Dossier d’œuvre architecture IA80011211 | Réalisé par
Montauban Suzelle (Rédacteur)
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline (Rédacteur)
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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  • inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
Le village de Vron
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
  • (c) Baie de Somme - Trois Vallées

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
  • Commune Vron
  • Lieu-dit Hallots, Callenges
  • Dénominations
    village

Le village de Vron avec l'ensemble de ses hameaux se situe sur le plateau du Ponthieu, entre la vallée de la Maye et celle de l'Authie. Le village est connu pour sa production de faïence entre 1798 et 1840. Même si la manufacture a fermé ses portes, l'industrie a continué de se développer à Vron avec l'implantation d'une sucrerie à la fin du XIXe siècle (aujourd'hui fermée), puis l'installation d'une usine agro-alimentaire de la marque Pasquier dans les années 1990. Ces entreprises, qui se sont succédées du début du XIXe siècle à nos jours, ont contribué à dynamiser la commune.

Même si le patrimoine du village se compose principalement de fermes petites à moyennes, parfois construites en pan de bois et torchis, quelques grandes exploitations agricoles se démarquent encore du reste des constructions, généralement isolées sur le plateau ou dans la vallée du Pendé. Deux d'entre elles se sont spécialisées dans la culture de fruits (pomme, poire...). Leur production, parfois transformée sur place (Domaine de Moismont), fournie également l'usine Pasquier.

Sites et découvertes archéologiques

Une nécropole mérovingienne est découverte à Vron en 1765, attestant que son territoire est occupé dès la fin du IVe siècle. Le site, situé dans le Fond de Pendé, a été fouillé à plusieurs reprises entre 1820 et 1984 et malgré les nombreuses dégradations (labourage profond, carrière de craie…), ce sont les fouilles les plus récentes menées entre 1969 et 1984 par Daniel Piton et Claude Seillier qui ont permis d’en dévoiler l’intérêt.

Ainsi, 352 tombes ont été fouillées (Ben Redjeb, 2012), datant des années 370-375 jusqu’à la fin du VIIe siècle (Seillier, 1985). Ces recherches ont permis d’en apprendre davantage sur les individus qui vivaient à Vron à l’époque mérovingienne. Dès la fin du IVe siècle, les premières influences germaniques sont visibles grâce aux artefacts retrouvés dans les tombes (armes, ceinturons, fibules…). Les décors de ces éléments sont caractéristiques des sépultures germaniques de Gaule du Nord, et Claude Sellier l'explique ainsi : "la région située au nord de la Somme a été très tôt contrôlée par les Francs, probablement avant 450. La communauté installée à Vron a donc évolué au contact du monde germanique". Vers la fin du Ve siècle, certains éléments de mobilier funéraire, dont des fibules ou de la céramique non tournée, présentes des caractéristiques anglo-saxonnes. Cette influence est moins importante et résulte probablement d’échanges commerciaux.

Une autre nécropole, située à Nouvion-en-Ponthieu, présente les mêmes caractéristiques, témoignant aussi de la présence de communautés germaniques dans le Bas-Empire à partir du IVe siècle : ce peuple a été intégrée par les autorités romaines afin de défendre les frontières de l’Empire (Le musée itinérant et Historic-one, 2012).

À Vron, des traces d’enclos ou de substructions ont été repérées dans différents lieux-dits (Au Moulin d'Avesnes, au Bois d'Avesnes, au Bois de l'Hayette, au lieu-dit Les Communes, aux terres d'Hémencourt...) par Roger Agache lors de ses prospections aériennes dans les années 1960 et 1970, mais l’absence de fouilles ne permet pas d’en connaître l’origine.

 

Origines de Vron et de ses hameaux

La première mention du village de Vron date de 1100, sous le nom de Virrum (Garnier, 1867-1878). Le toponyme évolue ensuite vers Vron (1160), ou Verron (1218). Sur la carte de Cassini, dressée en 1757, le village est encore appelé Veron. 

Avesnes, ancienne seigneurie, aujourd’hui rattachée à Vron, est mentionné pour la première fois sous le nom d’Avinis en 844. D’après Ernest Nègre, ce nom viendrait du latin avenesna qui veut dire "terre propice à l’avoine" (Nègre, 1990). La dénomination Avesnes est citée en 1211 (Garnier, 1867-1878).

