Dossier collectif IA80002357 | Réalisé par
Barbedor Isabelle
Barbedor Isabelle

Chercheur du service de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Picardie, puis des Hauts-de-France, depuis 2002.

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  • inventaire topographique, Amiens métropole
  • patrimoine funéraire
Les cimetières des communes étudiées de la communauté d'agglomération d'Amiens métropole
Auteur
Copyright
  • (c) Région Hauts-de-France - Inventaire général

Dossier non géolocalisé

  • Dénominations
    cimetière
  • Aires d'études
    Grand Amiénois

Introduction

Le corpus analysé dans les communes étudiées d'Amiens métropole comprend 70 cimetières, dont 39 ont fait l'objet d'une monographie et 11 (détruits) ont été documentés comme partie constitutive de l'église paroissiale.

Les observations présentées ici ne concernent que les cimetières. Les tombeaux font l'objet d'observations spécifiques présentées dans le dossier Les enclos funéraires, monuments et tombeaux.

Historique

I. La nécropole : le quartier des morts juxtaposé à la ville des vivants

Les publications des érudits du 19e siècle et celles, plus récentes, de D. Bayard et J.-L. Massy (1983) documentent les nécropoles amiénoises de l'Antiquité. Plusieurs fouilles réalisées en 2006 (îlot de la Boucherie) et depuis 2012 (Blamont, Saint-Acheul, citadelle) ont nettement modifié l’image du paysage funéraire pour les périodes allant du milieu du IIIe siècle au Ve siècle1.

Les nécropoles primitives de la fin du 1er siècle avant J-C et de la 1ère moitié du 1er siècle après J-C sont mal localisées car les sépultures à incinération, qui laissent des traces moins visibles, ont été noyées dans la forte extension de la ville à partir du milieu du 1er siècle après J-C.

Les nécropoles et les enclos privés du Haut-Empire s’étendaient sur les pentes des plateaux calcaires au sud, à l’est et au nord de la ville, à une distance variant de 1 à 2 km, essentiellement mais pas exclusivement le long des voies principales vers Boulogne (citadelle2), Rouen (faubourg de Beauvais), Senlis (rue Saint-Fuscien), et Noyon3. La plus vaste était la nécropole de Saint-Acheul, sans doute du 3e siècle, qui reste la plus importante jusqu'au 7e siècle4. Les sites de promontoire du Blamont5 et du Mont Thomas (entre les voies de Beauvais et de Senlis) constituaient également des emplacements attractifs pour les plus riches, permettant de mettre en évidence les monuments funéraires liés à l'apparition des sépultures à inhumation.

Dans l'état actuel des connaissances, on constate que les nécropoles d'Amiens sont rarement situées en fond de vallée, à l'exception de la petite nécropole de la rue Vadé.

Ces nécropoles appartiennent à des familles ou à des collèges funéraires, associations prenant en charge les frais de sépulture en échange d'une contribution. Dans ces nécropoles coexistent des sépultures à incinération et des sépultures à inhumation, mode le plus courant à partir du IIIe siècle en Gaule ; elles ne présentent jamais d'implantation régulière mais elles sont le plus souvent orientées est-ouest. Leur emplacement, en particulier pour les sépultures à inhumation, était surmonté d'un simple repère visuel ou d'un monument.

A Amiens, les tombes sont plus fréquemment regroupées en îlot que véritablement alignées le long des axes de circulation. Le rapport au centre de l'îlot semble privilégié à un alignement au regard de la voie, qui pourrait être la marque des villes moyennes (Milleureux-Lebechennec).

Une nécropole gallo-romaine est attestée à Sains-en-Amiénois. Elle s'étendait au nord du village, autour de l'emplacement de l'église actuelle. En 2007, une petite nécropole de la fin du 3e siècle ou du début du 4e siècle a été découverte à Salouël6, dans le périmètre d'une petite villa.

II. Le cimetière chrétien

L'apparition du christianisme a une incidence fondamentale sur le rôle et la place du cimetière. Sa diffusion dans le monde urbain commence au 4e siècle ; elle est plus tardive en milieu rural, où elle date de l’époque mérovingienne (5e-8e siècles), encouragée par le baptême de Clovis en 496.

Les premiers cimetières chrétiens trouvent place dans les nécropoles existantes où se développe le culte des martyrs et des saints autour de basiliques cémétériales. Les sépultures sont placées sous la protection divine par l’intermédiaire des saints.

A Amiens, après la construction de l’enceinte du Bas-Empire, à la fin du 3e siècle ou au début du 4e siècle, l’ancienne nécropole de Saint-Acheul, dans laquelle on élève le tombeau de saint Firmin, premier martyr chrétien, au 4e siècle, devient le grand cimetière de la ville et reste le plus prestigieux jusqu'au déplacement du corps de saint Firmin dans la cathédrale, au 7e siècle. A Sains-en-Amiénois, l'invention des reliques des saints Fuscien, Victoric et Gentien, au milieu du 6e siècle, s'accompagne également de la construction d’une église contiguë au tombeau.

En milieu rural (Le Maho), l'utilisation des édifices antiques comme lieux de sépulture est fréquente (c'est manifestement le cas à Camon et à Boves) ; peu survivent cependant au-delà de l’époque carolingienne, qui se caractérise par un recul de l’habitat dispersé. La position marginale de certaines églises illustre parfois une permanence du site antique jusqu’au Moyen Age, comme ce pourrait être la cas à Pont-de-Metz, où l'église se situe en bordure d'une ancienne voie romaine, à Montières et à Saint-Maurice, ou encore à Dury, où le cimetière subsiste à son emplacement d'origine malgré le déplacement du village à la fin du 12e siècle ou au début du 13e siècle (Harnay, 1999). Il figure sur la carte de Cassini, comme celui d'Hébécourt (également en bordure d'une voie romaine) et celui de Blangy, représenté sous la forme de plusieurs croix mais sans clôture.

L'église et le cimetière paroissial

L'abandon des cimetières de la périphérie urbaine et leur implantation dans la ville commencent au 6e siècle, au moment du peuplement des faubourgs autour des basiliques cémétériales. Ces "déplacements" facilités par les évènements miraculeux propagés par l'Eglise, marquent une évolution importante. C'est notamment le cas à Arras, où saint Vaast, mort en 540, est enterré non plus ad sanctos, dans le cimetière périurbain, mais dans la cathédrale, c'est-à-dire dans l'église et dans la ville.

A partir du 7e siècle, le cimetière s'étend autour de l'église, dont il est une composante, constituant sa partie extérieure. La création des premières paroisses rurales date aussi celle de l'introduction du cimetière dans le village, lié à son statut paroissial. Les cimetières de plein champ sont généralement abandonnés, notamment parce qu'on ne peut pas y construire une église7. Ce ne sera pas le cas à Dury où le déplacement du village n'entraîne pas celui du cimetière8.

La construction d'une église résulte parfois de la nécessité d'établir la sépulture familiale du seigneur ou un cimetière extra-muros, comme ce sera le cas dans le cimetière Saint-Denis d'Amiens. Le cimetière devient un critère discriminant du village. Lieu de foires et de réunions, il est le premier bien communal, jusqu'au milieu du 13e siècle (Frossart).

Les décrets des conciles distinguent le bâtiment destiné au culte et l'espace consacré qui l'entoure et interdisent l'ensevelissement dans l'église, depuis le 6e siècle jusqu'au 17e siècle. Cette interdiction ne s'applique pas aux religieux qui sont habilités à autoriser certains laïcs (seigneurs et bienfaiteurs) à partager ce privilège. Le concile de Rouen (1581) établit la liste des trois catégories de fidèles qui peuvent être enterrés dans l'église.

Dans l'église, les emplacements privilégiés sont situés dans la nef, contre les murs (dans l'église Saint-Germain d'Amiens, deux chapelles funéraires sont construites dans le bas-côté nord) ; le chœur n'est théoriquement accessible qu'aux prêtres. Le sol des églises était recouvert de dalles funéraires jusqu'à leur déplacement aux 18e et 19e siècles. Certaines subsistent cependant, notamment à Camon.

A l'extérieur de l'église, in atrio, les tombes sont placées sous des auvents adossés aux murs de l'église autour de l'abside et sur le parvis. Il y a ainsi continuité entre l'extérieur et l'intérieur de l'édifice.

Les fosses communes, apparues avec les épidémies des 13e et 14e siècles, se généralisent à partir du 15e siècle ; jusqu'au 18e siècle, elles sont destinées à l'enterrement des pauvres. Les ossuaires, dans lesquels on entrepose les ossements, le plus souvent apparents, retirés des vieilles sépultures, apparaissent à la fin du 14e siècle.

En milieu urbain

A Amiens, deux cimetières sont attestés dans le castrum autour de l'église Saint-Firmin (7e siècle) et de l'abbaye Saint-Martin-aux-Jumeaux (D. Bayard, 1999).

Au 13e siècle, la ville compte douze paroisses et possède également un vaste cimetière périurbain, le cimetière Saint-Denis, attesté en 1244 mais probablement plus ancien (Durand, 1926, Bayard, 1999). Les églises hors les murs, dans les faubourgs, sont entourées d'un cimetière (Saint-Jacques, Saint-Pierre) mais peut-être pas Saint-Michel, dont dépend alors le cimetière Saint-Denis.

