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Moulin, puis filature, puis tissage de jute Saint Frères à L'Étoile, dit des Moulins-Bleus

Dossier IA00076671 inclus dans Le village de L'Étoile réalisé en 1988

Fiche

Dossiers de synthèse

Origine du site industriel

La mention des « Moulins Bleus » apparaît pour la première fois en 1698 et concerne des moulins à blé. L'origine du nom viendrait toutefois peut-être d'un moulin à guède (ou waide), plante tinctoriale qui a assuré au Moyen Âge la fortune de l'actuel département de la Somme. Lorsque Ambroise Léopold Jourdain, seigneur de l'Éloge, acquiert la baronnie de l'Étoile en 1766, il développe considérablement l'activité de meunerie de farines, qui sont acheminées vers Amiens par gabarre. Ces moulins à blé auraient été reconstruits en 1784. Le 3 octobre 1821, les enfants de Jourdain de l'Éloge vendent le site au négociant amiénois Judas Dusouich et son épouse. Les nouveaux propriétaires développent les moulins pour le broyage d'écorces de bois, utilisés comme teinture naturelle. La concurrence oblige à une diversification de l'activité, et deux des six roues hydrauliques sont réaffectées à la mouture de la farine, tandis qu'une autre sert à actionner les bancs à broches autre machines à peigner d'une filature de lin et de chanvre. Une grande partie de ces machines était d'ailleurs inventées et brevetées par l´Anglais Joseph Parrott, qui exploitait cette partie de l'usine. Le changement d'activité n'empêche malheureusement pas la faillite de l'entreprise, qui est vendue en deux lots distincts par licitation du 4 septembre 1832. Après plusieurs avatars, Vulfran Bruhier acquiert les deux parties séparées en 1853 et 1855 et réunifie l'ensemble du site des Moulins-Bleus. Celui-ci est adjugé en 1856 à Paul-François Blanchet, fabricant de toiles, qui constitue en 1860 avec divers associés la Société Blanchet & Cie, dite Société des Moulins-Bleus. L'usine était alors spécialisée dans la filature de fils de lin et dans le tissage de toile à voile pour la Marine impériale. L'établissement, composé essentiellement de bâtiments établis le long du chemin de halage, était marqué par l'imposante filature, à deux étages. En 1872, il revend l'affaire à son fils Octave, conseiller général de la Somme (1871-1874) et futur maire de L’Étoile. L'usine est alors formée d'une filature, d'un tissage et d'un peignage. Elle est complétée par deux cités ouvrières de 36 maisons (cité des Croupes, cadastre C 603) et de 9 maisons (cité de l'Ermitage, cadastre C 298) et de l'ancien moulin du prieuré de Moréaucourt.

L'usine Saint Frères

Cette usine textile est acquise en le 5 février 1883 par la société Saint Frères qui fait construire à côté des anciens bâtiments existants une nouvelle filature de jute et un tissage attenant avec salle des machines. L'ancienne usine hydraulique est utilisée pour des fonctions secondaires. Cette nouvelle unité de production, qui complète les usines de Flixecourt de Saint-Ouen et d'Harondel, est vraisemblablement construite par l'ingénieur de l'entreprise, Abel Caron, dont la "signature" architecturale est lisible dans la typologie et la structure des bâtiments, identique à celles employées à Harondel et Saint-Ouen. Cette usine est dirigée par Léon Ducrotoy, qui auparavant était à la tête de la fabrique à métiers de L’Étoile. En 1899, cette nouvelle usine emploie 1300 personnes. Dès lors, l'usine est dotée d'un réfectoire, qui est agrandi en 1903.

Au décès de Léon Ducrotoy, la direction de l'usine est confiée à Fernand Petit, sous-directeur de l'usine de Beauval, jusqu'à ce qu'il soit appelé à diriger l'unité de production de Beauval en octobre 1910. Henri Fourquer, sous-directeur aux Moulins-Bleus, est alors promu directeur. Durant l'Entre-deux-guerres, l'usine fait l'objet de quelques travaux de modernisation, marqués notamment par la construction d'un château d'eau, vers 1925. En 1939, l´usine des Moulins-Bleus ne compte plus que 760 ouvriers. Elle finit par subir les effets de la restructuration dont le groupe fait l'objet à partir de 1969 et cesse son activité en 1978. Une partie des bâtiments est alors convertie en entrepôts.