Sur le territoire communal, le lieu-dit de Balance existait déjà à la période médiévale. Le site est mentionné dans les années 1140, lorsque les moines cisterciens quittent Bonance (IA80007329) pour s’installer quelques années dans le hameau de Balance, avant de s’implanter définitivement à Valloires (IA80011229). Même si l'abbaye s'est déplacée, les moines conservent les terres de Balance qui accueillent alors une ferme abbatiale (IA80011215).

Les hameaux de Callenges et des Hallots sont cités pour la première fois sur la carte de Cassini de 1757.

Enfin, plusieurs grandes fermes isolées structurent le village :  Bodoage, Hémencourt, Moismont (IA80011216), Pendé (IA80011218) et le Franc-Picard (IA80011217) - sauf pour cette dernière qui n’est construite qu’au milieu du XIXe siècle, les autres sont déjà mentionnées sur la carte de Cassini, et sont parfois d'anciens fiefs.

 

Les seigneuries 

Vron-en-Ponthieu et Vron-en-Franchise

Vron est divisé en deux seigneuries : Vron-en-Ponthieu et Vron-en-Franchise. Toutes deux sont, d’après de Belleval, séparées par l’actuelle route nationale (de Belleval, 1870).

La première est "tenue en trois fiefs du roi, de Ponches et de Nouvion" et "consistait en une maison seigneuriale avec un enclos de 19 journaux, 135 journaux de terres labourables, 220 de bois, et 70 livres de censives". Le premier seigneur connu est Henri de Hémencourt en 1316, également seigneur du fief du même nom (Rodière, 1935-1939). Les terres passent dès 1336 à Colart d’Arrest, puis à Jean d’Avesnes en 1378. Au début du XVIe siècle, la seigneurie devient la propriété de la famille Groul. À la mort de Jean Groul en 1560, sa sœur Nicole (ou Marie ?), mariée à Flour de Fertin (ou Fretin), hérite des terres de Vron, même si Flour se qualifie "seigneur de Fretin et de Vron" dès 1534 (Rodière, 1935-1939). En 1634, le domaine revient à Isabeau (ou Elisabeth ?) de Fertin, épouse de César de Bacouël, puis André de Saint-Blimont en secondes noces suite à la mort du premier. La seigneurie reste dans la famille de Saint-Blimont jusqu’à la Révolution.

Vron-en-Franchise "était tenue en cinq fiefs, deux de Saint-Pol et trois de Merlimont, et consistait en une maison de briques et deux étages, en ruines, avec 6 journaux d'enclos, 4,5 journaux de terres labourables, 12 de bois, un moulin à vent, droit de forage sur les cabaretiers et les brasseurs et 400 livres de censives" (de Belleval, 1870). De nombreuses familles possèdent la seigneurie de Vron-en-Franchise aux XVe et XVIe siècles : pour justifier la multiplication de seigneurs, Rodière conclu qu’il devait y avoir deux fiefs différents. Les premiers seigneurs cités par l’auteur au XIVe siècle sont la famille d’Arrech. La seigneurie passe ensuite au XVe siècle à la famille du Quesnel pour un premier fief en même temps qu'à celle du Quesnoy pour le second fief. Elle est par la suite acquise par la famille Schacht, suite au mariage entre Isabeau du Quesnoy et Baudrain Schacht (ou Baudin Schacht ?). Rodière rapporte à ce sujet un extrait des comptes de la châtellenie de Longvilliers qui informe de la présence des armes de la maison du Quesnoy et de celle des Schacht sur les verrières et les ornements de l’église de Vron. Après la mort de la fille d’Isabeau et de Baudrain (Jossine Schacht) au milieu du XVIe siècle, Vron-en-Franchise revient à Jacqueline du Quesnoy, mariée à Jehan de Cressen, maire de Rue. La seigneurie devient la propriété de la famille de Boullenois à la fin du XVIe siècle (la sœur de Jacqueline du Quesnoy est mariée avec un certain N. de Boullenois), puis de la famille de Lauzeray au début du XVIIe siècle (mariage entre Jacqueline Boullenois et François de Lauzeray), et enfin aux familles de Gargan, de Belloy et de Bernes au profit de diverses unions. En 1653, Marie de Bernes épouse Charles de Fontaines. Les terres de Vron-Franchise sont conservées par cette famille jusqu’en 1848 (Rodière, 1935-1939).