Le cimetière (voir le cimetière des hôpitaux pour les indigents) est le principal lieu d'inhumation pour le peuple mais les plus riches lui préfèrent l'église, qui est parfois le seul lieu d'inhumation dans certaines paroisses intra-muros.

Intra-muros, c’est l'intérieur de l'église qui constitue le principal espace d'inhumation. L'aménagement d'un cimetière jouxtant l'église paroissiale peut être plus tardif, notamment dans le cas des églises qui succèdent à des chapelles de fondation privée, comme c'est le cas des églises Saint-Remy et Saint-Germain d'Amiens. Couvents et hôpitaux (hôtel-Dieu) en sont également pourvus.

Contre l'église, il est aménagé ou agrandi à la fin du 15e siècle ou au début du 16e siècle, au moment de la reconstruction de l'église, qui succède à la construction de la dernière enceinte (achevée à la fin du 15e siècle). C’est le cas de l'église Saint-Leu où le cimetière est aménagé sur un terrain acquis en 1495, de l'église Saint-Germain et de l'église Saint-Remy. Ces cimetières intra-muros sont très exigus (moins de 500 m2), contrairement à ceux des faubourgs (Saint-Denis, Saint-Pierre, Saint-Maurice) et de l’ancienne église Saint-Jacques, reconstruite à la fin du 15e siècle, dont le dessin des Duthoit donne une représentation tardive (ill.). Ils disparaissent parfois pour permettre l’agrandissement de l’église (Saint-Remy, rec. 1503, Saint-Michel (?), Saint-Germain, Saint-Martin, avant 1477). Dans certains cas, les cimetières des hôpitaux se substituent aux cimetières paroissiaux. Ainsi, au 15e siècle, on enterre les paroissiens de Saint-Leu, de Saint-Germain et de Saint-Firmin le Confesseur, dans le cimetière du nouvel hôtel-Dieu (Pinsard).

Après la construction de la dernière enceinte, il existe cinq cimetières dans les paroisses des faubourgs (Saint-Pierre et Saint-Maurice) et de la banlieue (Longpré-lès-Amiens, Montières, dont dépend le hameau de Renancourt, et Saint-Acheul, qui dessert Boutillerie et la Neuville). Au 17e siècle, deux nouveaux cimetières dépendant de la paroisse intra-muros de Saint-Remy sont créés dans le faubourg de Beauvais (chapelle Saint-Honoré, bénédiction en 1663) et la banlieue (chapelle du Petit-Saint-Jean, vers 1638). Enfin à Renancourt, une église paroissiale est reconstruite vers 1775.

Le cimetière architecturé

Le cimetière prend parfois la forme d'un cloître, il est alors nommé aître (petite cour rectangulaire dont l'un des côtés coïncide généralement avec le mur de l'église) ou charnier, jusqu'à la fin du Moyen Age, terme qui désigne plus particulièrement la galerie surmontée de l'ossuaire, qui ceinture le cimetière. Le cloître est aussi parfois le cimetière du couvent (moines et chanoines).

A Amiens, il en existait deux exemples remarquables connus par les dessins des frères Duthoit : les cloîtres du cimetière Saint-Denis (ill.), construits aux 15e et 16e siècles, après la construction de la dernière enceinte, et celui de la cathédrale, dit "cloître des Macchabées".

Créé par la ville, lors de la peste noire du milieu du 14e siècle, le cimetière Saint-Denis devient le principal lieu d'inhumation de la ville. "Le milieu du cimetière était "en prés, avec de riches croix de bronze, de cuivre, de fer, de pierre de taille, de grès, de bois et de grands mausolées". Ce cimetière servait pour toute la ville et les faubourgs ; neuf paroisses dans Amiens n'avait point d'autre cimetière" (Pagès cité par Rodière). L'Epitaphier de Picardie (Rodière) y recense plus de 345 épitaphes des 16e et 17e siècles dans les cloîtres, principalement de bourgeois marchands. On observe un regroupement par familles et par corporations ou métiers.

Jusqu’au 17e siècle, cet espace public bénéficie du droit d’asile que lui confère sa relation à l’église ; il peut ainsi être peu à peu couvert d’habitations, comme le cimetière parisien des Innocents9. A Amiens, des logettes sont adossées dès le milieu du 16e siècle, au mur de l’ancien cimetière Saint-Denis. Le cadastre de 1813 (ill.) et les dessins des frères Duthoit montrent que les habitations sont plaquées contre les galeries, à l’extérieur du cimetière, comme elles l’étaient également contre les murs des églises. Ces habitations occupent des espaces baillés par la ville pour l’entretien ou la construction du cimetière.

En milieu rural

En milieu rural, le déplacement du cimetière de plein champ autour de l’église peut être contemporain de la construction du lieu de culte ou de sa reconstruction, à la fin du Moyen Age.

Ces cimetières découverts, espaces plus vastes aménagés à partir du 12e siècle, sont toujours voisins des églises et dans l’enceinte ecclésiastique. Ils présentent alors une forme irrégulière et peuvent être fermés par un mur bas ou une haie. Contemporains de l’abandon des sarcophages de pierre, on y élève de simples croix marquant l’emplacement des tombes ou une seule grande croix hosannière, la croix de cimetière.

L'édit royal de 1695 concernant la juridiction ecclésiastique (confirmé par Lettres Patentes des 8 mai 1703 et 1er février 1732) précise que l'entretien de la clôture du cimetière des églises paroissiales est à la charge des habitants.

Dans la 2e moitié du 18e siècle, l’abattage des arbres du cimetière permet de subvenir aux besoins des communes pour la réparation de leur église (Notre-Dame de Boves en 1764) ou son ameublement (une chaire à prêcher à Pont-de-Metz en 1767, les bancs de l’église à Cagny en 1780) ou encore pour reconstruire les maisons du village dévastées par un incendie (Franvillers, 1767, Hédicourt et Warloy-Baillon 1772, Ville-Saint-Ouen 1780). Il s’agit le plus souvent d’ormes comme à Boves ou à Camon mais également de frênes (Villers-Bocage) ou de noyers (Hargicourt).

Le cadastre napoléonien du début du 19e siècle montre que les cimetières se situent le plus souvent en village, dans l’enclos de l’église paroissiale, à l’exception de Dury, de Glisy et de Blangy-Tronville, ou encore de Saveuse où le cimetière isolé est situé à l'extrémité du village10. A Saleux, comme à Boves, l'église est reconstruite à un autre emplacement, au début du 19e siècle, mais le cimetière est conservé11.

Leur position dépend donc le plus souvent de celle de l'église, qui peut être centrale (Poulainville, Cagny, Dreuil, Bertangles), périphérique (Boves, Pont-de-Metz et Vers-sur-Selle) ou marginale en particulier quand le château est reconstruit au 17e ou au 18e siècle (Allonville). La taille du cimetière est plus réduite quand il se situe dans le village (environ 700 m2 contre 2 à 3000 m2 pour les cimetières isolés ou les églises en périphérie). Quand le cimetière entoure l’église, située à un carrefour, la parcelle présente généralement une forme irrégulière, parfois triangulaire (Notre-Dame de Boves, Pont-de-Metz). On observe une parcelle de plan régulier au sud de la nef (Allonville). A Longueau et à Camon, le cimetière de plan irrégulier est séparé de l’église par une rue. La taille des cimetières situés en périphérie ou hors agglomération est généralement de 2000 m2 au début du 19e siècle. Quelques églises sont accessibles depuis la voie publique sans traverser le cimetière (Allonville, Cagny, Poulainville).

Cette configuration est la même dans les paroisses extra-muros d’Amiens : Renancourt (plan régulier au sud de la nef), Saint-Maurice (plan triangulaire), Saint-Pierre (plan régulier à l’ouest de la nef), Saint-Acheul (plan régulier au nord et à l’ouest de la nef), Montières (plan irrégulier au sud de la nef), Longpré (plan régulier autour de l’église) mais également Saint-Honoré (autour de l’église) et Petit-Saint-Jean (plan régulier autour de l’église).

Il existe aussi des villages dépendant d’une autre paroisse, qui ne possèdent donc ni église ni cimetière, à la fin du 18e siècle ; c’est le cas de Rivery, rattaché à Saint-Pierre depuis le 17e siècle, et de Saint-Fuscien, rattaché à Sains-en-Amiénois. Dans ce dernier cas, l'absence d'église paroissiale et de cimetière est liée à la présence d’une abbaye.

Dans ces cimetières ruraux, plusieurs textes font état d’une division "amiable" de l’espace jusqu’au milieu du 19e siècle.