Machines et force motrice

Dans la seconde moitié du 18e siècle, le site comprend six roues hydrauliques, dont quatre sont construits en 1768 par Jourdain de l'Eloge. Vers 1829, les machines à filer Parrott, capables de filer mécaniquement une tonne de laine par an, constituaient une véritable révolution dans l'activité textile du territoire, habituée à la filature à la main. Un texte souligne d'ailleurs que "cette innovation devra amener bientôt un changement important dans l'industrie de nos campagnes. Les femmes seront obligées de chercher d'autres ressources pour s'occuper" (AD Somme ; 3 E 24203). A l'époque, l'usine, représentée sur un grand plan aquarellé (Fig.) est équipée de sept roues hydrauliques. En novembre 1887, l'usine fonctionne avec des dynamos Henrion de Nancy (pour l'éclairage ?). En 1889, l'entreprise équipe l'usine de 48 bancs à broches Fairbain, ainsi qu'un ensemble de carde et de machines à étirer du même constructeur installé à Leeds. Cet équipement est complété, en 1896, de 132 métiers à filer du constructeur lillois Walker. En 1899, l'usine des Moulins-Bleus totalise 544 métiers à tisser, dont 80 pour tisser le lin et 15 pour la toile à voile. Cela confirme que si le tissage du jute était l'activité principale, celui du lin y était encore largement présent et perpétuait ainsi la tradition de tissage de voile de marine, amorcée à l'époque de l'industriel Blanchet. En 1904, la filature comprend 600 broches. Dans les années 1930, une partie du matériel est renouvelé et fourni par l'entreprise irlandaise Mackie.

Approche sociale et évolution des effectifs

En 1858, l'usine Blanchet emploie 150 personnes occupés essentiellement à faire des toiles à voile pour la marine. En 1888, le tissage des Moulins-Bleus emploie 740 personnes, sans que la distinction entre filature et tissage ne puisse être faite. En 1904, l'usine est épargnée par les grandes grèves qui touchent l'industrie textile du département. En 1939, l´usine des Moulins-Bleus ne compte plus que 760 ouvriers. En 1930, au moment des grèves de l'été, contre l'application de la loi relative aux assurances sociales qui prévoit une contribution ouvrière égale à la contribution patronale, l'effectif de l'usine est de 900 salariés. Ce mouvement social qui mobilisa plus de 70 % des ouvriers est le plus important que l'entreprise eut à connaître.

Précision dénomination filature de jute
tissage de jute
Appellations Moulins Bleus, Saint Frères
Parties constituantes non étudiées conciergerie, atelier de fabrication, atelier de réparation, réfectoire, bureau, mur de clôture
Dénominations filature, tissage
Aire d'étude et canton Grand Amiénois - Picquigny
Hydrographies Somme la); Nièvre
Adresse Commune : L'Étoile
Lieu-dit : les Moulins-Bleus
Adresse : rue des Moulins-Bleus
Cadastre : 2012 AM 174-176
Période(s) Principale : 3e quart 18e siècle, 3e quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Dates 1784, daté par source
1883, daté par source
1925, daté par source
Auteur(s) Personnalité : Jourdain de l'Eloge Ambroise Léopold,
Ambroise Léopold Jourdain de l'Eloge
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commanditaire, attribution par travaux historiques
Personnalité : Desouich Judas, commanditaire, attribution par source
Personnalité : Saint Frères, commanditaire, attribution par source
Auteur : Caron Abel,
Abel Caron

Ingénieur des Arts et Métiers de Châlons, promotion 1874-1877.

Chef du service constructions Saint Frères de 1878 à 1912. (Sources : Lefebvre. Saint Frères. Un siècle de textile en Picardie, p. 143)


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ingénieur de l'entreprise, attribution par analyse stylistique

Établi à la confluence de la Somme et de la Nièvre, et à l'extrémité d'une longue rue rectiligne, le long de laquelle est implantée la cité ouvrière des Moulins-Bleus, le site industriel du même nom est lié à l'énergie hydraulique des deux rivières. Il ne reste cependant plus aucun bâtiment ni aucun aménagement hydraulique visible de l'époque antérieure à l'installation de Saint Frères. De même, depuis la fermeture de l'usine, le château d'eau, une grande partie de l'embranchement ferroviaire et les entrepôts, assez caractéristiques par leur composition basilicale avec toitures transversales des nefs latérales, ont été démontés.