Avesnes

La seigneurie d’Avesnes "consistait en une maison de 14 journaux d'enclos, 183 journaux de terre, 6 journaux de prés et 60 livres de censives" (de Belleval, 1870). De 1157 à 1173, elle appartient à l’abbaye de Dommartin (Rodière, 1935-1939). Elle est la propriété de la famille d’Avesnes entre 1258 et 1550. À partir de cette date, les terres d’Avesnes deviennent la propriété de Jérôme de Fertin, seigneur de Vron-en-Ponthieu, rejoignant ainsi le patrimoine des seigneurs de Vron-Ponthieu. En 1745, les terres, qui appartenait à Jacques de Saint-Blimont, sont acquises par François-Joseph Wignier, "avocat en parlement procureur du Roi en la maréchaussée de Picardie" (Rodière, 1935-1939). Contrairement à Vron, il existe encore un château à Avesnes, même si ce dernier a été largement transformé à la fin du XIXe siècle (IA80011214). C’est la seule habitation qui a subsisté sur le lieu-dit : les autres maisons ont disparu au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

Bodoage

Le hameau de Bodoage est un lieu-dit sur lequel une ferme est construite au nord du village. Mais c’est également l’ancien chef-lieu d’un fief dont les terres "sont d'un bel effet" (de Belleval, 1870). Le fief dépend initialement de la seigneurie d'Argoules (XIIIe siècle). Il a appartenu en 1500 à Jean Gardinier, puis à de nombreux seigneurs jusqu'à Jacques Godart, seigneur de Beaulieu, en 1713 (Rodière, 1935-1939).

Hémencourt

Hémencourt est aujourd’hui une ferme isolée à l’ouest du territoire communal, mais c’est également une ancienne seigneurie, dont le premier seigneur est Henry de Hémencourt en 1316. Elle est tenue de Villers-sur-Authie et consiste en "une maison avec un enclos de 3 journaux, 20 journaux de prés, 20 terres labourables et 7 de bois" (Rodière, 1935-1939). Les terres restent dans cette famille jusqu’en 1520, avant de s’unir définitivement à la seigneurie voisine de Vron-en-Ponthieu. La ferme d’Hémencourt a appartenu à la famille de Fontaines, seigneur de Vron-en-Franchise. Rodière, d’après le cartulaire d’Argoules, indique qu’une chapelle, transformée en grange, dépendait de cette ferme. Le petit édifice est encore présent dans un champ au sud de la ferme. Composé de matériaux très variés (pierre calcaire, silex, brique...) et notamment d'un damier de pierre blanche et de poudingue sur son élévation est, la vocation ecclésiastique de l'édicule a aujourd'hui disparu (ill.).

Les autres fiefs

D'autres fiefs marquent l'histoire du territoire de Vron : des Bois-Aléaume, des Bois de Vron, du Bois-Sausset, de Buymont, des Callenges et Hallots, du Camp Saint-Eloyn des Forges, du Hamel, du Liperot-Conteville, de Aubert, du Quesnoy et de Thiercelet.

Les conflits

D’après l’instituteur de Vron qui rédige sa Notice historique et géographique en 1899, "le village eut cruellement à souffrir de la guerre de Cent Ans". La construction de l’église dans la première moitié du XVIe siècle laisse imaginer un édifice plus ancien, peut-être été détruit lors de ce conflit. Le village aurait également été pillé en 1634 par les troupes espagnoles (Prévost, 1905). Ces incursions s'expliquent par la proximité du village avec l'Authie qui formait alors la frontière entre le royaume de France et les Pays-Bas du Saint-Empire germanique. Louandres, même s'il ne cite pas Vron, indique que les villages, hameaux et fermes du secteur sont "entièrement pillés, ravagés, brûlés par l'ennemi au mois d'août 1635" (Louandres, 1845).

Lors de la Révolution Française, au début de l’année 1793, André Dumont, figure révolutionnaire du Vimeu, est de passage à Vron et fait arrêter une dizaine d’hommes. D’après les registres paroissiaux : "l’église est dévastée, l’autel et le tabernacle défoncés à la hache, les hosties consacrées jetées dans l’auge des chevaux logés dans l’auberge faisant l’angle droit de la rue de l’église avec la grande-route" (Lenné, 1988). L’ancien maire de Vron (1790-1792), Jacques Petit, est aussi un révolutionnaire et soutient les actions d'André Dumont. Ce dernier, qui habitait dans l’ancienne auberge le long de la Route Nationale, avait, semble-t-il, récupéré deux portails de la grange abbatiale de Balance après son abandon par les moines cisterciens, pour les mettre sur sa propriété. Ces portails étaient encore présents en 1988 lors de la rédaction de l’ouvrage sur sa vie par Léon Lenné, mais ils n’existent plus de nos jours.