Les cimetières de Protestants

Les cimetières de Protestants, autorisés par l'édit de Nantes (1598) et tolérés jusqu'à sa révocation en 1685, sont plus fréquents dans les années 1730-1760. En Picardie, il existe plusieurs cimetières protestants (notamment à Contay et Vaudricourt, dans la Somme, ou encore à Landouzy-la-Ville, dans l'Aisne). A Amiens, de 1563 à 1569, un temple protestant est attesté dans le faubourg de Hem (dict. hist., 1909, p. 84) ; un cimetière des Réformés est attesté rue du Four-au-Champ, entre 1680 et 1694, avant son transfert dans l’enclos de l’hôtel-Dieu (AD Somme ; B 200). A la fin du 18e siècle, la construction de cimetières pour non catholiques est autorisée à Albert et à Breteuil, où un cimetière protestant est aménagé en 1788 (AD Somme ; C 15 et C1668).

La marginalisation du cimetière

A Amiens, comme on l'a vu, la disparition des cimetières paroissiaux intra-muros est souvent liée à l'agrandissement de l'église au cours du 16e siècle et au milieu du 17e siècle. Le cimetière Saint-Denis devient alors le principal cimetière de la ville, complété au milieu du 17e siècle par deux nouveaux cimetières établis hors les murs au Petit-Saint-Jean et dans le faubourg de Beauvais, puis au 18e siècle à Renancourt.

Les épidémies constituent ici encore un facteur déclenchant, dont témoigne la création du cimetière Saint-Denis. Plusieurs cimetières sont à nouveau aménagés au 17e siècle pour les pestiférés, qui semblent des lieux de sépulture temporaires créés ou réutilisés au moment des épidémies. Ces cimetières sont établis intra-muros (l'un dépendant de l'hôtel-Dieu, un autre attesté au sud de la ville, à l'emplacement d'un jardin acquis par les Franciscains en 1585) ou hors les murs, dans l'enclos du sanitat aménagé par la ville dans l'ancienne maladrerie de la Madeleine.

L'insalubrité et la promiscuité, dénoncées dès le 17e siècle mais surtout au 18e siècle, aboutissent à un premier arrêt du parlement de Paris (non appliqué) en 1765, puis à la loi de 1776, qui impose le transfert des cimetières hors des villes.

La loi du 10 mars 1776 reprend les préconisations de l'arrêt du parlement de Toulouse ; plus souple, elle autorise cependant archevêques, évêques, curés, patrons d'église, hauts-justiciers et fondateurs de chapelle à s'y faire enterrer. "Les personnes autres [...] dont l'inhumation dans les églises avaient été autrefois permise, ne purent plus être enterrées que dans les cloîtres ou chapelles ouvertes y attenant, et en outre, à la condition d'y faire construire des caveaux suivant la forme et dimensions indiquées par l'article 2 de la loi. Dans le cas où aucun cloître ne se fût trouvé dans les dépendances des édifices religieux, ceux qui, à l'époque de la promulgation de la loi, avaient le droit de réclamer une sépulture dans l'église, pouvaient choisir dans les cimetières des paroisses un lieu séparé pour leur sépulture, de manière toutefois qu'il restât toujours dans ces cimetières le terrain nécessaire pour la sépulture des fidèles" (Sébire et Carteret, 1845, p. 257).

Interdisant les inhumations à l’intérieur de l’église, la loi oblige tout individu à être enterré dans le cimetière, qui doit comprendre un espace destiné aux non catholiques, notamment aux musulmans, comme le signale le dictionnaire de Furetière (1690).

Dissocié de l'église, le cimetière conçu après la loi de 1776 doit être uniquement un lieu d’ensevelissement où ne s’élève ni chapelle ni oratoire. Prolongeant la tradition médiévale, le mur de clôture est doublé d’une galerie intérieure qui abrite les sépultures individuelles et les monuments. Le centre est réservé aux fosses communes, à l’exemple du projet de cimetière de Dunkerque, en 1775, qui comprend cependant une chapelle en son centre. Si le cimetière ne dispose pas de cloître, on accordera l’autorisation de construire des caveaux surmontés d’un monument sans clôture, comme on le voit sur la représentation du cimetière de la chapelle Saint-Honoré (doc. 5).

L'exécution de cette loi fut très incomplète bien que renouvelée en 1781, au moment de la fermeture du cimetière parisien des Innocents. Dans la région, seules les villes de Dunkerque (1777-1778) et Lille (1779) ou encore Laon (1777) semblent avoir projeté la création de nouveaux cimetières hors les murs. La translation des ossements en 1785-1786 a pu constituer un facteur déclenchant pour certaines villes qui décident la création d'un cimetière hors les murs au même moment (Amiens et Saint-Omer, en 1785, Cambrai en 1786). Plusieurs tentatives infructueuses ont lieu dans la Somme : Péronne (1778), Amiens (1783) et Fontaine-sur-Catheux (1786).

A Amiens, la création d’un grand cimetière hors la ville, qui doit se substituer aux onze cimetières "particuliers" existant dans la ville et ses faubourgs, est projetée, sans succès, en 1785. Le rapport de Jean-Baptiste Duval, cité par S. Comte, dénonce les dangers de ces cimetières : “ […] il y a dans cette ville et ses faubourgs, outre le cimetière commun de St-Denis, onze cimetières particuliers : Notre-Dame, St-Firmin-le-Confesseur, St-Firmin-en-Castillon, St-Firmin-à-la-Porte, St-Jacques, St-Sulpice, St-Pierre, St-Honoré, St-Maurice, l’Hôtel-Dieu et l’hôpital général ; qu’ils sont tous si dispersés, si étroits, si concentrés, si fréquemment remués, si peu propre en un mot à absorber annuellement 1800 cadavres, qu’il faut les considérer comme autant de foyers d’infection répandus dans les différents quartiers de la ville, d’où s’exhalent sans cesse des vapeurs pestilentielles et très-pernicieuses et les plus capables de nuire à la santé de tous les individus dont la cité est peuplée".

L'architecte communal Jacques Sellier rédige de nombreux rapports sur ce sujet (cf. annexe).

III. Le cimetière communal

Le décret du 7 mars 1808 concerne la loi qui fixe une distance pour les constructions dans le voisinage des cimetières hors des communes. "Nul ne pourra, sans autorisation, élever aucune habitation, ni creuser aucun puits, à moins de cent mètres des nouveaux cimetières transférés hors des communes en vertu des lois et règlements" (article 1).

Le décret de prairial an XII (cf. annexes 8 et 9) confirme l'interdiction d'enterrer dans l'église et à moins de 35 m des limites urbaines. La prohibition de la superposition des corps entraîne la démultiplication des tombes ; ainsi "les terrains destinés à former des lieux de sépulture seront cinq fois plus étendus que l´espace nécessaire pour y déposer le nombre présumé de morts qui peuvent y être enterrés chaque année" (art. 6). "Lorsque l'étendue des lieux consacrés aux inhumations le permettra, il pourra y être fait des concessions de terrains aux personnes qui désireront y posséder une place distincte et séparée, pour y fonder leur sépulture et celle de leurs parens (sic) ou successeurs, et y construire des caveaux, monumens (sic) ou tombeaux" (art. 10).

La loi du 18 juillet 1837 place la translation du cimetière aux frais de la commune. Enfin l'ordonnance royale du 6 décembre 1843 étend l'ensemble de ces dispositions à toutes les communes et institue des classes de concessions : perpétuelles, trentenaires (renouvelables indéfiniment) et temporaires (15 ans au plus, non renouvelables). Les inscriptions sont soumises à l'approbation du maire.

Bien que communal et non plus paroissial, le cimetière reste un espace religieux, où les signes redeviennent plus visibles à partir de 1848. Il fait l'objet d'une bénédiction et on y érige une croix de cimetière ; on y prévoit même des carrés confessionnels.

L'article 15 du décret de prairial an XII est abrogé par la loi du 14 novembre 1881, dite loi sur la neutralité des cimetières.

Loi sur la liberté des funérailles et loi du 28 décembre 1904 abroge les lois conférant aux fabriques des Eglises et aux consistoires le monopole des inhumations.

Enfin, la loi du 3 janvier 1924 établit les concessions centenaires.

En milieu urbain

Les cimetières intra-muros d’Amiens sont supprimés durant la période révolutionnaire et le cadastre de 1813 montre qu’il n’y a plus aucun cimetière en activité dans la ville.

Deux cimetières ont été créés dans les faubourgs d’Amiens (Saint-Roch, 1794, et le Blamont, 1796), complétant les cimetières subsistant dans les faubourgs (Saint-Pierre, qui sert aux habitants de Rivery, Saint-Maurice, Saint-Honoré) et la banlieue (Renancourt, Montières). A Rivery, un cimetière de plein champ est également aménagé au nord-est du village, durant cette période.

En 1800, l'architecte de la ville a déjà proposé "plusieurs projets pour y avoir autour de la ville des cimetières décents, convenable au respect qu’on doit avoir pour les cendres des morts et au culte, qu’on leur rend depuis le commencement du monde. Il n’y a pas de moyens plus favorables au maintien de la morale, que de rappeler aux enfants la vertu de leurs pères, à la vue des monuments élevés à leur mémoire" (cf. annexe 5). L'année suivante, il écrit encore : "Il y a plus de 30 années que je répand des mémoires sur les cimetières, le mauvais air qu’ils perpétuent dans les villes, sans aucun succès de ma part. Je parvins au commencement de la Révolution à faire établir 4 cimetières dans les grands fossés inutiles de la place, on y enterra ; mais cet utile établissement fut bientôt arrêté par la seule raison que si l’on venait à vouloir encore faire quelque nouvelle excavation pour de nouvelles fortifications dans les fossés, on aurait le désagrément de déterrer les morts ; l’on a en place des fossés formés des cimetières en plein champ que l’on a fermé ni de mur, ni de haie, ni de fossé ; on les a laissé à la merci des loups et des chiens aussi n’y enterre-t-on plus que les morts des hôpitaux et les plus pauvres, qui ne peuvent se constituer dans la moindre dépense pour les transporter ailleurs" (cf. annexe 6).

