Photographe au Service régional de l'Inventaire des Hauts-de-France depuis 1987.
- inventaire topographique, Pays d'art et d'histoire Ponthieu-baie de Somme
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Communauté de communes Ponthieu-Marquenterre - Rue
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Commune
Argoules
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Dénominationsmaison, ferme
I. Données statistiques et implantation du bâti
En 2022, d'après les données Insee, la commune d'Argoules est composée de 171 maisons individuelles dont 100 résidences principales et 46 résidences secondaires. Parmi elles, 16 logements sont déclarés vacants et un fait l'objet d'un arrêté de péril. Ces éléments sont quasiment équivalents aux données relevées en 1982 (164 logements). En revanche, lors d'une étude portant sur le patrimoine rural réalisée en 1979 (Vasselle, 1979), l'architecte avait dénombré 85 maisons, limitant son approche à une valeur patrimoniale ou à un critère d'authenticité des maisons et des fermes, ou alors au village même d'Argoules, sans ses hameaux et écarts.
En reprenant la source des données Insee, plus du tiers des maisons d'Argoules (35,7 %) est antérieur à 1919 et nécessite bien souvent une réhabilitation conséquente pour une remise aux normes constructives actuelles. La seconde tranche de construction correspond à la période comprise entre 1971 et 1990 (20,8 %), suivi de la période comprise entre 1946 et 1970. Avec les dernières constructions réalisées en 2019, la moitié du parc immobilier d'Argoules est postérieure à la Seconde Guerre mondiale. Enfin, seules 12 maisons sont datées de l'entre-deux-guerres.
La comparaison de l'implantation du bâti actuel avec celle du cadastre napoléonien de 1828 (ill.) distingue deux agglomérations principales qui laissent l'espace de l'abbaye (IA80011229) très à l'écart. La première est évidemment concentrée au centre du village même d'Argoules, autour de la place, de l'église (IA80011231) et du château (IA80011232). L'autre est constituée par le hameau de Petit-Chemin, partagé avec la commune de Dominois, et qui s'étend sur le flanc supérieur du coteau de la vallée de l'Authie. Si le parcellaire a été conservé en grande partie, il n'en est pas de même des bâtiments qui témoignent de reconstructions manifestes ou de réhabilitations. D'autres maisons anciennes ont également été démontées pour être reconstruites en suivant une autre orientation ou en tout cas, un autre emplacement au sein de la parcelle. Enfin, plusieurs parcelles anciennement loties ont vu leurs bâtiments ou habitations disparaître complètement, comme dans la rue Verte (dans le prolongement de la rue Principale) ou dans la rue du Marais. En revanche, le secteur compris entre la place centrale, marquée par le "Gros-Tilleul" et la chapelle Notre-Dame du Bon Secours (ill.), au croisement de la rue Montauban avec la Grande Rue, s’est densifié au point de former un tissu urbain lâche mais continu.
II. Typologie de l'habitat : une structuration organique autour de la cour de ferme
En 1979, l’architecte François Vasselle réalisait une étude fine de l’habitat d’Argoules, menée de concert par la Direction départementale de l'Agriculture et de celle de l'Équipement, en concertation avec les ministères de l’Environnement et de la Culture. Cette étude était alors considérée comme une "opération test, qui devait servir d'exemple dans le département". Au-delà de l'identification des différentes typologies architecturales présentes dans la commune, l'objectif était d'apporter des réponses dans le traitement de l'habitat ancien, afin "d'améliorer le cadre de vie dans le village et chez les particuliers, en les aidant au moyen de subventions pour augmenter le confort : installations sanitaires, chauffage, etc.". L'étude portait également sur "l'amélioration de l'aspect extérieur des bâtiments et sur les aménagements paysagers". L'architecte dresse ainsi un inventaire rigoureux, étayé par la visite systématique de toutes les maisons de la commune.