Vron a été plutôt épargné lors des deux Guerres Mondiales, même si le monument aux morts élevé au-devant de l'église rappelle les Vronais morts lors de ces deux conflits. L'église a subi quelques dégâts lors de la Seconde Guerre mondiale, mais limités par rapport à d'autres communes du territoire.

Les activités

L’agriculture

L’agriculture est l'une des activités principales du village de Vron, constitué essentiellement de terres cultivables. Dans les recensements de population du XIXe siècle, de nombreux journaliers et plusieurs cultivateurs habitent la commune (AD Somme ; 6 M 815). Vers 1899, ils cultivent des céréales, de la betterave sucrière et fourragère et de la pomme-de-terre. À cette époque, la production fruitière se développe également. Les fruits sont vendus ou utilisés pour la production de cidre (AD Somme ; 2 NUM 78).  Cette culture continue aujourd’hui : les nombreux vergers du domaine de Moismont (IA80011216) et de la ferme du Franc-Picard (IA80011217) rythment le paysage de l’est du territoire. La production de fruits a suscité l'implantation de l'usine Pasquier dans la commune, qui les utilisent dans ses produits.

Les moulins

De nombreux moulins existaient autrefois sur le territoire communal, notamment sur les hauteurs du village. L’état des moulins à blé existant dans le département de la Somme en 1809 mentionne trois moulins à Vron pour une production de 5000 kg de farine par jour, ce qui est un chiffre conséquent par rapport aux communes voisines (AD Somme ; 99 S 368813).

Sur le plan du cadastre napoléonien de 1823, quatre moulins sont représentés. Trois sont construits au nord sur le coteau (Moulin d’Avesnes, moulin en maçonnerie de Vron, moulin en charpente à proximité du précédent), et le dernier est édifié le long de la route qui part en direction du hameau des Callenges. La plupart de ces moulins sont détruits au début des années 1870 (AD Somme ; 3 P 815/4).

Le moulin dit de Vron, construit en maçonnerie de "brique et silex", est le seul dont il reste quelques vestiges aujourd’hui. C’est également le plus ancien : il est cité pour la première fois au début du XVIIe siècle dans les possessions d’Isambart de Belloy, seigneur de Vron-en-Franchise. Il aurait été construit, d’après l’instituteur M. Prévost, au XIIe siècle, mais aucune source ne permet de confirmer cette datation. Lors de la rédaction de la monographie communale en 1899, il n’est déjà plus utilisé pour moudre le blé, et "il n’est conservé par son propriétaire qu’à titre de curiosité historique" (AD Somme ; 2 NUM 78).

La manufacture de faïence

La faïencerie de Vron est créée le 5 octobre 1798 par Louis-Marie Verlingue, déjà propriétaire d’une manufacture à Boulogne-sur-Mer depuis 1771 (Acquart, 1997). Il s’installe dans cette nouvelle commune car un oncle de sa femme, François Courpon, y est potier et sait où extraire de l’argile de qualité, dans le village voisin de Colline-Beaumont (environ 8 km de Vron) et au lieu-dit La Hayette près de la ferme de Balance (IA80011215). Il utilise également le bois de la forêt présente sur le territoire de Vron (extension de la forêt de Crécy) pour faire chauffer le four.

Verlingue fait donc l’acquisition d’une grande maison construite en 1770 le long de la rue principale qui traverse le village pour y installer sa manufacture (IA80011219). Il arrive à Vron accompagné de deux peintres, Pierre-Jean-François Seauce et Amable Stroffe, et de deux tourneurs, Dominique Gérardin et Charles Duval.