Voté le 5 frimaire an 5 (25 novembre 1796), le projet de création d'un nouveau cimetière, à l'emplacement de l'ancienne maladrerie de la Madeleine, est à nouveau débattu à plusieurs reprises en 1796, 1798, 1799 et 1801 (cf. annexe). L’aménagement du "champ des tombeaux" donne lieu à un premier plan dessiné par l’architecte communal Limozin, en germinal an 10 ou 11. Ce projet (non réalisé) peut être rapproché de celui de Dunkerque en ceci qu’il présente une disposition rayonnante d’allées reliant la chapelle, au centre, aux quatre côtés du cimetière.

Un rapport de 1808 indique que les clôtures sont rétablies, que les bâtiments sont relevés, alors que la construction du chemin reliant la ville au futur cimetière n'est pas encore réalisée.

Quelques inhumations isolées ont lieu en 181112, en 1814 et en 1816. C'est l'inhumation de l'évêque d'Amiens, Monseigneur de Mandolx, qui est le facteur déclenchant. En 1817, il demande à être inhumé dans la chapelle du cimetière de la Madeleine "voulant par ce choix détruire le préjugé qui éloignait de ce cimetière" (AD Somme ; 2V 45).

Les cimetières des faubourgs sont fermés en 1818 (Saint-Pierre, Saint-Maurice, Saint-Roch, le Blamont), après l’ouverture officielle du cimetière de la Madeleine, à l'exception de celui de la chapelle Saint-Honoré, dans le faubourg de Beauvais, que les habitants souhaitent conserver. Ceux de la banlieue subsistent (Renancourt, Montières, Petit-Saint-Jean, ancienne abbaye Saint-Acheul).

A partir de 1830, la ville procède à la création de nouveaux cimetières suivant une classification qui distingue les cimetières urbains et ruraux.

Ainsi le cimetière général de la Madeleine, agrandi en 1828, est-il complété par ceux du Petit-Saint-Jean (1850), de Saint-Pierre (1851) et de Saint-Acheul (1860). Le déplacement des cimetières des faubourgs et de la banlieue est contemporain : Renancourt (1833), Montières (1841), Longpré (1846). Le cimetière Saint-Honoré est supprimé en 1860.

Deux nouveaux cimetières seront créés au 20e siècle : le Nouveau Saint-Pierre (1914), qui remplace celui qui avait été aménagé en 1851, et Saint-Acheul neuf (1920), enfin Dreuil-lès-Amiens au milieu du 20e siècle (non étudié).

En milieu rural

En milieu rural, le cadastre napoléonien du début du 19e siècle montre également que les cimetières se situent toujours à leur emplacement d'origine, contre l’église paroissiale, à l’exception de Dury, de Glisy et de Blangy-Tronville, où le cimetière se situe à plus d'un kilomètre du village, ou encore de Saveuse et de Saleux où le cimetière est situé dans le village mais distant de l’église paroissiale. A Saveuse, le cimetière est agrandi en 1805. A Saleux, l'église a été déplacée au début du 19e siècle mais le cimetière est encore conservé.

On peut également observer que les côtés du cimetière jouxtant des habitations sont généralement clos de murs (Dreuil-lès-Amiens13) mais certains cimetières ne sont pas clos. A Boves, en 1811, le cimetière Notre-Dame de Boves n´est séparé du village et de la maison voisine, le Prieuré, que par un "rideau" ; le propriétaire de cette maison et désireux de racheter le terrain, fait valoir que ce cimetière ne peut être conservé en raison de sa proximité des habitations et de sa situation sur un rocher, sans profondeur suffisante ; le cimetière non clos exhale, en outre, des vapeurs pestilentielles. Un rapport de 1820 indique que le cimetière de l'ancienne église Notre-Dame n'est pas clos, comme le cimetière Saint-Nicolas ; il sert "de voirie habituelle, l'on y voit pacage de bestiaux de toute espèce". En 1832, à Camon, la fabrique a l'intention d'intenter un procès à une famille du village qui a pratiqué une ouverture et ménagé un chemin, pour faciliter sa traversée.

En milieu rural, le déplacement des cimetières commence vers 1830. Deux cimetières sont cependant créés avant cette date : celui de Rivery, en 1818, qui remplace le cimetière de l'ancienne église Saint-Pierre supprimé à cette date, et celui de Saint-Fuscien, dépendant de la paroisse de Sains, où une église et un cimetière sont aménagés en 1820, dans l’ancienne abbaye.

Les créations de nouveaux cimetières débutent dès les années 1830 (Saint-Fuscien, Salouël, Cagny). Elles deviennent plus fréquentes autour de 1850 (Longueau, Sains, Saleux), rarement contemporaines de la reconstruction de l'église, à l'exception de Longueau. Quelques créations sont plus tardives (Camon, 1880), en particulier dans les communes les moins peuplées du nord de l’aire d’étude : Bertangles (1884), Allonville (1907), enfin Poulainville (1922).

Plusieurs cimetières sont conservés (Dreuil-lès-Amiens, Vers-sur-Selles et Pont-de-Metz), constituant parfois le seul vestige de l’emplacement de l’église détruite à Boves (cimetières Notre-Dame et Saint-Nicolas) et à Poulainville (de 1870 à 1922), ce qui représente environ 30% du corpus.

Le déplacement de ces cimetières se heurte généralement à la volonté des habitants, même quand ils sont cause d’épidémies (Sains, Poulainville). A Amiens, s’y opposent "les coteries, les passions, les mêmes préjugés qui faisaient appréhender de fouiller une terre dont on craignait les émanations délétères, le clergé, enfin, qui tenait lui aussi à ses prérogatives, à ses cimetières particuliers, ne permirent point encore une fois de réaliser un projet aussi utile qu’humain" (S. Comte, 1847, p. 22). L’usage ancien du lieu peut effrayer la population mais c’est essentiellement l’attachement à des sépultures familiales anciennes qui constitue le principal obstacle.

En 1879, à Camon, le rapport du médecin des épidémies dénonce l'insalubrité du cimetière, sa proximité des habitations, l'impossibilité de son agrandissement et sa situation sur un point haut de la commune, drainant les eaux de pluie. Il préconise son déplacement, auquel s'opposent les habitants. Le maire admet que le cimetière est trop proche des habitations mais considère qu'il n'est pas insalubre. Pour lui, la construction d´un mur suffirait "pour le mettre à l'abri des profanations des animaux".

A Poulainville, le transfert du cimetière et l'interdiction du puits voisin sont préconisés après une épidémie de fièvre typhoïde survenue en 1899. Là encore, le maire considère qu'il n'y a pas lieu de supprimer le cimetière. En 1907, il plaide encore sa cause au préfet. Le cimetière n'est "pas grand" mais il est "suffisant pour la population" qui décroît. "Je reconnais qu'un cimetière n'est pas à sa place au milieu du village, mais je suis persuadé que sa suppression contrarierait la majorité des habitants dans leur respect pour les morts".

IV. L'aménagement du cimetière

A Camon, chaque famille possède un lieu de sépulture dans le cimetière, entourée d'une haire vive ; "on désigne la place qui convient sans avis de M. le curé ni d'aucun membre de l'administration municipale, c'est l'usage". En 1860, la commune refuse de définir des tarifs de concessions pour les sépultures privées. Le cimetière "suffit au besoin de la population à la condition de n'en distraire aucune portion pour des sépultures privées qui occupent relativement de grands espaces de terrain. [...] afin de ne pas gêner les habitants dans leurs droit (sic) aux sépultures communes, [...] il n'y a plus lieu d'accorder de concessions pour des sépultures privées ; il [le maire] regrette que l'étendue du cimetière le force à prendre une décision qui n'est pas en rapport avec les instructions de monsieur le préfet".

A Rivery, le curé de Saint-Pierre achète une parcelle mitoyenne destinée aux habitants du faubourg de Saint-Pierre ; l’espace est ainsi clairement divisé ; c’est également le cas dans l’ancien cimetière de Sains, où les étrangers sont inhumés dans la partie située au nord de l’église paroissiale14. Dans les cimetières conservés, les concessions apparues à partir de 1848 sont localisées dans les parties neuves. Dans les nouveaux cimetières, des espaces sont réservés aux donateurs (Bertangles, Saveuse), alors qu’à Dury, à Vers-sur-Selles ou à Salouël, des cimetières particuliers sont accolés au cimetière commun. A la Madeleine et au Vieux Saint-Acheul, des quartiers confessionnels sont aménagés, celui des Protestants à la Madeleine disposant d'un accès particulier.