Sur les 85 maisons et fermes recensées à l'époque, la majorité présente un aspect traditionnel, "en pan de bois et torchis blanchis avec soubassement noir et menuiseries peintes de couleurs vives, ce qui donne une impression de gaieté”. Ces matériaux demandent “un entretien régulier qui était réalisé jusqu’alors, mais qui, ces dernières années, avait tendance à être remplacé par des matériaux durs nécessitant moins d’entretien”. Rares sont cependant celles qui sont complètement en ruine : il ne signale qu’une maison (rue d’En-Haut), une ferme, dite ferme Martel (route de Vron, anc. rue des Morts) et une dépendance qui est frappée d’alignement, également située route de Vron. Il distinguait à l'époque deux typologies principales : l'une, dite sérielle, où les différentes fonctions de bâtiments agricoles se juxtaposent linéairement, et l'autre, organique, définie par une organisation des bâtiments sur cour.
Près d'un demi-siècle plus tard, il s'avère que la première typologie a disparu. Seules subsistent les fermes à structuration organique, où les bâtiments sont organisés autour d'une cour ouverte (6 et 10 Grande Rue) ou fermée (14 rue Verte ; 1, 2 et 3, rue d'En-Haut ; 18, Grande Rue). Si la plupart privilégient l'implantation des bâtiments agricoles à l'avant, sur la rue, avec l'habitation à l'arrière, en clôture de la cour, parallèlement à la rue, la ferme située au 25 Grande Rue (ill.) témoigne d'une organisation inverse avec l'habitation sur la rue attenante à l'entrée charretière et les bâtiments agricoles à l'arrière, perpendiculairement à l'habitation, en L ou en U selon le cas.
La ferme du Château (IA80011233) constitue enfin un élément à part, qui distingue bien l'espace résidentiel aujourd'hui rattaché au château, et de l'autre, la fonction agricole, organisée autour d'une cour fermée. L'ensemble est par ailleurs un des rares ensembles agricoles du village à posséder un imposant colombier, marqueur de prestige et de pouvoir - car le plus souvent réservé aux seigneurs ou propriétaires terriens importants. Un autre colombier existe par ailleurs à la ferme de l'abbaye de Valloires (IA80011229, ill.).
III. Les matériaux de construction
Le pan de bois comme modèle traditionnel du XVIIe au début XIXe siècle
Bien que devenue rare dans la commune, la construction en pan de bois constitue le modèle d'origine qui a été majoritaire. Ce mode de construction était en effet particulièrement adapté à la nature du sol de la vallée de l'Authie, en évitant la création de fondations trop profondes. Même si elle fut la source de désordres structurels comme cela a pu être observé à la ferme de Petit-Préaux (IA80011237) ou à l'habitation située 7, route de Vron (ill.) : le pan de bois repose sur un soubassement de brique ou un radier de silex, destiné à protéger le bois de l'humidité (ill.). Le remplissage est assuré par du torchis, recouvert d'un enduit à la chaux souvent blanchi. Ici, comme dans l'ensemble du Ponthieu, l'ossature charpentée disparait sous l'enduit.
Seule une ferme (10, Grande Rue, ill.), qui présentait originellement une ouverture sur la rue, est construite en appareil mixte de silex et pierre. Elle est datée de 1847 (date portée sur le pignon, ill.). Une autre maison, située au hameau de Petit-Chemin (3, Petite Ruelle, ill.) constitue l'autre cas de construction en pierre datant de la première moitié du XIXe siècle repéré dans la commune (ill.). Si dans la grande majorité, les constructions en pan de bois sont entièrement recouvertes de torchis (1, rue du Marais, ill.), deux exemples se distinguent et ouvrent une typologie peu fréquente dans la commune : celle du pan de bois avec remplissage de brique et ossature apparente, rencontrée à l'un des bâtiments de ferme (connu comme étant l'ancien cinéma), et qui présente une élévation en pan de bois avec brique de remplissage. Le soubassement de cet édifice est entièrement en brique mais peint en bandeau blanc donnant l'illusion d'un appareillage mixte de brique et pierre alternées. De même, à la suite de travaux de réhabilitation, l'ancienne ferme du moulin (8, rue du Moulin, ill.) laisse aussi apparaître l'ancienne structure charpentée ainsi qu'à celle beaucoup plus tardive située à l'extrémité sud du hameau de Petit-Chemin (36, rue de la Houssoye, ill.), qui remonte vraisemblablement au premier quart du XXe siècle.