Au delà de l'entrée principale encadrée par la conciergerie (à gauche) d'une part, et les bureaux d'autre part, avec, en enfilade, l'ancien réfectoire d'entreprise, qui s'appuie sur le mur d'enceinte en brique, le tissage et la filature forment un seul et même atelier. Celui-ci est construit en brique et développe une succession de douze travées en sheds. Au sud, l'atelier de fabrication est longé par un couloir plus étroit, réservé aux transmissions. L'atelier de pliage, les salles des machines, les magasins aux fils et magasins de produits finis forment une enfilage de bâtiments attenant à cet ensemble. A l'une des extrémités, l'atelier de pliage est composé de dix travées éclairées au sud de grandes baies en plein cintre. A l'autre bout, le magasin des produits finis se développe sur quinze travées en rez-de-chaussée, éclairées de baies rectangulaires verticales à petits carreaux. Tous deux présentent un toit bombé en zinc, percées d'une série de puits de lumière, identiques à ceux présents à l'usine d'Harondel. L'espace central de cette succession de bâtiments est occupé par la salle des générateurs et par le magasin à fils, qui bénéficient d'un rez-de-chaussée surélevé, éclairé, là encore, de hautes fenêtres en plein cintre. Ces deux édifices accolés sont couverts de toits en tuile mécanique, à longs pans et pignons découverts.

Murs brique
Toit tuile mécanique, verre en couverture, zinc en couverture
Étages rez-de-chaussée, rez-de-chaussée surélevé
Couvertures toit bombé pignon découvert
shed
toit à longs pans
États conservations établissement industriel désaffecté

Ce dossier de repérage du patrimoine industriel établi en 1988 a été mis à jour et enrichi en 2008 dans le cadre de l'inventaire topographique du Val-de-Nièvre.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Description de l'usine des Moulins-Bleus destinée à la vente, vers 1830 (AD Somme ; 3 E 24203)

    [...] A vendre à l’amiable, l’une des plus belles usines de France par la solidité de sa construction qui a été faite en 1784. Cette usine, connue sous le nom de Moulins Bleus, est située à l’Etoile (Somme) sur le chemin de halage du canal du Duc d’Angoulême entre Amiens et Abbeville. Elle est composée soit à une filature soit à des moulages à blé comme il y en avait autrefois et comme une partie est encore maintenant à cet usage ; soit enfin à tout autre genre de fabrique ou manufacture. Elle réunit au plus haut point tous les avantages que l’on peut désirer dans un établissement.

    Savoir,

    Un moteur hydraulique de la force de 90 à 100 chevaux faisant tourner six roues. [Une] très grande étendue de bâtiments, les planchers ayants seuls une superficie de quarante cinq mille pieds carrés.

    Solidité de construction extraordinaire et telle que l’on ne rencontre dans aucune autre usine. ; on estime à 120 000 francs la valeur de la bâtisse qui est dans le meilleur état d’entretien possible,

    Facilité de transport à cause du canal du duc d’Angoulême, maintenant ouvert de la mer à Paris.

    Enfin, un avantage de position topographique tant à cause de la proximité de deux grandes villes commerçantes (Amiens et Abbeville) qu’à cause du bas prix dans les villages environnants, de la main d’œuvre, des vivres et des combustibles.

    Il se récolte beaucoup de chanvre et de lin dans le pays environnant. Il dépend de cet établissement, maison de maitres et de concierge, logement d’ouvriers, forge, menuiserie, atelier de charpentier, écuries, remises, établies, buchers etc. Le tout en bon état d’entretien et entouré de 7 à 8 journaux de terre, première qualité planté de plus de 2000 pieds d’arbres. Pour voir les lieux, s’adresser sur place à M. Dusouick, et pour connaître les charges et conditions de la vente à M. Allart, notaire à Amiens.

  • Description de la chaine de fabrication des toiles de jute et de l'usine des Moulins-Bleus, par Turgan, Les grandes usines, 1894, p. 32-36.