Quelques plans permettent de connaître l'aménagement de ces cimetières au 19e siècle.

Le cimetière de la Madeleine présente un plan paysager dont la cohérence sera conservée lors de la première extension en 1828, alors que celle de 1870 présente un plan mixte, associant des îlots paysagers et des coeurs d'îlot presque totalement occupés par les concessions.

Les rares plans anciens conservés montrent une division en deux ou quatre parties par deux allées orthogonales à l'intersection desquelles se situe la croix de cimetière. A Camon (1869) les tombes sont encore dispersées et le plan ne figure aucune concession. L'emplacement des concessions perpétuelles varie. Celui de Sains-en-Amiénois (1869) montre une croix à l'extrémité de l'unique allée principale et les deux carrés les plus proches réservés aux concessions perpétuelles ; le pourtour est affecté aux "enterrements à la ligne". Celui de Dury montre une disposition en "tranchées" (ill). A Boves, plusieurs projets de plan paysager proposés en 1876 (ill.), attestent de l'influence des cimetières urbains de la Madeleine et de Saint-Acheul. C'est finalement le "plan mixte" qui sera retenu en 1880 pour le cimetière Saint-Nicolas (ill). Les concessions perpétuelles y sont placées dans la partie paysagère et le long d'un des murs.

Le rapport sur le projet de distribution du cimetière du Petit-Saint-Jean (1851) décrit les zones affectées aux concessions perpétuelles (68), trentenaires (56), de 15 ans (60), enfin aux fosses communes, pour une moyenne annuelle de 15 à 20 inhumations. Les concessions perpétuelles, divisées en sépultures familiales et individuelles, sont situées de chaque côté de l'allée centrale. Des dérogations sont cependant autorisées dès 1851, comme le montre la demande de M. Boulanger-Gontier qui veut élever son tombeau familial face à celui de la famille Crignier-Gontier, dans la zone des concessions perpétuelles individuelles ; "la disposition régulière de ces deux monuments [de même proportion et de même style] de chaque côté de l´allée, à l'entrée du cimetière, serait d'un bon aspect". Elle est acceptée malgré l'avis négatif de l'architecte communal. En 1859, une seconde demande est autorisée, qui ne respecte pas le plan défini, celle de la famille Crignier. Le concessionnaire a acquis une concession trentenaire de 7,50 m2 en 1854, qu'il veut transformer en concession perpétuelle mais dont la superficie est insuffisante pour élever un "monument dont la dimension et le style serait (sic) d'un bel aspect pour l'entrée du cimetière".

Les concessions

A Amiens, après les premières inhumations qui débutent en 1811, les premières concessions sont acquises en 1828. Au premier règlement de 1827 succède un arrêté municipal de 1828 destiné à régulariser les sépultures déjà établies.

En application de la loi de 1843, les communes définissent les tarifs des concessions (perpétuelles, trentenaires et temporaires), qui s’appliquent d’abord aux habitants extérieurs à la commune (Cagny), certaines dès les années 1840 (Cagny, Dury 1847 et Saint-Fuscien). Le règlement se généralise dans les années 1860 (Cagny et Poulainville 1859, Blangy, Sains-en-Amiénois 1864, Pont-de-Metz 1867, Camon 1868). Ces règlements sont actualisés (Amiens en 1827 et 1845, Dury 1847 et 1886).

Dans le cimetière du Petit-Saint-Jean, les premières concessions sont acquises en 1851.

Dans le cimetière Notre-Dame de Boves, les premières concessions sont mises en vente en 1838.

A Camon, trois concessions à perpétuité sont concédées en 1855, en 1857 et en 1859. Règlement et tarifs sont définis en 1868, à la suite d'un conflit lié à la création d´une "barrière en pierre reliée par des barres de fer", clôture qui "constitue et présente tous les caractères d´un terrain destiné à une sépulture particulière".

En 1836, le maire de Boves refuse à M. Barbier l'autorisation de faire élever un mausolée, sur la tombe de son fils. "Il est d'usage généralement observé à Boves de poser sur les tombes des croix, des pierres, des monuments, d'autres signes, sans demander d'autorisation" mais cette fois, l'élévation et l'étendue du mausolée et surtout l'inscription projetée mentionnant le nom de la famille sont pour le maire une prise de possession exclusive. L'inscription est donc supprimée du tombeau. En 1842, M. Baudeloque demande à agrandir sa concession de 9 m2 acquise deux ans plus tôt, dont l'étendue est insuffisante pour y construire une chapelle.

A Poulainville, les tarifs des concessions du cimetière doivent être fixés en 1859. Le maire renonce à percevoir une taxe "considérant que le cimetière de cette commune, assez spacieux pour le moment, se trouve entrepris par les places que chaque famille possède depuis un temps immémorial et qu´il serait impossible de les déposséder sans les froisser dans leurs plus chères affections [...], les habitants de cette commune étant simples, modestes et peu soucieux du luxe des sépultures". Une parcelle de 50 m2 est dédiée aux morts étrangers à la commune. Le projet de reconstruction de l´église, qui entraînera la démolition de l´ancienne, permettra l´agrandissement du cimetière.

Au 19e siècle, les cimetières comme les concessions sont plantés de cyprès, d'ifs et de buis mais également de tilleuls, lilas, églantiers, sycomores, thuyas, dahlias, rosiers et chèvrefeuille (S. Comte, p. 8 et 9).

Tourisme de mémoire

A Amiens, comme à Bordeaux (1825) ou Valenciennes (1828), les guides touristiques invitent les visiteurs à une promenade au cimetière de la Madeleine, ceux de Dusevel (1825), Caron (1833), Caland (1854) ou S. Comte (1847), qui publie un opuscule riche de renseignements sur les monuments et l'aménagement végétal.

Signes religieux et mémoire collective

A Amiens, le cimetière communal conserve une appellation liée à la paroisse d'origine. Il fait l'objet d'une bénédiction et on y élève une croix de cimetière au moment de sa création (Saint-Fuscien, 1836, Cagny, 1838, Montières, 1849, Saleux, 1854), offerte par un particulier (Longueau 1849, Bertangles vers 1884, Allonville vers 1906) ou provenant de l'ancien cimetière (Saint-Pierre d'Amiens en 1861, installation d'une croix de 1804). La croix du cimetière est souvent associée à un tombeau de prêtre ou un enclos de congrégation (Saint-Fuscien, Allonville, Cagny, Sains-en-Amiénois). Au cimetière de la Madeleine d'Amiens, des terrains sont cédés gratuitement par la ville pour établir la sépulture de l'ancien curé de Saint-Jacques (1838) ou du chapitre de la cathédrale (1863).

Les quartiers confessionnels identifiés dans les cimetières de la Madeleine (plaines D, P et S) et du Vieux-Saint-Acheul (plaine A) sont supprimés, en application de la loi de 1881. A partir de 1891 la croix de cimetière ne peut plus être financée par la commune mais les dons privés restent autorisés. La croix de cimetière est souvent offerte par un particulier parfois bien après l'ouverture du cimetière (Dury en 1872, Petit-Saint-Jean en 1878 ou encore Longueau en 1923).

Le cimetière de la Madeleine accueille des monuments laïques, généralement élevés sur des terrains mis à disposition par la ville : ceux de Bruno Vasseur (1853), Gaffet (1868), Louis Alexandre Cozette (1874), Jules Barni (1880), Louis Thuillier (1883) ou encore les monuments aux Enfants noyés (1911) ou aux Sapeurs pompiers (1923).

Plusieurs monuments aux morts sont élevés dans quelques cimetières (Renancourt, Petit-Saint-Jean, Pont-de-Metz,Vers-sur-Selles).

Aménagés assez loin des agglomérations, ces nouveaux cimetières font l'objet d'extensions nombreuses et rapides (cf. schémas d'extension des cimetières). Le cimetière de la Madeleine double en surface, dix ans après son ouverture. Le nouveau cimetière Saint-Pierre d'Amiens sera supprimé et transféré à son emplacement actuel, au début du 20e siècle.

V. Les cimetières militaires

Plusieurs instruments législatifs régissent la création et l'aménagement des cimetières militaires, en France.

La loi du 29 décembre 1915 accorde une sépulture perpétuelle sur le sol national aux soldats français et alliés, mesure étendue aux vaincus, le 28 juin 1922. Un accord signé le 26 novembre 1918 cède gratuitement aux Britanniques, et sans limitation de durée, la jouissance des terrains des cimetières militaires, mais le sol demeure propriété de l'Etat français. Ces cimetières sont organisés en secteurs confessionnels.

La loi de juillet 1920 autorise la restitution des corps aux familles qui le demandaient, pour inhumation dans les caveaux familiaux ; ce fut le cas pour environ 30% des corps identifiés, soit 250.000 hommes.

Les nécropoles nationales

Elles succèdent aux cimetières provisoires. Comme l'indique Anne Biraben (2005) les plans des nécropoles françaises sont dessinés par les techniciens du ministère, suivant les principes de la circulaire du 24 février 1927.