Les soubassements sont traditionnellement en silex (1, rue Verte) ou en brique (1, rue du Marais, ill.), avec un renforcement de l'étanchéité par la présence d'un radier en silex, pouvant aller jusqu'à une mise en œuvre d'appareil mixte en damier, ou, dans le cas d'un soubassement en silex, de jambages harpés en brique régulièrement espacés (1, rue Verte ; 3, rue de Lombardie - Petit-Chemin ; 36, rue de la Houssoye, ill.).
Les pignons sont quant à eux généralement entièrement en silex (pignon de l'Auberge du Gros-Tilleul, 1, route de Vron et 23 rue de Lombardie - Petit-Chemin.), en silex et moellons ou plus largement en brique. Ils sont en très légère saillie par rapport au nu des façades en pan de bois enduit.
Enfin, les toitures, qui étaient originellement en chaume, avant d'être remplacées par des pannes ou tuiles grossières déjà au XVIIIe siècle (cf. vue cavalière du village, ill.) sont devenues le mode de construction majoritaire des maisons et des fermes du village au cours du XIXe siècle, sans distinction hiérarchique fonctionnelle entre les habitations et leurs dépendances agricoles. Seule la ferme du Petit-Préaux fait cette distinction ainsi que la ferme du Château, dont tous les bâtiments sont couverts en ardoise.
D'une architecture à pan de bois vers une architecture en brique : la transition de la deuxième moitié du XIXe siècle
Si la première moitié du XIXe siècle semble encore marquée par une forme d'hybridation entre pan de bois et brique, notamment pour les pignons "en dur", la seconde moitié du XIXe siècle, s'inscrit davantage dans le sillage des édifices édilitaires (mairie, presbytère, écoles), construits en brique. La maison située au 8, Grande Rue (ill), ainsi que la ferme Saint-Christophe (IA80011238) constituent les exemples les plus marquants de cette évolution. Celle-ci est confirmée dans le premier quart du XXe siècle (17, rue de Lombardie).
Le château (IA80011232, ill.), construit en brique dans le second quart du XVIe siècle, fait évidemment figure d'exception.
Au cours du XXe siècle, cette transition vers la maçonnerie s'est accélérée, substituant souvent des matériaux industriels nécessitant moins d'entretien au torchis traditionnel. Néanmoins, la commune conserve un patrimoine rural d'une grande cohérence architecturale.
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Période(s)
- Principale : 3e quart 18e siècle , porte la date
- Principale : milieu 19e siècle , daté par travaux historiques, porte la date
- Principale : 4e quart 19e siècle , daté par travaux historiques, porte la date
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Dates
- 1778, porte la date
- 1847, porte la date
- 1858, daté par source
- 1887, porte la date
En raison de la nature du sol alluvionnaire de la vallée de l'Authie, la plupart des maisons et fermes sont en rez-de-chausée, assez basses, y compris pour les constructions en brique de la seconde moitié du XIXe siècle. C'est d'ailleurs souvent ce qui les distingue des édifices plus institutionnels comme la mairie (IA80011234), l'école avec son logement d'instituteur (IA80011236) ou encore le presbytère (IA80011235) qui comportent généralement un étage carré. Cette impression est cependant compensée par leur implantation à flanc de côteau, ou sur les fondations d'un édifice antérieur, ou d'une cave, entraînant la surélévation du rez-de-chaussée (cf. 11, Grande Rue).
Les maisons et fermes datées
La maison la plus ancienne a été repérée grâce à la date de 1644, portée dans la cave d'une maison située rue d'En-Haut, faisant ainsi remonter la construction aux dernières années de la guerre de Trente Ans (1618-1648).
Les autres maisons les plus anciennes ont été repérées à Petit-Préaux, à la ferme éponyme (IA80011237) dont la cheminée porte une pierre gravée de 1778. François Vasselle a également repéré une autre maison au hameau de Petit-Chemin, sur la cheminée de la maison Dufour (rue de Lombardie) qui portait la date de 1793.
