
    • toit bombé
  • Statut de la propriété
    propriété privée
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler

Ce dossier de repérage du patrimoine industriel établi en 1988 a été mis à jour et enrichi en 2013 dans le cadre de l'inventaire topographique du Val-de-Nièvre.