"Un cimetière militaire est un monument national élevé dans le but de glorifier et de perpétuer le souvenir de ceux qui sont morts pour la patrie.

Son emplacement doit être connu de tous (carte générale), son accession facile (pancarte indicatrice, chemin d’accès) ; dès qu’il peut être aperçu, l’impression qu’il produit doit être favorable (vue d’ensemble, couleur, alignement des croix, aménagement végétal, verdure) ; cette excellente impression doit persister lorsque le visiteur approche du cimetière (abords immédiats, nom du cimetière) ou y pénètre (indication concernant le nombre des tombes, carnet de réclamations, adresse du gardien, allées, tumuli, inscriptions sur les croix, allées secondaires, ossuaires, ombrages, bancs et refuges).

L’aménagement des cimetières nationaux étant sur le point d’être terminé, il est indispensable de prendre, dès à présent, les dispositions nécessaires pour parfaire leur ornementation et compléter ainsi l’œuvre entreprise depuis la fin des hostilités." (Biraben, p. 116-117). Une disposition-type est adoptée en 1928, quel que soit le site d'implantation.

En Picardie, on compte 28 nécropoles nationales dans l'Aisne (notamment Berry-au-Bac, Pontavert et Cerny-en-Laonnois), 22 dans la Somme (dont 2 à Amiens : Saint-Pierre et Saint-Acheul) et 15 dans l'Oise.

Les cimetières du Commonwealth

Selon le site de la Commonwealth war grave commission, les cimetières et les mémoriaux sont construits en France de 1919 à 1938, sur les plans et sous la direction des architectes anglais sir Edwin Lutyens, sir Reginald Blomfield, sir Herbert Baker et Charles Holden. Le modèle des stèles est dessiné par le sculpteur Charles Jagger Whilst et les caractères des épitaphes par Macdonald Gill.

Les cimetières de plus de 40 tombes sont dotés d’une croix du Sacrifice, dessinée par sir Reginald Blomfield, dont la hauteur varie de 4,15 m à 9 m suivant la taille du cimetière, ou d’une pierre du Souvenir, dessinée par sir Edwin Lutyens, érigée dans les cimetières de plus de 1000 sépultures. Deux cimetières de l’aire d’étude sont aménagés par ces architectes : le cimetière Saint-Pierre d’Amiens (Blomfield) et le cimetière militaire de Longueau (Lutyens).

Sur la face antérieure de la croix du sacrifice, se trouve une épée de bronze, l’épée de Saint-Georges, pointant vers le bas en signe de deuil. La signification de ce symbole est complexe : caractère militaire du lieu, lutte contre l’injustice et le mal, arme des héros et des chevaliers luttant contre la barbarie et le paganisme (Le Maner).

Près de 200 de ces cimetières ont été aménagés dans la Somme (notamment Thiepval, Authuille, Longueau.), 50 dans l’Aisne (dont Ville-aux-Bois-lès-Pontavert et Vendresse-Beaulne) et 2 dans l'Oise.

DESCRIPTION

Les enquêtes de terrain réalisées ont permis de réunir des observations sur les 29 cimetières existants de l'aire d'étude15.

La situation

Dans 3 des 18 communes rurales étudiées, le cimetière autour de l'église est conservé.

En milieu rural, le cimetière se situe en limite (Allonville, Sains, Saint-Fuscien, Vers-sur-Selle, Saveuse, Saint-Nicolas de Boves) ou à l’extérieur de l'agglomération (Bertangles, Blangy, Cagny, Dury, Glisy, Longpré-lès-Amiens, Montières, Renancourt), sur une hauteur qui surplombe le village (Notre-Dame de Boves, Blangy-Tronville, Montières, Renancourt). Font exception, Saint-Fuscien, où le cimetière se trouve en contrebas du village et Dreuil, où il s’étend au nord et à l’est de l’église, en situation centrale, ainsi que les communes très urbanisées (Longueau et Rivery), où il se trouve en agglomération, en raison de l’extension urbaine de la 2e moitié du 20e siècle. Seul le cimetière de Pont-de-Metz présente un relief significatif (pente et plateau).

Trois communes rurales (Dreuil-lès-Amiens, Boves et Longueau) comptent deux cimetières. Enfin dans cinq communes le cimetière n'a pas été déplacé.

A Amiens, les quatre cimetières urbains existants (la Madeleine, Saint-Pierre, Saint-Acheul ancien et nouveau, Petit-Saint-Jean) sont situés à la périphérie (à l’extérieur des limites des boulevards circulaires créés au 19e siècle), aux quatre coins de la ville16. Le cimetière de la Madeleine est toujours situé en limite de l’agglomération, contrairement aux trois autres rattrapés par la croissance urbaine, en particulier ceux de Saint-Acheul. Ces cimetières s’étendent sur des sites mixtes (pente et plateau).

La parcelle

On observe que les parcelles ont une forme régulière, le plus souvent rectangulaire mais parfois triangulaire (Blangy-Tronville, Poulainville) ou trapézoïdale (Salouël, Sains). Les parcelles d’angle sont relativement fréquentes (43%), en particulier quand le cimetière est toujours autour de l’église. Trois cimetières occupent des parcelles enclavées et sont reliés à la route ou à la rue par une allée (Glisy, Saleux et Salouël).

En milieu rural, leur superficie varie de 3000 à 4500 m2, dans 50% des cas, de 1500 à 2500 m2 pour les plus anciens (Boves et Dreuil), voire moins de 1000 m2 (cimetière militaire de Longueau). Les plus étendus (de 6000 à 10 000 m2) se situent dans les agglomérations les plus importantes (Boves, Cagny, Dury, Pont-de-Metz, Saleux, Vers-sur-Selles), ceux de plus de 10 000 m2 à Rivery, Camon, Longueau, Montières, et Renancourt.

A Amiens, la superficie des cimetières varie de 5 à 16,5 hectares. Le plus étendu est le cimetière de la Madeleine. Le cimetière de Saint-Acheul (incluant la nécropole militaire) atteint près de 14 hectares.

Ces cimetières gardent trace de leurs extensions par la forme de la parcelle et par les différentes trames internes (Boves, Petit-Saint-Jean, Montières, Longpré, Cagny, Saleux, Rivery).

La clôture

En milieu rural, les clôtures sont le plus souvent végétales (haie taillée), à l’exception de Boves, où les deux cimetières sont clos de murs en briques sur au moins trois côtés. Certains cimetières présentent cependant une façade sur rue maçonnée (grille sur mur bahut) et/ou un portail monumental (Allonville, Camon).

En milieu urbain la clôture est maçonnée (la Madeleine) ou formée d’un simple grillage (Vieux Saint-Acheul). Sur la rue, la clôture fait l’objet d’un traitement plus soigné, grille surmontant un mur bahut (la Madeleine) ou murs en briques (Vieux-Saint-Acheul) et portails ornés d'un décor funéraire profane (couronne de fleurs).

L'accès

En milieu rural, les cimetières disposent le plus souvent d’un accès unique (à l'exception de Rivery, de Longueau et de Sains). Cet accès peut être placé en vis-à-vis d’un chemin ou d’un portail le reliant au château voisin (Bertangles, Saveuse, Allonville)17.

En milieu urbain, il existe généralement plusieurs accès, quand la forme de la parcelle le permet (parcelle d’angle ou traversante), comme c’est le cas de Saint-Acheul et du Petit-Saint-Jean. Le cimetière de la Madeleine fait ici exception, les accès secondaires étant fermés au public18.

Le plan

En milieu rural, la parcelle est distribuée par une ou plusieurs allées parallèles ou orthogonales déterminant des îlots de taille variable, qui atteste des extensions successives. Ces allées sont bitumées (Saveuse, Rivery) ou couvertes de graviers. Les carrés, dans lesquels les tombes sont le plus souvent orientées perpendiculairement aux allées, sont en terre, graviers ou pelouse.

Dans les cimetières les plus anciens (Notre-Dame de Boves, Saint-Fuscien, Saleux, Pont-de-Metz), les tombes sont disposées irrégulièrement, sans système de distribution, et les tombeaux simplement fichés dans une pelouse (ill.)19.

Les concessions perpétuelles se situent généralement le long de l'allée principale et les côtés du cimetière.

Dans plusieurs cimetières, on observe un dispositif croix de cimetière/tombeau de prêtre ou une importance de certains tombeaux mise en évidence par le réseau des allées (Saint-Fuscien ou Pont-de-Metz par exemple).

Dans trois cimetières, on observe également la présence de cimetières privés, juxtaposés au cimetière paroissial (Dury et Vers) ou communal (Salouël).

Dans les cimetières urbains, le réseau de desserte détermine des plaines desservies par des allées serpentines (la Madeleine, Vieux Saint-Acheul) ou des sections à trame orthogonale. La taille des îlots varie suivant les époques. Elle est plus importante au 20e siècle, comme le montrent les extensions des cimetières de Longpré et du Petit Saint-Jean.