La manufacture de Vron fabrique des carreaux (pour fourneaux, cheminées, boucherie), des plaques, des pots, des encriers, des assiettes, des soupières, des vases…

Les sujets de décoration sont très variés : "maison, château, moulin, personnages accompagnés d'un ou deux peupliers, un homme tenant une bouteille et un verre, une marchande avec sa table pliante, un chiffonnier portant sa hotte, un charcutier ouvrant un porc, un autre hachant la viande, girafe, chien, porc, mouton, bœuf et âne, dindon, outarde, etc." (d’Hellencourt, 2019).

Verlingue décède en 1813 et c’est son gendre, François Delahodde, qui reprend la direction de la manufacture. À partir de 1820, deux nouveaux peintres remplacent les anciens : François Tombeur et Antoine Stroffe. Ils participent fortement à la notoriété de la faïencerie grâce à la qualité de leurs illustrations. Charles Wignier écrit d’ailleurs au sujet des peintres de Vron : "Les produits de la manufacture de Vron offrent un véritable intérêt, en ce sens que les sujets variés qu’ils représentent, sont généralement le résultat de la libre imagination de ses ouvriers peintres" (Wignier, 1876).

En 1836, pour une raison indéterminée, François Tombeur et son frère ouvrent leur propre manufacture à Vron, à l’entrée du village en direction d’Abbeville. De 1838 à 1840, les deux faïenceries rencontrent des difficultés. Du côté de la plus ancienne, le décès de Delahodde en 1838 fragilise la direction. De l’autre, François Tombeur part près de Beauvais pour rejoindre la manufacture de l’Italienne gérée par François Signez. La dernière plaque en faïence connue produite à Vron date de février 1840 et est signée par Antoine Stroffe.

La râperie

Une sucrerie, puis râperie, est construite à l’est du village en 1883 (IA00076641). À partir du début du XXe siècle, elle permet de fournir du jus de betterave à la sucrerie de Rue (IA00076629).

Autres métiers

Dans la première moitié du XIXe siècle, de nombreux habitants de Vron exercent les métiers de tisserand ou fileuse, vraisemblablement depuis leur domicile.

La commune de Vron est couverte par de nombreux bois qui étaient autrefois reliés directement à la forêt de Crécy. L’exploitation de cette ressource au XIXe siècle est attestée par la présence dans la commune de nombreux bûcherons (AD Somme ; 6 M 815). L'instituteur Prévost écrit effectivement dans sa notice sur la commune qu’il "se faisait au commencement du siècle dernier un grand commerce de bois de construction et de chauffage qu’on embarquait dans les ports voisins".

 

Lieux partagés et structurants

Chapelle Notre-Dame-de-la-Bonne-Mort

Une chapelle privée est construite au cours du XIXe siècle, après 1823 (elle n’apparait pas sur le plan du cadastre napoléonien dressé à cette date) le long de la rue qui mène vers la ferme d’Hémencourt. Elle est agrandie en 1872 à l’initiative de l’abbé Colombier (AD Somme ; 99 O 3811). Les ruines de la chapelle Notre-Dame-de-la-Bonne-Mort sont aujourd’hui recouvertes par la végétation.

Les calvaires et édicules religieux

Plusieurs croix de chemin structurent le paysage vronais. Elles sont élevées au niveau des carrefours, des places, ou à la sortie du village/hameau :

- la première, rue Léon Ternisien, au sud de la place du Friez, appartient à l’ancienne ferme seigneuriale, désormais appelée le Clos du Moulin. C’est une croix en fer forgé ornée de volutes décoratives. Le Christ est surmonté d’un Sacré-Cœur ;

- la seconde se situe rue du Maréchal-Leclerc, au sud des locaux de l’entreprise France Toner. C’est une croix en fer forgé, ornée de volutes au pied et au niveau de la croix ainsi que de fleurons aux extrémités ;

- la troisième croix, positionnée dans un champ à l’est du chemin de Balance, rappelle l’existence de l’ancienne ferme abbatiale. Posée sur un haut socle maçonné, elle est en fer forgé, ornée de nombreuses volutes à son pied et autour de la croix ;

- la quatrième se situe dans l’ancien hameau des Hallots. C’est une croix en fer forgé ornée de volutes. Une statue de la Vierge est posée sous le Christ.

Enfin, il existe aussi à Vron une grotte de la Vierge de Lourdes, au bout de la rue de la Grotte, à l’ouest du village. Cet oratoire abrite de nombreux objets et une statue de la Vierge.