    Depuis 1883, MM. Saint frères possèdent, non loin de Flixecourt, à Moulins-Bleus, une filature de jute de plus de 6 000 broches, ainsi qu'un tissage d'environ 500 métiers. Cette manufacture a subi, de par leur volonté de perfectionner sans cesse, une transformation radicale. Des métiers neufs ont remplacé une centaine de métiers anciens et le millier de broches a été quadruplé et rénové. L'atelier principal n'a pas moins de 160 mètres de longueur sur 84 de largeur, d'un seul tenant. Quant aux chaudières et moteurs anciens, le tout a été revendu et avantageusement remplacé par une machine Compound, de 600 chevaux, du constructeur Boyer, et une autre de 800 chevaux, de Dujardin, de Lille.

    Parcourons rapidement les ateliers, guidé par le directeur de cet établissement. Tout d'abord, on se trouve en présence de machines dites ouvreuses, dont le travail consiste à opérer un commencement de division dans les grosses poignées de jute ; un double jeu de cylindres brise la masse et surtout les pieds de la plante.

    Le jute arrive de l'Inde par balles de 180 kilos, sans aucun emballage ; les filaments, auxquels la compression à la presse hydraulique donne la dureté du bois, sont simplement maintenus par des liens solides qu'on coupe à la hache. De l'ouvreuse, le jute est amené aux machines assouplisseuses de Urquivart, formées de 60 rouleaux cannelés superposés dont quelques ressorts maintiennent l'écartement voulu. En sortant des assouplisseuses, le jute est soumise à l'ensimage, dont l'objet est de pénétrer le jute d'humidité, de façon à lui rendre sa flexibilité.

    Cet ensimage est pratiqué avec une émulsion chaude, composée avec de l'eau savonneuse avec laquelle on a agité dans des baquets un mélange d'huiles de lin et autres. Le jute étant disposé en lits successifs formant croix entre eux, l'aspersion de l'émulsion est faite à l'aide de grosses seringues de la contenance d'environ 10 litres. Chaque superposition de trois ou quatre lits de jute donne lieu à un seringuage.

    Au sortir de l’ensimage et d'un ressuage de vingt-quatre à quarante-huit heures, selon la saison, le jute est soumis aux cardes briseuses formées de deux rouleaux à cardes superposés, auxquels une toile sans fin amène les filaments bruts. La matière en sort transformée en matière peignée. Remarquons, en passant, que ces machines, comme toutes celles en mouvement dans les usines Saint frères, sont entourées de grillages et que les précautions les plus prévoyantes sont partout

    prescrites et appliquées. C'est ainsi, par exemple, que nous lisons la défense de nettoyer les machines en marche, sous peine de cinq francs d'amende. L'épiétage du jute est ici obtenu dans les meilleures conditions avec l'épiéteuse construite par la Fairbairn, Naylor, Macpherson and C°

    limited, de Leeds. Des chaînes sur poulies à gorges brisent les pieds du jute et l'opération se termine par les peignes à carde. Dans toutes ces opérations, la poussière qui se dégage n'est point toxique ; elle est, du reste, enlevée, en très grande partie, par des ventilateurs puissants. Les déchets sans valeur de la filature ou des cardes entrent dans la composition d'engrais ; ils pourraient également être utilisés par les fabriques de cartons ; mais celles-ci ne consentiraient à les payer qu'un prix qui ne couvrirait pas les frais de transport et d'emmagasinage.

    A la suite de ces traitements, notamment de celui dans les cardes briseuses, le jute passe dans les cardes finisseuses, garnies de peignes successivement plus fins, puis au cylindrage, d'où la matière sort en rubans réguliers. Ce cylindrage s'opère entre des rouleaux cannelés bien

    assemblés avec un gros rouleau garni de cuir. Les étirages se font ensuite sur des machines très ingénieuses de Fairbairn, dans lesquelles le ruban est aussi lissé par de véritables filières, où ils se doublent ou triplent avant de subir le cylindrage. Avant d'être prêt pour la filature, le ruban de jute est travaillé par les bancs à broches du même constructeur, qui donnent la première préparation de fil.

    Les métiers à filer, qui complètent la transformation du fil en lui donnant sa résistance, opèrent 2 800 tours à la minute et la bobine y est disposée de façon à régulariser l'enroulement du fil par un mouvement alternatif d'élévation et d'abaissement.