L'aménagement végétal

Dans les cimetières ruraux, outre la clôture végétale, l’allée centrale peut être bordée d’une haie basse de buis (Saveuse), d’ifs taillés (Longpré-lès-Amiens, Montières). Des bouquets d’arbres marquent l’emplacement de la croix de cimetière ou d’un tombeau (Sains, Allonville, Dury, Camon), qui peut être celui du châtelain (Bertangles et Saveuse), voire du columbarium (Rivery et Longueau). Certains cimetières ne comportent pas d’arbres ou d’arbustes (Saleux) ou seulement dans les extensions de la fin du 20e siècle (Longueau). A l'inverse, dans certains cimetières la partie la plus ancienne est abondamment boisée et les parties neuves se signalent par une absence d'arbres.

Dans les cimetières d'Amiens, les arbres en alignement bordent les allées, certains regroupés en bosquets (Vieux Saint-Acheul) ou en bois (la Madeleine). Les tombeaux les plus importants (personnalités locales) sont ceinturés par des haies taillées, qui les isolent du reste de l’îlot (en particulier au Vieux Saint-Acheul).

Les équipements

En milieu rural, la borne-fontaine (près de l’accès), à côté de laquelle se trouve généralement un porte-récipients (arrosoirs ou bouteilles en plastique usagées) est l’équipement le plus fréquent. Les bancs publics y sont rares (Longueau).

Certains cimetières d’Amiens comptent plusieurs bornes-fontaines (la Madeleine, Vieux Saint-Acheul) ; tous sont équipés de bancs publics et de bacs à déchets végétaux, plus ou moins nombreux suivant la taille du cimetière.

Certains cimetières sont équipés d’une conciergerie (Vieux Saint-Acheul, Petit Saint-Jean, Montières, la Madeleine, Saint-Pierre, Longueau) et d’un dépositoire (la Madeleine, Vieux Saint-Acheul, Petit Saint-Jean, Pont-de-Metz, Poulainville et Camon).

Aucun cimetière ne dispose de chapelle, à l'exception du cimetière de la Madeleine, où elle est désaffectée.

Les monuments

Dans ces cimetières s’élèvent généralement une croix de cimetière, parfois manquante (la Madeleine, Rivery, Renancourt) ou peu visible (Saint-Acheul, Petit-Saint-Jean), plus rarement un monument aux morts communal (Pont-de-Metz, Saleux, Vers-sur-Selles) ou paroissial (Petit-Saint-Jean, Renancourt), qui peut se situer dans sa proximité immédiate (Longpré-lès-Amiens).

D’autres monuments funéraires dédiés aux victimes des deux guerres mondiales peuvent également y être élevés, comme à Longueau, à Sains et au nouveau Saint-Pierre d'Amiens.

Plusieurs monuments forment des points de repère vers lesquels convergent les allées. Les tombeaux de prêtres y sont également peu mis en valeur, à l’exception notable du tombeau des chanoines de la cathédrale à la Madeleine, contrairement aux enclos funéraires des congrégations religieuses comme à Saint-Acheul, Saint-Pierre et à la Madeleine. Certains cimetières d’Amiens comportent des monuments aux morts paroissiaux (Petit-Saint-Jean et Renancourt) ou de corporation (Saint-Pierre, la Madeleine).

Enfin, les tombeaux des personnalités amiénoises y sont nombreux, certains mis en valeur, au niveau des carrefours, par un dispositif végétal (Saint-Acheul et la Madeleine) ou élevés près de l’accès principal (Petit Saint-Jean).

Des monuments forment des points de repère vers lesquels convergent les allées. Les plus fréquents sont les croix de cimetière, généralement conservées à l’exception de Rivery et de Glisy. Les tombeaux des prêtres de la paroisse occupent aussi un emplacement privilégié, le plus souvent contre la croix de cimetière (Sains, Vieux Saint-Acheul).

Les châtelains ou les notables les plus importants font aussi élever un tombeau, souvent en forme de chapelle, généralement disposé dans la perspective de l'allée principale (Saint-Fuscien, Pont-de-Metz, Longueau et Saleux). A Allonville, c’est une croix funéraire de la famille des châtelains qui occupe cet emplacement. A Sains, la croix funéraire de la famille de Colnet, dans l’axe du nouvel accès concurrence la croix de cimetière. Le tombeau monumental de la famille Follet, ancien maire de Sains, s’élevait initialement à l’entrée du cimetière.

Ce phénomène est largement observé dans les cimetières du canton voisin de Villers-Bocage (Cardonnette, Fréchencourt, Mirvaux, Pont-Noyelles, Talmas et Villers-Bocage), dans lesquelles il s’agit le plus souvent de tombeaux de prêtres.

Les cimetières militaires

Le territoire étudié compte deux nécropoles nationales (Amiens Saint-Pierre et Saint-Acheul) et deux cimetières du Commonwealth (Longueau, Saint-Pierre d’Amiens). Des carrés militaires sont aménagés dans la plupart des cimetières, dont ils constituent une extension (Allonville, Blangy, Boves, Saint-Fuscien).

Le cimetière de la Madeleine comporte un carré militaire, dédié aux soldats de la guerre de 1870. Plusieurs cimetières possèdent une section, généralement placée le long d’un côté, dans laquelle sont regroupées les tombes des soldats morts durant les deux guerres mondiales. Le cimetière Saint-Pierre comprend également un carré militaire "civil".

La nécropole de Saint-Acheul comprend un monument aux morts.

Dans les cimetières ruraux, le carré militaire se présente sous la forme d’un simple rang de tombes (Glisy, Sains, Longpré-lès-Amiens) ; il comporte parfois un aménagement végétal qui le distingue du reste du cimetière (Saint-Fuscien, Longueau et Sains-en-Amiénois). Une croix du sacrifice complète le ou les rangs de tombes (Saint-Fuscien, Allonville, Blangy, Longueau, Notre-Dame de Boves). Les tombes sont signalées par des stèles normalisées, en pleine terre, alignées suivant une implantation régulière (Commonwealth), ou des croix de bois (Saint-Fuscien, la Madeleine) ou de béton (Sains). Les cimetières militaires sont clos de murs bahut "en façade" (Saint-Acheul) ou sur les trois côtés (Longueau).

CONCLUSION

"la nécropole forme indiscutablement […] avant même le lieu de culte, le point de rassemblement des hommes"

(R. Fossier, 1991-1994, p. 55).

Bien que constituant un patrimoine fondamental des communautés urbaines et villageoises, les cimetières sont peu documentés et étudiés en tant que tels par les historiens, en particulier en milieu rural. Les guides, qui décrivent le plus souvent des cimetières urbains, conservent surtout la mémoire des défunts, prolongeant en cela la fonction même des lieux qui se transforment avec rapidité et des monuments qui disparaissent.

On a montré ici leur évolution dans l’aire d’étude, documentée par des sources variées. Ces sources montrent notamment le rôle joué par le cimetière dans les relations entre les communautés, en particulier les communes qui n’ont pas de cimetière (Saint-Fuscien, rattaché à Sains et Rivery, rattaché à Camon et au faubourg Saint-Pierre) ou les hameaux trop éloignés d’Amiens (Boutillerie rattaché à Saint-Acheul puis à Cagny ou Renancourt rattaché à Montières). L'augmentation de la population hors les murs s'accompagne également de la création de lieux de culte et de cimetières (chapelle Saint-Honoré, et chapelles du Petit-Saint-Jean et de Renancourt). Au 19e siècle, la situation s’inverse momentanément, c’est le cas du cimetière de Rivery, qui accueille les habitants du faubourg Saint-Pierre entre 1818 et 1851, ou du cimetière commun à Saleux et Salouël, au milieu du 19e siècle.

L’enquête de terrain montre l’état actuel de leur mutation (extensions).

Il ne subsiste qu'un cimetière conservant partiellement une disposition antérieure aux transformations des 19e et 20e siècles, dans l’aire d’étude, celui de Boves Notre-Dame20. La documentation et les représentations mêmes tardives permettent cependant d’étudier un certain nombre de cimetières détruits ou d’en percevoir les états successifs.

On peut localiser les nécropoles sous forme cartographique, ce qui permet de déterminer les fluctuations de l’emprise urbaine durant l’Antiquité mais également d’établir un lien avec l’implantation des sanctuaires chrétiens, qui ont une incidence sur la structuration de l’espace urbain jusqu’à la fin du Moyen Age. Plusieurs cimetières subsistant au début du 19e siècle occupaient vraisemblablement ces emplacements : notamment le cimetière de Saint-Denis (doc.), l’ancien cimetière de l’abbaye Saint-Martin aux Jumeaux, ou encore celui de l’ancienne abbaye de Saint-Acheul. Les cimetières ouverts durant la période révolutionnaire occupent également des sites funéraires plus anciens.

Le cimetière de Dury est un exemple unique dans l'aire d'étude de la survivance des cimetières du haut Moyen Age. Ceux de Blangy, de Saveuse et de Glisy nécessitent une étude plus approfondie pour connaître leur date exacte de fondation, liée à la reconstruction de la chapelle castrale devenue église paroissiale.