Pour le XIXe siècle, plusieurs maisons portent des dates ou ont été datées par sources. C'est le cas de la maison Vignolle (10, Grande Rue), qui porte la date de 1847, ou du presbytère, qui est daté de 1858. Cet édifice est construit assez précocement en brique. Il est en retrait de la rue et s'élève à flanc de côteau. En raison de cette déclivité, il présente une élévation à rez-de-chaussée surélevé, avec un étage carré et comble. Une autre maison, dite maison Martel, située en alignement de la route de Vron (6, route de Vron anc. rue des Morts), qui a fait l'objet d'un ravalement total, est en fait une habitation qui porte la date de 1863 (date disparue avec les travaux de ravalement, mais notée par Vasselle en 1971). En revanche, la ferme Jouy (1, rue d'En-Haut) qui est datée de 1862, a gardé toute son authenticité.
Les maisons
Maison (11, Grande Rue) : maison en front de rue, élevée sur cave, en rez-de-chaussée surélevé, elle est construite en pan de bois et torchis enduit de chaux, sur soubassement de brique. La porte d'entrée sur rue comporte cinq marches. La toiture est en pannes, sans lucarne, à longs pans et pignons couverts.
Maison en front de rue à Petit-Chemin : maison à pan de bois et torchis enduit sur un soubassement de silex harpé de brique.
Les fermes
Ferme Vignolle (10, Grande Rue) : ferme primitivement ouverte sur cour, comportant le logement implanté perpendiculairement à la rue et présentant un appareillage en damier silex et pierre de taille. Le bâtiment agricole qui lui fait face est également construit en pierre de taille avec pignon partiellement construit en appareillage en damier. Il porte la date de 1847.
Ferme Jouy : (1, rue d’En-Haut) présente toutes les caractéristiques de la ferme du Ponthieu avec une hiérarchisation des bâtiments par leurs matériaux. La ferme à cour fermée comprend une habitation située en fond de cour. L'édifice est en brique avec pignons en moellons de pierre et harpages de briques d'angle. Les bâtiments agricoles sont en pan de bois et torchis reposant sur un solin de brique et radier de silex. Les pignons sont soit en en brique, soit en moellon de pierre. L'ensemble est blanchi à la chaux.
Ferme (11, route de Vron) : ancienne ferme, dite organique, avec habitation en milieu de parcelle et bâtiments agricoles sur rue. Une partie de ces bâtiments agricoles a été démolie. Maison d'habitation à rez-de-chaussée surélevé (présence de cave en dessous), sur soubassement de silex enduit, à pan de bois et torchis enduit et blanchi. L'habitation est prolongée d'une dépendance (buanderie ?) dotée d'une entrée indépendante. L'ensemble est couvert d'un toit en pannes, à longs pans brisés et croupes. À l'avant, seul subsiste un corps de bâtiment agricole, en pan de bois et torchis, enduit et blanchi, sur soubassement de silex, avec pignons couverts en pierre de taille.
Ferme (25, Grande Rue) : ferme présentant le logement sur rue, en rez-de-chaussée surélevé (indiquant la présence d'une cave) et prolongée d'une entrée charretière débouchant sur la cour de ferme autour de laquelle s'organisent les bâtiments d'exploitation agricole.
La même typologie de ferme à logement sur rue se retrouve à l'ancienne ferme située 11, Grande Rue (ill.).
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Typologies
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Techniques
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
- (c) Baie de Somme - Trois Vallées
- (c) Département de la Somme
- (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général
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- (c) Archives communales
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Documents d'archives
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AD Somme : 4°100 2 NUM 77. Notice géographique et historique de la commune d'Argoules, par Deparis, instituteur, 1899.
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Archives communales
AC Argoules. [non coté]. Opération village : Argoules. François Vasselle, architecte, novembre 1979.
Documents figurés
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Vue générale du village d'Argoules. Peinture à l'huile sur bois, Première moitié XVIIIe siècle (Conservation des Antiquités et Objets d'Art de la Somme).
Chercheur de l'Inventaire du patrimoine - Région Hauts-de-France
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