Le monument aux morts

Un monument aux morts aménagé au sud de l’église, dans l’ancien cimetière, commémore les soldats de Vron morts pour la France lors des deux Guerres mondiales. L’édifice, en pierre, est un obélisque précédé d’une statue de soldat de la Première Guerre mondiale. Les plans du monument ont été dessinés par Emmanuel Fontaine (1856-1935), sculpteur abbevillois, en juin 1920.  

Le cimetière

Le cimetière de Vron se situait à l’origine autour de l’église paroissiale Saint-André (IA80011213). En 1832, la municipalité estime que son emplacement au centre du village représente un danger pour la santé publique et choisit donc de le déplacer sur un nouveau terrain, à distance des habitations (AD Somme; 99 O 3809). Cependant, en 1833, le nouveau cimetière n’a toujours pas reçu la bénédiction de l’évêque d’Amiens qui reproche à la commune de ne pas avoir consulté la fabrique et considère que le nouveau cimetière est difficile d’accès. Un plan géométral du nouveau cimetière est dressé en 1837 permettant d’indiquer les différents espaces de sépultures.

La place publique

Il existe à Vron une grande place publique de plan rectangulaire au centre du village, sur laquelle sont aménagés une mare et un puits. Elle s’étend sur une superficie d’environ 1,5 ha. Ses dimensions conséquentes et sa forme régulière font de cette place une particularité du territoire, dont la fonction primitive reste à définir. Les places publiques sont nombreuses dans le secteur, mais jamais dans des dimensions aussi importantes que celle de Vron. Cet espace servait-il autrefois de pâturage partagé pour les éleveurs du village ? La présence de plusieurs anciennes fermes autour de la place soutient cette hypothèse. L’instituteur écrit à ce sujet en 1905 : "Ce vaste tapis de verdure, long de 200 mètres et large de 40, entourée d’une double rangée de peupliers et de tilleuls, encadré de rues bien alignées et bordées de belles demeures, offre une promenade agréable aux habitants et aux étrangers" (Prévost, 1905).

  • Période(s)
    • Principale : Antiquité
    • Principale : Moyen Age
    • Principale : Temps modernes
    • Principale : Epoque contemporaine

Territoire de la commune

La commune de Vron fait partie du canton de Rue. Elle se compose du village de Vron, des hameaux des Hallots et de Callenges, de nombreuses fermes isolées, et du château d’Avesnes. Son territoire est limitrophe des communes de Nampont au nord ; Argoules et Vironchaux à l’est ; Regnière-Écluse et Arry au sud ; Villers-sur-Authie à l’ouest. Il s’étend sur une superficie de 20,67 km2. La commune comptabilise 835 habitants en 2022 dans 464 logements dont 352 logements principaux (source INSEE). Elle est traversée par l'ancienne route Nationale qui relie Paris à Calais.

 

Environnement naturel et paysager

Le territoire de la commune de Vron se compose essentiellement de terres agricoles (80%), dont une partie est utilisée pour la production arboricole fruitière, mais aussi de forêts au sud (8%) et de quelques rares zones humides à l’ouest grâce au cours d’eau du Pendé qui prend sa source dans la ferme du même nom (IA80011218) et qui se jette dans l’Authie. Cette zone humide, qui s’étend principalement sur les communes de Villers-sur-Authie et de Nampont, est reconnue d'intérêt floristique et faunistique ZNIEFF de type I et II. Elle se traduit par une ripisylve importante, des étangs, des boisements humides et quelques prairies humides pâturées.

Le village se situe au sein d'un fond (vallée sèche), dans le prolongement de la vallée du Pendé. À hauteur du village, le vallon a un profil dissymétrique. Le versant sud présente une pente douce et allongée, tandis que le versant nord (orienté sud) et le rebord du plateau sont plus régulièrement entaillés par des vallons affluents (Fond du Mesnil, Fond de la Briqueterie, Le Tierval, Fond de la Feuille…). À proximité du village, ce versant orienté sud a été aménagé en terrasses séparées par des haies en rideaux, pour être cultivé. Au cœur du village, on retrouve encore de nombreuses poches pâturées, entre les deux axes transversaux (route de Rue - rue Louis Le Grand - rue Montgreux et rue Léon Ternisien - rue du Maréchal-Leclerc). Sept éoliennes se dressent au sud-ouest du territoire, sur le plateau.