La datation des cimetières d’enclos paroissial ne peut actuellement être réalisée avec précision. Leur création peut être tardive en milieu rural, où sont plus fréquemment conservés les cimetières carolingiens. Ceux de Pont-de-Metz et de Vers-sur-Selles sont vraisemblablement les plus anciens. Dans la ville intra-muros, leur aménagement durant la peste noire (cimetière Saint-Denis), puis à la fin du 15e ou au début 16e peut correspondre à une création ou à un déplacement lié à l’agrandissement de l’édifice. La fin du Moyen Age est propice à la rénovation des cimetières, notamment intra-muros après la construction de la dernière enceinte. L'agrandissement de l'église a pu à l'inverse entraîner la disparition du cimetière attenant, comme c'est peut-être le cas à Camon où il aurait été déplacé pour permettre la circulation autour de l'église de pèlerinage.

L’étude des cimetières doit donc être envisagée en lien étroit avec celle des églises dont les phases de construction et de reconstruction sont des indices de réaménagements ou de déplacement. La taille des cimetières au début du 19e siècle est également un indice de leur origine paroissiale ou castrale. Leur forme régulière (Allonville, Renancourt) et l'accès à l'église sans passer par le cimetière sont les indices d'une création plus tardive ou d'une réduction résultant d'un aménagement des voiries (Cagny). D’autre part, l’église conserve encore parfois des tombeaux et des pierres tombales, qu’on localisera précisément.

Dans les communes de l'aire d'étude, 14 cimetières ont été déplacés en périphérie de l’agglomération, au cours du 19e siècle. Font exception : Dreuil (doté d’un second cimetière au milieu du 20e siècle) et quelques villages où il s’y trouvait déjà (Blangy-Tronville, Glisy, Dury, Boves, Pont-de-Metz, Vers-sur-Selle). Pour plus d'un tiers, le déplacement précède la loi de 1843 qui fait obligation à toutes les communes d'établir un cimetière à distance des habitations. Ce déplacement est indépendant de la reconstruction de l'église, à l'exception de Longueau. A Boves, Saleux et Poulainville, l'église est reconstruite à un autre emplacement mais le cimetière est conservé (temporairement à Saleux et à Poulainville).

Dans plusieurs cimetières aménagés sur des terrains donnés par la famille propriétaire du château (Allonville, Bertangles, Saveuse), le portail d'accès se situe dans l'axe d'un chemin privé menant au château.

Certains sont aujourd’hui situés en zone urbanisée, en raison de la forte croissance urbaine, c’est-à-dire dans les agglomérations les plus importantes (Amiens, Rivery). On constate qu’ils se situent toujours sur un point haut, à l’exception de Saint-Fuscien.

Quelques parties des cimetières les plus anciens de l’aire d’étude, en particulier à Boves, Pont-de-Metz et Vers-sur-Selles, témoignent encore des dispositifs antérieurs à l’établissement des concessions au milieu du 19e siècle.

Les projets de création de nouveaux cimetières s’accompagnent de suggestions sur les réutilisations possibles des espaces rendus disponibles par la disparition des anciens, en particulier leur transformation en marché ou en place, la loi de 1804 interdisant de reconstruire à l’emplacement d’un cimetière. C’est le cas de la plupart des cimetières détruits de l’aire d’étude, à l’exception des cimetières du Blamont, de Saint-Maurice et de Saint-Pierre, qui se trouvaient dans les faubourgs d’Amiens et des anciens cimetières de Saleux et de Poulainville.

Les cimetières privés

L’étude a révélé la présence de plusieurs cimetières privés, attenants aux cimetières communs21, à Dury (enclos funéraire de la famille Ducastel-Lanquebien), Salouël (enclos funéraire de la famille Bralant) et Vers-sur-Selle (enclos funéraire de la famille Monnoyer-Debary). A Allonville, il s'agit d'un petit terrain attenant à l'église et à l'ancienne chapelle funéraire de la famille de Rainneville. A Saveuse, le tombeau de la marquise de Saveuse se situait initialement sur un terrain attenant au cimetière.

Autorisé par décision ministérielle depuis 1807, l'inhumation dans un terrain privé reste très rare (Vaire-sous-Corbie, Fressenneville) mais c'est une opportunité pour certains notables qui n'ont plus la possibilité de se faire enterrer dans l'église.

Ces cimetières privés peuvent être rapprochés des enclos funéraires, nombreux dans les cimetières, et de certains enclos de congrégation, en particulier celui de la Sainte Famille à Cagny, qui occupe également un terrain attenant au cimetière communal et qui disposait vraisemblablement d'un accès privé.

Les cimetières militaires

Outre les nécropoles nationales et les cimetières du Commonwealth, régis par des réglementations qui s’appliquent à l’ensemble du territoire national, l’étude a permis de documenter un cimetière militaire de la guerre de 1870 (cimetière de la Madeleine) et le carré militaire de Saint-Pierre, qui regroupe des monuments privés.

Le cimetière urbain

La ville d'Amiens compte plusieurs cimetières remarquables, qu'il s'agisse des plus connus - le cimetière Saint-Denis (détruit) ou le cimetière de la Madeleine - mais aussi du Vieux-Saint-Acheul et du Petit-Saint-Jean ou encore des cimetières ruraux de Montières et de Renancourt.

Le cimetière Saint-Denis, connu par des représentations figurées du début du 19e siècle, constitue un exemple exceptionnel encore insuffisamment documenté. Son caractère monumental en fait, dès le 16e siècle, le principal cimetière de la ville. L'architecte de la ville propose même de remonter les monuments les plus remarquables dans le nouveau cimetière de la Madeleine.

Le cimetière de la Madeleine, aménagé "de façon que lorsqu´on est au milieu des plantations et de la riante verdure on se croirait partout ailleurs que dans l’asile des morts" (A. Goze), est un remarquable exemple, également souligné par H. Dusevel (1825) qui en donne une intéressante description.

La publication de guides des cimetières illustre l’importance de ces lieux, "stations mélancoliques, placées à la limite de deux mondes, [qui] loin d’inspirer de la frayeur portent à l’âme une volupté sérieuse" (T. Astrié, 1865, p.8), qui deviennent des musées de plein air. A Amiens, le commissaire de police Stéphane Comte publie un guide du cimetière de la Madeleine, en 1847. Les guides touristiques de la ville décrivent le cimetière et ses tombeaux les plus remarquables (Dusevel, 1825).

1Informations transmises par J. Milleureux-Lebechennec.2Fouille de la Citadelle, avec 166 tombes, une population plutôt aisée avec de nombreux dépôts dans les tombes, en particulier 115 verreries complètes, ce qui en fait la plus grande collection de verre issue de l’archéologie préventive du nord de la France et trois sarcophages décorés en plomb (fouille Amiens Métropole J. Millereux).3Fouille de l’ilôt Boucherie fin IIIe-fin IVe 279 tombes et une population peu riche (fouille Inrap Eric Binet).4Fouille du Chemin noir avec 80 tombes de la fin du IVe et du Ve siècle avec des tombes alignées par rangées et très peu de mobilier (fouille Inrap Cécile Durin). 5Fouille de la Caserne Dejean (continuité de la nécropole du Blamont) avec 170 tombes mi IIIe-fin IVe, en partie pillée dans l’Antiquité avec des verreries et des plats en étain (fouille Amiens Métropole/Inrap Eric Binet).6Fouille SOUPART Nathalie/Inrap, UMR 8142.7Cependant, d'après Fossier, plusieurs fouilles attestent de la construction d’une église dans un cimetière (1991-1994, p. 197).8Pont-Remy et Vaudricourt, dans la Somme, en sont d'autres exemples.9Cette configuration est attestée à Franvillers (Somme) en 1768 (AD 80 ; C 1965).10Comme c'est le cas à Lahoussoye (Somme).11Momentanément à Saleux, où un deuxième cimetière est aménagé.12Jean-Baptiste Duval son fervent défenseur.13C'est aussi le cas des cimetières de la banlieue d'Amiens Petit-Saint-Jean et Longpré-lès-Amiens.14Ce phénomène est également signalé par T. Astrié au cimetière du Montparnasse (1865, p. 192). 15Seul le nouveau cimetière de Dreuil-lès-Amiens n'a pas été étudié.16S'ajoutent ceux de Renancourt et Montières qui sont des cimetières ruraux.17Dispositif également observé à Treux.18Notamment l'ancien accès particulier au carré des Protestants.19On peut encore observer cette dispersion des tombes dans les cimetières catholiques de Contay et de Villers-Bocage, dans le canton voisin. 20On peut y ajouter la partie nord du cimetière de Glisy, envahie par la végétation.21Quelques exemples ont été identifiés dans la Somme, notamment à Boismont.
  • Période(s)
    • Principale : Antiquité, Haut Moyen Age, Moyen Age
    • Principale : 15e siècle, 17e siècle, 18e siècle , (détruit)
    • Principale : 19e siècle, 20e siècle
  • Typologies
    cimetière d'enclos paroissial (churchyard) ; cimetière d'enclos (churchyard) architecturé ; cimetière indépendant (graveyard) ; cimetière indépendant (graveyard) de plan paysager ; cimetière indépendant (graveyard) de plan régulier ; cimetière d'enclos (churchyard) ; cimetière indépendant (graveyard) normalisé
  • Toits
  • Décompte des œuvres
    • repérés 67
    • étudiés 38