    Décrire par le menu tout le travail serait trop long et nous amènerait à nous répéter, certaines fabrications étant communes à diverses usines de MM. Saint frères et l'établissement des Moulins-Bleus étant une copie perfectionnée, en quelque sorte, de celui d'Harondel. Ainsi,

    voici, par exemple, la transformation des bobines en grosses pelotes pour être placées sur les machines à parer ; puis la machine à bobiner spéciale pour les tisseurs de jute, et enfin des métiers à filer de quatre types différents, selon les besoins. Partout le travail est disposé à hauteur d'homme.

    La filature emploie des femmes, tandis que le tissage est exclusivement réservé aux hommes, qui travaillent d'après un tarif de façon, tenu à leur disposition.

    De nombreux métiers à tisser la toile de jute, depuis la largeur de 0m50 jusqu'à celle de 2 mètres, fonctionnent ici dans ces ateliers, qui ont 4m50 de hauteur intérieure, plus un toit avec ventilateur. Les ateliers et les magasins sont couverts en tuiles recevant un revêtement intérieur de 0m05 de mortier argileux pour maintenir la température régulièrement à un certain degré.

    Le balayage des ateliers s'effectue trois fois par jour. Le gain de l'ouvrier tisseur est, en moyenne, de 2 fr. 50 ; les femmes et enfants gagnent, de même, un salaire de : 1 fr. 60.

    N'omettons pas de parler des pareuses, c'est-à-dire des nombreuses machines de construction variée, dont plusieurs fabriquées à l'usine même, qui donnent aux chaînes l'apprêt nécessaire. Cet apprêt consiste en une colle de fécule, additionnée d'une petite quantité d'autres substances. Les lisières qui doivent former la bordure des toiles de jute sont établies, selon le cas, soit avec des fils de coton, soit avec des fils de lin retors. Quand une pièce sort du tissage, elle passe au cylindre, pour être métrée et pliée. C'est alors que le tissu reçoit une étiquette portant, avec les numéros d'ordre et de référence de qualité ou de genre, le métrage et le poids. Les toiles sont ensuite conduites au quai de chargement sur des wagons qui les transportent à Flixecourt pour être apprêtées ou non, suivant les cas et ensuite expédiées à leur destination.

    Il n'est pas jusqu'à la cheminée de l'usine qui ne retienne nos regards, non seulement par sa hauteur de 50 mètres, mais bien plus par la perfection de sa construction.

    Du reste, on observe que la maison Saint frères installe toujours avec un véritable luxe ses machines à vapeur dans tous les établissements ; ici, l'on peut dire que c'est dans un palais de marbre que fonctionne, imposante et merveilleusement entretenue dans toutes ses parties, la

    machine Compound de Boyer, de Lille, qui commande la filature. A côté de celle-ci, nous admirons aussi la machine il vapeur construite par Dujardin et Cie, qui commande le tissage.

    Seize câbles en chanvre manille établissent les transmissions et actionnent les dynamos pour la lumière électrique. Ces câbles, fabriqués à l'usine, avec la dernière perfection, durent plusieurs années. Une machine à vapeur de secours de 50 chevaux, de Lecouteux et Garnier, de Paris, sert habituellement à assurer l'éclairage électrique au moyen des trois dynamos qu'elle actionne, d'une puissance de 1 500 ampères.

    On le voit, rien n'a été négligé pour constituer aux Moulins-Bleus des établissements modèles ; les chiffres suivants en feront, au surplus, apprécier l'importance : bancs à broches : 20 ; machines pareuses : 18 ; machines à étirage : 35 ; métiers à tisser : 494 ; nombre de broches (du n° 1 1/2 au n° 8) : 6120.

    Ainsi que nous l'avons dit, le centre horaire de Flixecourt donne l'heure télégraphiquement à Moulins-Bleus, de même qu'aux autres usines qui, toutes ont le téléphone qui les relie, de façon permanente, pour l'exécution des ordres.

    Cent cinquante maisons ouvrières, fort bien disposées et établies avec un confort d'hygiène absolu, sont réservées aux travailleurs de l'usine, à des conditions des plus favorables. Aussi, la physionomie de leurs habitants reflète-t-elle le contentement et la santé. Les enfants de cette intéressante population ouvrière reçoivent l’instruction dans deux écoles distinctes, qui comptent présentement l'une 56 garçons et l'autre 47 filles. Une cantine bien approvisionnée fournit aux ouvriers des aliments et des boissons, dont la qualité est soigneusement contrôlée par la direction.