  • Typologies
    vallée humide ; vallée sèche

Documents d'archives

  • AD Somme. Série M ; Sous-série 6 M : 6 M 815. Recensements de population de Vron, 1836-1936.

  • AD Somme. Série 2 NUM 78. Notice géographique et historique sur la commune de Vron par Monsieur l'instituteur Prévost, 1899.

  • AD Somme. Série 99 ; 99 O : 99 O 3809. Dossiers d'administration communale de Vron, biens communaux, avant 1869.

    AD Somme
  • AD Somme. Série 99 ; 99 O : 99 O 3811. Dossiers d'administration communale de Vron, 1870-1939.

  • AD Somme. Série P ; Sous-série 3 P : 3 P 815/4. Matrice des propriétés foncières de Vron, 1828-1914.

  • AD Somme. Série S ; sous-série 99 : 99 S 368813. État des moulins à blé existant dans le département de la Somme, 1809.

Bibliographie

  • ACQUART, Marie-France. Les faïences de Vron : Musée Boucher de Perthes. Abbeville : Musée Boucher de Perthes, 1997.

  • BELLEVAL, René de. Les Fiefs et les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu : essai sur leur transmission depuis l'an 1000 jusqu'en 1789. Saint-Pierre-de-Salerne (27800 Brionne) : Gérard Monfort, 1975. 352 p.

    [Reprod. en fac-sim. de l'éd. originale]. Paris : Dumoulin, 1870.

  • BEN REDJEB, Tahar. Carte archéologique de la Gaule : La Somme, 80-2. Paris : Académie des Inscriptions et Belles-lettres, 2012.

  • GARNIER, Jacques. Dictionnaire topographique du département de la Somme. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, 3e série.  Paris : J.-B. Dumoulin ; Amiens : impr. Lemer aîné : puis A. Douillet, 1867-1878. 2 tomes.

  • D'HELLENCOURT, Philippe. Carreaux images des fabriques de faïence de Vron. Saint-Valery-sur-Somme : Société d'art et d'histoire, 2019.

  • Les nécropoles de Vron et Nouvion-en-Ponthieu, au temps des derniers Romains et des Mérovingiens. Dossier documentaire réalisé par LE MUSÉE ITINÉRANT/HISTORIC'ONE, avril 2012. [non publié].

  • LENNE, Léon. La vie "pitoyable" de Jacques Petit, maire de Vron pendant la Révolution. Abbeville : Leclerc, 1988.

  • LOUANDRE, François César. Histoire d´Abbeville et du Comté de Ponthieu jusqu´en 1789. Abbeville : T. Jeunet, Imprimeur-Éditeur, 1844-1845.

    Réimpression de la troisième édition publiée à Abbeville : Alexandre, 1883 ; par Marseille, Lafitte Reprints, 1976.

    p.103
  • NÈGRE, Ernest. Toponymie générale de la France : Étymologie de 35 000 noms de lieux. Vol. 1. Genève : Librairie Droz S.A., 1990.

  • PRÉVOST. Commune de Vron. [non publié], 1905.

    Monographie du village réalisée par l'instituteur en 1905.

    AD Somme
  • RODIÈRE, Roger. Statistique féodale du baillage de Rue et de quelques villages voisins. Tome XVI : Communes du canton actuel de Rue. Bulletin de la Société d'Emulation d'Abbeville, 1935-1939.

  • WIGNIER, Charles. Monographie de la manufacture de faïences de Vron. Paris : [s.ed.], 1876.

Périodiques

  • SEILLIER, Claude. Caractères et évolution de la nécropole de Vron (Somme), IVème-VIIème siècles. Revue du Nord, 1978, 239, p. 873-882.

  • SEILLIER, Claude. La nécropole de Vron et les influences saxonnes sur le littéral de la Manche. Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1983-1985.

    p. 250-252.

Documents figurés

  • [Vron : vues du village], ensemble de cartes postales, [ca 1905-1912] (AD Somme ; 8 FI 3548-3549-3551-3553-3555).

    AD Somme
Date(s) d'enquête : 2025; Date(s) de rédaction : 2025
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
(c) Syndicat mixte Baie de Somme - Trois Vallées
Montauban Suzelle
Montauban Suzelle

Chercheuse associée à l'inventaire pour l'étude du pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme. (2023-2026)

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Abelé Céline
Abelé Céline

Cheffe de projet du Pays d'art et d'histoire Ponthieu baie de Somme

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