    Bientôt une société coopérative va fonctionner dans un bâtiment que MM. Saint frères lui érigent près de celui affecté aux écoles ; les fonds ont été réunis et le conseil nommé. En un mot, rien n'a été négligé pour rendre ici la vie facile à la classe laborieuse et la maintenir en parfait état de santé.

  • Notice Mérimée, 1983.

    Commentaire historique et descriptif rédigé en 1983 dans le cadre du repérage du patrimoine industriel de la Somme.

    Historique : Filature tissage Saint frères puis Boussac Saint frères sis à l'emplacement des Moulins Bleus, transformés en 1845 par M. Bagneris en filature de coton. Arrêtée en 1860 et entièrement transformée à partir de 1883 en filature de jute par la société Saint frères, ensuite complétée ou convertie en tissage. L'ensemble des bâtiments avec ateliers de fabrication, chaufferie, bureau, entrepôts industriels a été construit au 4e quart 19e siècle. Le château d'eau est du début 2e quart 20e siècle. Reprise avant 1962 par Boussac Saint frères, puis convertie en entrepôt en 1978. 1845 : mention d'une chaudière à la filature Bagneris. 1893 : 7 générateurs à vapeur, dont 4 installés en 1888. 1939 : 760 ouvriers. Existence d'un fonds d'archives privées.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Somme. Série S ; 99 S 377481. L"Etoile. Rivière de Nièvre, dossiers généraux et collectifs, 1857-1861.

  • AD Somme. Série C ; C 1367. Mémoire sur des moulins de Monsieur Jourdain à l'Etoile. [18e siècle].

  • AD Somme. Série E ; 3 E 24203. Acte de vente des usines des Moulins-Bleus, succession Desouich (an III - 1885).

  • AD Somme. Série U ; 3 U 2 / 709. Vente par adjudication devant le tribunal civil d'Amiens de l'usine des Moulins-Bleus, 4 septembre 1832.

  • AD Somme. Série Q ; 4 Q non coté. Transcription au bureau des hypothèques d'Amiens, volume 1831, case 10 : Vente de l'usine Blanchet, dite des Moulins-Bleus à la société Saint-Frères, 28 mars 1883.

Documents figurés
  • L'Etoile. Plan de l'usine des Moulins Bleus, dessin à l'encre, à l'aquarelle et au lavis sur papier, vers 1829 (AD Somme ; 3E CP 24/203).

  • Plan parcellaire napoléonien de la commune de l'Etoile, section C : Les moulins Bleus, détail, 1833 (AD Somme ; 71 E_DEP_CP_37 ; anc. cote 3 P 1613/7).

  • Vue de l'usine, photographie au gélatino-bromure d'argent, 1892 (coll. part.).

  • Les Moulins-Bleus (Somme), passage du bac. Carte postale, vers 1910 (Collection J. Hérouart).

  • Intérieur de la filature, vue d'un des bancs de broches, photographie vers 1910 (Collection J. Hérouart).

  • Plan de l'usine Saint Frères des Moulins-Bleus, 22 avril 1904 [actualisé en 1945, avec emplacement des chutes d'obus]. Saint-Frères. Ech : 1/1000e (Collection J. Hérouart).

  • [Les entrepôts à jute avant destruction], photographie, Jacky Hérouart, [avant 1977] (coll. part.).

Bibliographie
  • PICARDIE. Inventaire général du patrimoine culturel. Le Val de Nièvre, un territoire à l'épreuve de l'industrie. Réd. Frédéric Fournis, Bertrand Fournier, et al. ; photogr. Marie-Laure Monnehay-Vulliet, Thierry Lefébure. Lyon : Lieux Dits, 2013. (Images du patrimoine ; 278).

    p. 17, 22, 104.
  • LEFEBVRE, François. Saint Frères. Un siècle de textile en Picardie. Amiens : Encrage, 2002.

    p. 37
  • LEFEBVRE, François. Une famille d'industriels dans le département de la Somme de 1857 à la veille de la Seconde Guerre mondiale : Les Saint. Approche d'une mentalité patronale. Lille : Atelier National de Reproduction des Thèses, 2000. Th. doct : Histoire : Amiens université de Picardie Jules Verne : 1998.

    p. 95, 400-401.
(c) Région Hauts-de-France - Inventaire général (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général - Fournier Bertrand - Fournis Frédéric - Dufournier Benoît